#techniques #02 | paysage, image, phrase : où Rimbaud encore nous illumine

des outils pour développer syntaxe et techniques de récit


 

paysage, image, phrase : où Rimbaud encore nous illumine


Alors, une consigne spécialement brève – mais toute basée sur le texte ci-dessous, qu’on visite en détail dans la vidéo, et particulièrement les juxtapositions de verbes ou adjectifs, le jeu des temps verbaux et notamment les participes présents, puis le surgissement progressif de l’ouïe, enfin le micro-détail qui annihile tout le reste.

Pour la proposition : j’insiste bien sur ce travail préalable d’un repérage mental, spatial, temporel, de ces images comme détachées, parfois seulement venues du rêve, dont on est le porteur conscient ou inconscient. Prendre le temps de cet inventaire, avant d’en choisir une.

Énoncé de la consigne : que ce soit TOUT ce paysage mental que vous absorbiez dans votre seul et (relativement) bref paysage. Le réel, et ce qui n’est pas réel. Ce qui ne dispose que de la friction textuelle pour se détacher visuellement en provisoire superposition devant.

Des ciels gris de cristal. Un bizarre dessin de ponts, ceux-ci droits, ceux-là bombés, d’autres descendant ou obliquant en angles sur les premiers, et ces figures se renouvelant dans les autres circuits éclairés du canal, mais tous tellement longs et légers que les rives, chargées de dômes, s’abaissent et s’amoindrissent. Quelques-uns de ces ponts sont encore chargés de masures. D’autres soutiennent des mâts, des signaux, de frêles parapets. Des accords mineurs se croisent et filent, des cordes montent des berges. On distingue une veste rouge, peut-être d’autres costumes et des instruments de musique. Sont-ce des airs populaires, des bouts de concerts seigneuriaux, des restants d’hymnes publics ? L’eau est grise et bleue, large comme un bras de mer. –- Un rayon blanc, tombant du haut du ciel, anéantit cette comédie.

Un exercice de densité, de liberté aussi. Mais qui ne s’accomplira qu’à condition d’une attention première, presque unique, aux jeux de syntaxe et leur exigence. L’absence de verbes, le participe présent pour le mouvement sans action, le présent lorsqu’ils deviennent geste ou constat.

Et merci : ni imparfait ni passé simple, ni je ni tu ni il. Des percussions dans le dedans rauque de la langue. Et s’y agrandir, ou s’en agrandir.

J’attends vos phrases-paysages.


responsable publication François Bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
diffusion sous licence Creative Commons CC-BY-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 16 avril 2023
merci aux 271 visiteurs qui ont consacré 1 minute au moins à cette page