le double voyage, prologue | on prend le Transsibérien ensemble

2023, un cycle consacré à l’imaginaire et au réel dans le récit de voyage


 

le double voyage, prologue | on prend le Transsibérien ensemble


L’intuition de départ pour lancement de ce cycle : la permanente scansion intérieure des noms, de villes, de mers, de routes. Scansion qui d’emblée se donne comme double : la scansion de tout ce qui rassemble nos propres voyages, séjours, expériences, et la scansion de tout ce qui sous-tend nos rêves, aspirations, projets.

Une base de lecture pour cette double scansion ? Il y a Le voyage de Baudelaire, qui clôt les Fleurs du mal — mais justement, aucun nom propre.

Prenez le rôle de la scansion, invocation, accumulation dans la Bible : le troisième livre de la Torah, Nombres, en est l’illustration à jamais (et la traduction par Jacques Roubaud dans la Bible 21 de Bayard).

Dans Rabelais : quand Merdaille et Spadassin font conquérir à Picrochole, ses deux armées lancées en tenaille, le monde entier, et la fin sur son légendaire Ce sera que reposeront à nos ayzes....

J’ai ouvert mon Saint-John Perse, relu Amers, mais l’invocation principale, ô mer de Baal, mer de Mammon, close sur elle-même, est répétée à l’identique et lui suffit. Pourtant, c’est bien ce fonctionnement qu’intuitivement je cherchais.

J’ai pensé à un possible détournement de la Sentimenthèque de Patrick Chamoiseau : en conserver la grille syntaxique, De... suivi du nom de l’écrivain, De Saint-John Perse…, De Rabelais…, et faire suivre de cet énoncé purement poétique et plastique. On approche. Et on a fait des voyages merveilleux avec cette proposition. Sauf que, justement, on les a faits.

Blaise Cendrars et Henri Michaux, évidemment qu’ils sont au coeur de ce cycle. Pour cela que je voulais les réserver, les garder pour un peu plus tard. Mais ce qui était en moi pour cette scansion, c’était déjà dans le souvenir des noms propres à fleur du grand rouleau (son support initial) du Transsibérien.

Alors je l’ai rouvert. Oui ils y sont, les noms propres devenus incantation et scansion.

Mais, dès le 4ème verset, à l’ouverture même du texte, voilà que vient ce J’étais à Moscou, dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares, et c’était précisément, c’était exactement, ce qu’intérieurement je cherchais pour ce dépli poétique avec apposition du toponyme.

Tout se rejoignait soudain, et c’était dans le temps même de l’enregistrement de la vidéo ci-dessus. Évidemment, on peut l’utiliser avec le partitif de Chamoiseau, sans verbe : De Moscou, la ville des mille et trois clochers et des gares, mais ça fait mesquin. Plus loin, Cendrars utilise d’autres chevilles du même type : L’heure de Paris l’heure de Berlin l’heure de Saint-Petersbourg et l’heure de toutes les gares... on peut s’en saisir.

Mais les noms réels peuvent devenir scansion sans y rien rajouter : Entends les sonnailles de ce troupeau galeux Tomsk Tcheliabinsk Kainsk Obi Taïchet Verkné Oudinsk Kourgane Samara Pensa-Touloune... Ce sont les noms du voyage réel de Blaise ? C’est déjà projeter beaucoup, puisque ce voyage, écrit quinze ans après son embauche par le marchand péterbourgeois qui l’a pris en apprentissage, il l’a sans doute fait vers Kiev ou d’autres villes de la Russie d’alors, mais pas vers la Sibérie, pas dans le Transsibérien. Peu importe : les noms de voyage rêvé sont aussi dans son texte :

Au Fidji règne l’éternel printemps
La paresse
L’amour pâme les couples dans l’herbe haute et la chaude syphilis rôde sous les bananiers
Viens dans les îles perdues du Pacifique !
Elles ont nom du Phénix, des Marquises
Bornéo et Java
Et Célèbes a la forme d’un chat.

Nous ne pouvons pas aller au Japon
Viens au Mexique
Sur les hauts plateaux les tulipiers fleurissent
Les lianes tentaculaires sont la chevelure du soleil
On dirait la palette et le pinceau d’un peintre
Des couleurs étourdissantes comme des gongs,
Rousseau y a été
Il y a ébloui sa vie

Certains de ces voyages, Cendrars les fera plus tard, Loti les aura faits aussi. Mais a-t-on assez noté l’irruption de Jean-Jacques Rousseau ici ? Ce sont des voyages dans des livres, des voyages par des livres.

Corollaire : le rôle de Paris dans le Transsibérien : la déclinaison scansion de ces voyages effectués, de ces voyages imaginés, supposons qu’elle soit écrite ce matin depuis une fenêtre sous le ciel de, disons, Saint-Étienne, elle pourra très bien concerner un ensemble de toponymes, trajets, explorations dans un rayon de dix kilomètres autour de la sainte cité, à portée de pantoufles ou de vol de pomme !

D’où ma demande insistante, avant de vous embarquer : ouvrir le PDF de Prose pour le Transsibérien en pièce jointe, et prendre le temps, pour vous-même (c’est court), d’un relevé de tous ces noms propres de destinations, gares, désirs, et de la laisser infuser, provoquer, agir.

Alors voici ma proposition :

 dans ce cycle, chacun tiendra 2 fichiers (2 entrées de blog sur le WordPress), dont la date de publication sera mise à jour à chaque ajout — l’un concernera un ou des voyages réels, l’autre concernera un ou des voyages imaginaires, et c’est ce que nous allons construire à mesure des propositions ;

 pour ce prologue, on met en ligne un fichier (une entrée de blog) comportant deux scansions : l’une concerne des destinations effectuées, mémoire du temps et de l’espace, l’autre concerne des destinations imaginées, associant chaque fois le toponyme à un syntagme d’ordre plastique ou poétique, selon ce que nous offre Cendrars dès l’ouverture : J’étais à..., dans la ville des..., et il nous en faut au moins dix de chaque côté, masse critique nécessaire pour que s’installe une poétique d’ensemble ;

 et puis un petit post-scriptum pour que ce soit moins simple : un des voyages imaginés va se glisser dans les voyages effectués, un des voyages effectués va se glisser dans les voyages rêvés mais voilà : votre boulot, c’est de faire que cela soit indiscernable. Et ça le sera.

À vous d’écrire, et la bienvenue si vous nous rejoignez !


responsable publication françois bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 8 janvier 2023
merci aux 336 visiteurs qui ont consacré 1 minute au moins à cette page