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2019.09.03 | chaises-longues de Ronsard

une autre date au hasard :
2008.04.25 | BNF, visite au robot Heritrix
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Attention : rien à voir ici avec l’espace Ronsard évoqué hier. On est bien là où il est mort, et où — en 1933 je crois — on a découvert sa tombe et que ses restes furent identifiés (chance que n’ont pas eu Rabelais, Molière, Lautréamont, le courant plus sombre de nos lettres), avant que le lieu soit bombardé en 1944. Et le malheur supplémentaire de la rocade : on aurait à la faire aujourd’hui, on la doterait d’un mur anti-bruit. Là, juste sous son grondement permanent, on aurait aspiré à plus de silence. Mais est-ce pour ça, alors que depuis plus de 20 ans je fais mon Internet dans ma pièce sans fenêtre à 500 mètres de là à vol d’oiseau, de l’autre côté du fleuve (ou ce qu’il en reste), mais un peu plus loin de la rocade, je n’y étais jamais venu, ou alors une fois, il y a très longtemps, et visiblement du lieu depuis on a pris soin ? Je crois que c’est plutôt ce préjugé, pareil que je continue, vers la Devinière, de me méfier de Lerné, la phrase de Ronsard comme quoi Rabelais aurait « du gras dans la moustache » le poursuit et le poursuivra, est avec lui ici dans la tombe. Bien sûr j’adore le lire. Je suis plus souvent chez d’Aubigné, et dans la bande de ces hommes de cour je préfère Jodelle ou de Sponde mais quoi : mon corps s’en va descendre où tout se désassemble... et j’aime beaucoup aussi sa vraie maison, la Possonnière, tout près de chez Claude Ponti, autre grand poète. Ces ruines ont quelque chose de ce que Granet trouve à Rome, alors qu’on ne voit rien quand on passe là-haut, sur la rocade, pour le supermarché ou l’accès autoroute, on ne se doute pas qu’on puisse ainsi quitter le siècle. Beaux aussi, les vitraux de Zao Wou Ki, dans leur modestie même. Mais ce qui m’a surpris c’est les chaises-longues (accord des mots composés : je ne me vos pas écrire chaise-longues, quand bien même on ne s’assoit que dans une seule à la fois) : ça m’aurait fait de l’ironie, ah ouais, tu ne vois pas des chaises-longues ni chez Rabelais (à la Devinière) ni chez d’Aubigné (à Maillezais), même pas à Saché chez (hiatus voulu) Balzac le marcheur [1]. Et puis finalement je m’y suis installé, sur une des chaises-longues, face à un potager se vêtant lentement d’automne, et j’ai fait tout un taf sur mon smartphone. Bien sûr il y avait ce bruit grondant d’autoroute : mais je n’aurais pas imaginé m’y installer si longtemps, chez Ronsard — ils ont fait du bon boulot, à Saint-Cosme, pas tape-à-l’oeil, même si un peu trop ripoliné. Ce ne serait pas les 6€ à payer (c’est le Conseil général, éclairé pour la littérature, qui gère les lieux, mon pass prof écoles d’arts nationales ne marche pas — il n’y a qu’à la Devinière qu’on me refuse le paiement, oh), à 5 minutes de voiture par le pont et la rocade, j’y viendrais lire plus souvent.

 

 


[1Prévenu ce soir que si, la Devinière et Saché ont été dotés par le Conseil général des mêmes chaises-longues — bon, ça ne change pas grand-chose à mon billet, c’est juste que l’idée délavée de la littérature a progressé encore un peu plus que je croyais.

François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
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1ère mise en ligne et dernière modification le 3 octobre 2019
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