autobiographies #06 | long voyage de nuit, Claude Simon et juste une phrase

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autobiographie #06 | long voyage de nuit, en une seule phrase


Cette vidéo propose :

 « long voyage de nuit » : une proposition pour une fois en 4 mots, et qui se suffirait à elle-même ? et pourquoi pas ! creusons quand même...

 c’est venu en complément logique de la proposition sur l’arbre, qui nous a fait rouvrir L’acacia de Claude Simon (Minuit, 1989). Dans ce livre, Claude Simon superpose deux voyages en train, faits de nuit à 25 ans de distance par le père officier, un des premiers morts de l’été 1914, et par lui-même dans la fausse mobilisation de 1938, avant celle de 1940 où il se retrouvera dans des conditions similaires à celles de son père, en tirant ce qui sera le motif dominant et récurrent de toute son oeuvre ;

 ce voyage qui obsède le livre, revient comme une sorte de trame souterraine incessante, bien sûr la plupart d’entre nous (encore que) n’ont pas connu cette promiscuité et ce brassement, dans une catastrophe advenue — et c’est un voyage à échelle de la France basculant dans la guerre, de Perpignan à Metz ;

- mais le déclencheur aurait été ceci : ces situations de voyage de nuit, le cinéma les utilise si souvent comme trame ou contexte narratif, train, mais voiture, camion, nuits en ferry... ajoutons les avions, ces longs voyages transcontinentaux que nous ne ferons plus jamais de la même façon... comme souvent, à mesure que je brassais comment j’allais présenter cet atelier, c’est tout un inventaire qui s’établissait depuis ma propre autobiographie, et rassemblait des exemples pris à chacun de ces modes (et même, bien possible que je l’écrive, ce texte, tant ce nouveau dispositif hebdo rend poreuse la cloison entre mes travaux personnels et mes cycles d’ateliers) — or, quand et comment (à part une des trames superposées de Un fait divers et quelques passages de Paysage Fer j’aurais moi-même pris ces durées, et le remuement mental qu’elles induisent, ce qu’elles bousculent du corps, comme thème ou matière narrative ? bien sûr, il y a des tas d’autres exemples en littérature, et on les collationnera ensemble, mais de toute façon sans équivalence avec ce qui se passe dans l’univers filmique ;

 alors oui, choisir : voiture, train, camion, ferry, avion (si j’écris ce texte, je devrais même revenir sur ce pari de 1972, du temps du campus Talence, de marcher une nuit de Bordeaux à la mer), déterminer l’époque, lointaine (l’époque des trains de nuit Rome-Paris, pour moi 84-85 est-ce qu’ils se seraient effacés en quoi que ce soit ?), et puis en prendre un et un seul, qu’il ait été unique ou récurrent...

 et là vient la forme : cette épaisseur à conquérir du texte, dans la vidéo je me laisse même aller à parler de cette écriture musculeuse de Claude Simon – ce qui tinte, ou grince, ce qui sent, ce qui vibre, et le journal de la pensée, même au bord qu’elle cesse... alors oui, prendre au sérieux (voir extrait 2) le fait que Claude Simon propose une suite de très longs paragraphes faits chacun d’une seule phrase...

 et prendre au sérieux le fait que ce train, dans L’acacia, est traité pour lui-même, en lui-même, les autres figures narratives (l’Espagne, les deux guerres, le père...) n’interfèrent pas directement dans ou avec ces passages — d’où la 2ème fiche à accompagner cette proposition : dans La vie matérielle, deux textes de Marguerite Duras, « Le train de Bordeaux », et « Le dernier client de la nuit », plus un autre qui vient presque directement en tête du livre, comme un faux prologue, « Une autoroute de parole »... encore plus qu’à mon habitude, j’insiste sur la lecture préalable, immersion, décantation, de ces deux fiches d’appui, celle avec les 2 extraits de L’acacia, celle avec les 3 textes brefs de Marguerite Duras...

 Marguerite Duras comme antithèse : parce que chez elle c’est chaque fois d’une relation avec un personnage distinct qu’il s’agit, même si cette relation est liée au temps et aux conditions du voyage de nuit — chez Claude Simon, pas d’autre relation qu’avec soi-même, même si pour cela il faut traverser toutes les épaisseurs violentes du monde en vous...

 un texte en une seule phrase ? mais c’est une manière de sentir comme physiquement la tension d’une phrase qui est pour moi un rendez-vous régulier dans les cycles (je parle de mes anciennes activités avec étudiant.e.s !) mais qu’on a aussi exploré à partir de Laurent Mauvignier, Ce que j’appelle oubli, voir cycle personnage (on en reparlera, l’idée dominante dans ce grand réaménagement en cours, c’est que vous puissiez compléter ou nourrir cet atelier hebdo par les cycles thématiques précédents), et surtout, merci de reprendre l’extrait (toujours les petites fiches) de Bernard-Marie Koltès, La nuit juste avant les forêts, une seule phrase de 21 pages dactylographiées serrées, reprises dans l’édition Minuit actuelle d’une soixantaine de pages...

 enfin, s’il s’agit bien ici du cycle De l’autobiographie comme fiction lancé en septembre, en pensant à ces phrases dont chacune est un voyage (une invite encore plus stricte à respecter la consigne : 1 récit égale 1 phrase), l’idée sous-jacente d’un livre très long, entièrement compact, et donc chaque phrase serait un récit de nuit indépendant et autonome, un livre fait de toutes nos phrases... l’idée d’un tel livre, si elle est présente dans l’instant où vous rédigez votre contribution, ne pourra qu’augmenter votre décision intérieure, vous libérer du début et de la fin, se concentrer sur les cinétiques, la matérialité, les sensations... et, pour que ce livre devienne livre (au moins PDF, on verra si on passe à l’impression à la demande, vous direz), invitation étendue aux participant.e.s du cycle été, en tout cas celles & ceux qui seraient en ce moment mode pause cause travaux personnels...

 que ces proposition s’enchaînent et ce rejoignent, comme cet acacia de Claude Simon qui passe de la proposition « arbre » à celle-ci, c’est pour moi un des premiers signes très concrets de ce que change notre nouvelle manière d’explorer, insister, bifurquer...

 


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1ère mise en ligne et dernière modification le 23 octobre 2021
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