2019.07.26 | rien que des amitiés Facebook, quoi


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Encore trop dans la colère et le dégoût d’avant-hier, et cette envie de rétractation, de carapace à reconstruire. On voudrait des signes neufs. Pourtant il y en a, dont je ne parle pas forcément dans le flux images. Le premier, ça remonte à la toute fin avril, ces 2 jours à la prépa arts d’Évry, et la joie de rencontrer Franck Senaud, avec qui on échangeait déjà sur Facebook, et qui fait travailler les étudiants sur l’approche esthétique urbaine, évidemment affinité. Franck me demande si je voulais bien qu’on échange quelques questions réponses pour sa revue en ligne Préfigurations, accord évidemment, et la première question arrive 48h plus tard, sauf que là, deux mois plus tard, on en est à 130 pages d’entretien, sans jamais sensation d’effort : peut-être pour ce qu’on a en partage, depuis la pratique et non la décortiquerie universitaire ? C’est bizarre l’idée d’avoir écrit un livre sans s’en rendre compte — à suivre. L’autre, c’est le trouble qui m’avait pris à découvrir qu’un (jeune) écrivain, Antonin Crenn, était en résidence à Luçon et publiait sur son blog ateliers et rencontres, y compris à Saint-Michel en l’Herm, où j’ai vécu jusqu’à la 6ème, et donc où me ramènent sans arrêt les rêves et réminiscences d’enfance. Quelques traces ici sur le site, mais peu. Alors ça a commencé par quelques commentaires sur Facebook (dans les deux cas, commence sur Facebook une aventure d’amitié qui vous rejoint au plus central, quelle misère ces crachats en permanence, dans la presse, sur les réseaux, quand tout tient à l’usage qu’on en a). Et voilà que non seulement Antonin me propose de participer en octobre au livre qui sera la trace de cette résidence, mais que ses mandants m’invitent à venir passer quatre jours dans ces lieux qui en moi sont restés ce qu’ils étaient il y a un demi-siècle et quelques bourouettes. Ça me trouble profond, la perspective de ce séjour, alors que ces lieux qui me sont complètement au présent le sont dans le mental, que j’ai une peine infinie à franchir ces quelques dizaines de kilomètres. Quand Antonin me demande un titre pour mon texte, je réponds sans trop réfléchir « venelles du temps », les venelles étant ces ruelles cernées de mur qui permettent de parcourir l’ensemble de la vieille île en son pays de vent, où les rues sont venues bien plus tard. Le film que je vois ne se déplacerait que dans l’étroitesse de ces venelles et passages, comme c’est dans ma tête. Je sais avec précision les endroits où j’irai : parce qu’ils n’ont pas changé, portent trace des mains, des pas, des morts ? Je rouvre Google Street View, mais je l’ai déjà fait 30 fois : la Google Car n’a arpenté que les rues principales, et pas ces venelles qui sont la carte des rêves. Elle n’a pas approché du cimetière, où je connais encore tant de noms, et où nous avons récemment dû procéder, pour les nôtres, à une réduction des morts. Et la petite maison qu’on habitait avant 1964, demander l’autorisation pour y filmer 20 minutes, ou sauter le mur au fond du jardin comme la dernière fois ? La caméra de la Google Car, posée haut sur le toit, est plus élevée que notre tête (enfin, d’un homme moyen) : un copain, Mathias Domahidy, me dit que je devrais tout filmer à ras du sol, comme je le voyais. Donc aujourd’hui c’est du Street View rafistolé qu’ici j’embarque. Faudra juste changer d’angle.


LES MOTS-CLÉS :

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 26 juillet 2019
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