#40jours #40 | faire sa capitale, avec Kenneth Goldsmith

au défi d’un exercice quotidien d’écriture pendant 40 jours


 

 

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#40jours #40 | faire sa capitale, avec Kenneth Goldsmith


Pour point d’arrivée de ce cycle, surtout pas une proposition qui soit une fin.

Mais l’appui sur deux livres importants, deux livres qui se présentent comme des développements ouverts et infinis, des livres qui sont étape arrêtée d’un chantier qui pourrait se développer à l’infini.

D’où ce retour en détail, première moitié de la vidéo, sur le « Passagen Werk » de Walter Benjamin, son projet Paris, capitale du XIXe siècle, et l’édition française qui choisit pour titre Le livre des passages. Et bien sûr, les « passages » parisiens, architecture de fer et de verre qui secoue le rapport à la circulation urbaine, à l’étalage et la montre de la marchandise, et même au temps du flâneur en est un élément décisif. Mais si ce chantier de Walter Benjamin (milliers de notes recopiées dans les « éphémères » de la Bibliothèque nationale, et laissées en français, de 1935 à 1940, sauvées grâce à Georges Bataille), est une rupture si décisive dans l’imaginaire d’aujourd’hui, urbain mais surtout littéraire en général, c’est pour l’arborescence qui se saisit de l’invisible complexité du réel et la redistribue autrement.

D’où la consigne : surtout pas s’engager dans un tel chantier de copier-coller ou de collecte d’un déjà écrit — ce qui est déjà écrit, c’est pour chacun·e les 39 contributions assemblées tout au cours de ce cycle.

Ce que je cherche aujourd’hui : à dresser une table des matières (une arborescence) comme celle que Walter Benjamin confère, à mesure de sa collecte, par rebrassages, assemblages, fusions, listes, à l’immense chantier qu’est son Paris, capitale du XIXe siècle, on renvoie aux textes déjà écrits, on inscrit la piste pour les textes suivants, on dessine depuis l’arbitraire du déjà écrit, même incomplet, l’ébauche du chantier à prolonger.

D’où l’importance parallèle, deuxième moitié de la vidéo, du livre (un magnifique coffret de 928 pages paru en 2015 et qu’on trouve encore d’occasion, ou dans sa version numérique qui est un outil de travail infini, en tout cas pour moi au quotidien) que Kenneth Goldsmith dresse en contrepoint de celui de Walter Benjamin : New York, capitale du XXe siècle (lire ici le début de l’ouvrage).

Aucune ambiguïté sur le caractère conceptuel du projet de Kenneth Goldsmith : voir le chapitre qu’il consacre au Passagen Werk dans L’écriture sans écriture. Comme chacun de ses autres projets, la recopie sous forme d’un livre linéaire de 400 pages de l’exhaustivité d’un numéro ordinaire du New York Times, ou l’appel à imprimer la totalité du web, le protocole chez Goldsmith précède la réalisation.

N’empêche que le projet réalisé trompe son auteur : la table des matières du Capital réorganise la perception de la ville, et fait passer l’univers pragmatique et réorganisé de ses représentations (journalistiques, publicitaires, cinématographiques, littéraires etc) avant toute médiation intellectuelle d’une représentation raisonnée de l’infinie complexité qu’est New York, son rôle et son évolution au XXe siècle.

Mais ce que je voudrais mettre en avant, c’est le projet lui-même : de Benjamin à Goldsmith, changer le nom de la ville et changer le siècle de référence suffit à pouvoir non pas dupliquer, mais réinventer et rejouer le projet que Benjamin tenait pour infini et majeur.

Mais pour nous, abordant la fin de ce premier quart du XXIe siècle, ses incertitudes, fragilités, angoisses : elle est où, la capitale ? Et si la notion de capitale elle-même éclatait avec le web, et l’ultime figure de l’anthropocène, avec risque généralisé pour la planète comme pour ce qu’un grand livre, sur un autre thème, a nommé l’espèce humaine ?

Alors, publier ou pas votre contribution, ou se servir de ce double exemple d’un même projet pour amorcer matériellement, sur votre ordinateur, la reprise de l’ensemble des 39 textes, l’autorisation mentale de les laisser dans leur éclatement, leur arborescence, pour établir via cette arborescence les passerelles, détroits, lignes de fuites, explorations amont qui vont permettre de les rassembler de façon dynamique dans un même projet.

Parce que c’est dissuasif. Parce que les textes sont dissemblables. Parce que chaque texte induit de possibles développements, qui ne sont pas forcément des jonctions avec les textes voisins.

Le difficile, c’est de ne pas chercher l’unité. Ne pas la provoquer artificiellement. Walter Benjamin dresse son projet depuis la catastrophe advenue du nazisme : ce faisant, il nous offre de penser en rupture et la mode et l’architecture, et la photographie et la subversion, ou les utopies, ou la constitution de l’univers privé.

Ce dont nous pouvons nous saisir, ce ne sont pas des catégories avec lesquelles Kenny Goldsmith produit une arborescence pour capter un New York qu’aucune démarche ne rendrait exhaustivement énonçable (et pourtant, voir son site légendaire UbuWeb.com, Goldsmith ne craint pas les projets infinis et géants, y compris quitte à l’illégalité), mais la façon dont il s’approprie le projet de Benjamin pour le rejouer, quand cela devient New York, capitale du XXe siècle.

Alors le premier coin de rue ou bout de chemin ou hameau peut aussi devenir capitale, si vos 39 textes réalisés l’exigent.

Publiez ou ne publiez pas, j’y insiste, la façon dont vous allez vous saisir de cette 40ème proposition, qui se veut d’abord point d’équilibre, étape, tremplin pour projet en attente, ou mode technique pour le rassembler dans un fichier structuré et géant.

De toute façon, on continue. Bonnes écritures.

 


responsable publication françois bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 22 juillet 2022
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