#enfances #03 | gravir, avec Yves Bonnefoy

un cycle sur le monde vu à hauteur d’enfance


 

#03 | gravir, avec Yves Bonnefoy


Retour amont : le prologue de ce cycle. On était parti de ce moment si crucial du Grand Meaulnes, ce moment où l’adolescent se perd dans la campagne, à quelques kilomètres de son point de départ. Dans la discussion qui suivit, l’un d’entre nous, dans le groupe Facebook abonné·e·s, recopie un magnifique passage d’Yves Bonnefoy, où le mot perdu sert d’incipit.

En revenant à ce texte bref de 1991, 7 séquences sous le titre Là où retombe la flèche (inclut dans le recueil Ce qui fut sans lumière, mais aussi dans Planches courbes), je bute sur l’incipit de la 5ème séquence :

Mais pourquoi gravit-il maintenant cette butte presque escarpée...

Ce texte, Là où retombe la flèche, étant très bref, je vous propose de le télécharger, pour observer ce qui se joue grammaticalement de séquence en séquence.

Première séquence : Perdu. Un mot, un point font phrase.

Deuxième séquence : Perdu, pourquoi. Dédoublement, comme si, à rajouter le pourquoi, on ouvre la possibilité de déployer une deuxième nappe susceptible de remplacer la première.

J’invite aussi, dans la première séquence, à garder le mouvement des participes présents.

Mais observer surtout comment cette première séquence, en se récrivant, passe de la première à la troisième personne.

Pour la cinquième séquence : d’abord ce verbe, gravir. Ce qu’il porte de symbole, d’épreuve, d’accès à soi-même. À vous de partir de symbole, d’épreuve et d’accès à soi-même pour trouver le verbe qui correspondra à l’expérience que vous placez en incipit de votre texte.

Rappel : c’est le rapport narrateur·ice au monde qui compte, et non pas de reconquérir mémoire autobiographique. Et ce passage chez Bonnefoy à la troisième personne va être pour nous l’outil, y compris dans sa possibilité fictionnelle.

Autres outils : ce pourquoi en amont du verbe, mais aussi ce maintenant qui le suit, et comment le presque, dans presque escarpée suffit au changement d’échelle qui convoque l’enfance.

Et puis ce quasi miracle de Bonnefoy : le je de la première séquence, devenu un il dans la deuxième, reparaît soudain ici, mais littéralement pour se dédoubler de l’enfant qui affronte son gravir, et désormais le je et il coexistent, le je de la fin de la cinquième séquence s’est agrandit de ce dédoublement avec retour à lui-même.

Et donc, pour notre exercice, 1 choisir le verbe, 2 le faire basculer avec ce pourquoi qui le précède, et garder en vue, avec infinitifs et participes présents compris, cette imbrication du maintenant et du presque. Puis ce dédoublement du je au il, en tout cas la narration à la troisième personne.

C’est beaucoup ? On ne garde pas tout, mais on s’y sera éveillé. Par contre, ce verbe, gravir : trouvez le vôtre... et ça devrait probablement suffire.

 


responsable publication François Bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
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1ère mise en ligne et dernière modification le 5 novembre 2023
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