autobiographies #09 | Echenoz passe-muraille

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autobiographie #09 | Echenoz passe-muraille


Cette vidéo propose :

 nous avons consacré les 2 derniers exercices à la notion de lieu : avec la proposition sur les portes on se donnait un biais mémoriel pour réouvrir tout un univers de réminiscences lacunaires, avec la proposition point-virgule on créait un texte où tous les éléments, indépendamment de leurs grossissements ou de leur importance, venaient à égalité de présence, ouvrant à l’infini la possibilité de reconstruire chacun de ces lieux mémoriels dont nous sommes dépositaires ;

 dans la littérature, l’idée que le récit avance par des sauts dans les changements de lieu est ancrée depuis longtemps, illustrée par exemple dans Le diable amoureux de Cazotte ou Les nuits d’octobre de Gérard de Nerval : dans Le diable amoureux on enlèvera même les toits de la ville pour mieux voir la succession des intérieurs ;

 dans la suite des premiers livres de Jean Echenoz, la succession de tant de ces lieux archétypes de la ville d’aujourd’hui, chaque lieu devenant archétype d’une manière sociale d’être, à la façon des Choses de Perec, peut quasiment donner le vertige... on se souvient de chacun de ces lieux comme d’une bulle spécifique, et on s’en souvient indépendamment de la trame narrative, qui chaque fois s’appuie un codage narratif précis (dans Cherokee, le « polar ») détourné dans un monde extrêmement savant d’avancée cinématographique de l’histoire...

 on trouvera dans les fiches habituelles d’extraits l’exemple de 3 de ces lieux décrits comme à la fois brièvement et exhaustivement et qui — un ancrage Balzac de Jean Echenoz ? — semblent chaque fois vu par un narrateur en mouvement, le narrateur qui les traverse...

 mais dans le même Cherokee, précisément quand, avant le mouvement de fin, le livre accélère, se détache de lien quasi sociologique aux choses, un passage totalement étrange et singulier — ma surprise d’ailleurs, en relisant pour cet exercice, a été de découvrir que ce passage qui pourtant m’avait définitivement marqué dès la première lecture (le livre date de 1984) n’est pas une séquence d’une dizaine de pages, comme habituellement chez Echenoz, mais à peine d’une grosse page...

 de quoi s’agit-il ? soudain, guidé par un personnage dans une combinaison à la Dante-Virgile, le narrateur va traverser de façon continue, à travers murailles, portes dérobées, surgissant directement d’un intérieur à un autre à la seule magie d’une phrase : « Le silence et la nuit. », répétée d’intérieur à intérieur, dans une suite d’appartements, bureaux, chambres ou cuisines, sans aucune interruption, sans qu’aucun des personnages occupant ledit intérieur témoigne d’une surprise à la traversée des deux hommes, et sans cesser à aucun instant leur propre mouvement de traverse...

 corollaire : et donc, comme on décrivait ces portes sans décrire les lieux, rien qui vous empêche d’inventer une césure du type de ce « Le silence et la nuit. » pour passer à travers vos propres cloisons de temps et d’espace...

 le cinéma est plus coutumier de ces tours de passe-passe ou jeux de passe-muraille : et même sans aller jusqu’aux expérimentations de Zbigniew Rybczynski (voir celle-ci ou celle-ci, notre imaginaire s’est accoutumé, a intégré ces sortes de travelings urbains collant sans transition des intérieurs à d’autres intérieurs... mais si, en littérature, nous étions les premiers à nous saisir et amplifier le coup de génie du gars Echenoz pour en faire un principe d’écriture ?

Ce que j’en attends :

 le souhait de cette proposition m’est venu de ces mentions « à suivre » ou « à poursuivre » dans l’exercice des portes... un peu comme dans la visite virtuelle de la maison de Claude Simon, qu’on puisse passer sans transition, de porte en porte, d’un intérieur à un autre intérieur, indépendamment de l’espace et du temps, indépendamment des villes, ou des lieux dans la ville, et de nos différentes étapes biographiques, et que le mouvement même de la traversée fasse surgir d’autres lieux, des lieux non débusqués lors des précédents exercices...

 dans ce passage, Jean Echenoz s’en remet totalement à la seule littérature fantastique (il est familier de Dickens, le gigantesque Bleak House produit parfois de tels effets narratifs, on les trouve aussi dans la suite quasi jointive des lieux dans le Procès de Kafka), mais si justement l’artifice fantastique, le saut fictionnel, nous aidait à entrer dans plus de secret, plus de ces détails qui nous sont absolument essentiels, et tout aussi absolument offusqués ?

Voilà, lisez d’abord cette fabuleuse page de Jean Echenoz, son rythme, ses transitions, relisez ensuite les extraits qui précèdent, avec les lieux traversés chaque fois, mais séparés les uns des autres... et à vous d’inventer, on va encore franchir ici une belle frontière !

Et petit « codicille » : beaucoup plus de personnes regardent ces vidéos que d’abonnés à cet atelier hebdo et permanent — c’est tant mieux ! et c’est un choix personnel assumé et profond... mais l’accès aux extraits, aux outils, aux précédents cycles, la possibilité de publier vos propres contributions, nos échanges Zoom en direct : multipliez le plaisir ! l’abonnement est moitié prix d’une salle de gym comme celle que je fréquente, donnez-nous ce coup de pouce !

Et surtout, de bonnes écritures...

 

LES MOTS-CLÉS :

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1ère mise en ligne et dernière modification le 13 novembre 2021
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