2019.10.15 | photographie, théâtralité, silos

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brouillard Beauce

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En partant pour le Sud Vendée mercredi dernier, il pleuvait. Mais évidemment ça s’éclaircit à l’approche de la côte, comme exprès pour les rendre plus gigantesques et vivants, les silos hérissés sur les marais. Donc trois photos, jusqu’à la verte CAVAC de Luçon. C’est au volant, à travers la vitre ou le pare-brise. Dans le marais de Saint-Michel en l’Herm, je retrouve celui évoqué dans mes ruines circulaires, vieux rendez-vous, qui provoquera en retour ce texte d’Antonin Crenn, mon compagnon de route, à la fois sur notre ballade et sur ce qu’il nomme sa propre histoire de silo. Le samedi, en début d’après-midi, on repasse par cette route, et là c’est la CAVAC de Saint-Michel en l’Herm qu’on longe, bâtiments comme juste sortis de terre. J’ouvre la vitre, on ralentit parce que la route c’est plutôt la piste gravillonnée, et je laisse l’appareil en long travelling vidéo, donc, contrairement à ce que je m’étais promis, pas de photo au retour. Ces trois jours, en transférant le soir mes cartes SD sur les disques de sauvegarde, je n’arrive plus à savoir ce que j’ai photographié, ce que j’ai filmé. Les gestes, le regard, la cinétique et le temps évidemment sont autres : mais j’ai besoin des deux pour mes récits. Je ne dois pas être le seul dans cette division permanente de soi-même. Je sais aussi que l’effort fait ces quelques mois pour retrouver le geste de photographie me renforce pour la vidéo, tout comme ce journal avec mots et photos me renforce pour les autres projets écriture. Lors de ce travelling, le GH5 était réglé en 4K à 50 images seconde, alors sur FinalCut j’isole et exporte une des images. Bien sûr, avec LightRoom je peux lui appliquer les réglages de ses copines. Mais c’est plat comme une photo de téléphone. Avec le « shutter » à 180, à 50 images seconde c’est pris au 100ème, ça doit tenir à ça en bonne partie ? Je roulais lentement, et l’appareil est doublement stabilisé, capteur plus objectif, c’est même un des trucs qui m’ont fait choisir le GH5. Question renvoyée aux spécialistes : pourquoi on n’a pas la même densité qu’avec l’appareil en position photo ? Par contre, il y a ce tracteur. Voyant l’engin monstre, avec ses essieux dédoublés, venir en face sur la route étroite, j’ai ralenti et empiété sur l’herbe — mais il a tourné sur le ciment des silos. La photographie aurait été faite trop tard, alors que dans le plan vidéo il continuera éternellement de prendre son virage dans mon film. C’est la dernière image, des six ci-dessous, elle est là comme étrangère, clandestine ou illégitime : voit-on seulement la différence ?

 

 



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 15 octobre 2019
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Messages

  • (je suis tombé dans le garage une flaque d’huile, devant -ou derrière je ne sais plus - une voiture qui n’est pas garée là où il faut) (les chutes ont toujours quelque chose de signes - toujours un peu ces traumatismes qui affleurent - il faut bien vivre avec ses fantasmes/peurs/angoisses/délires/névroses et autres, mais parfois ça fait vraiment braire) il y avait aussi ceci dans le garage - un objet oublié ou remis d’aplomb pour qu’on le retrouve - les nuits toujours difficiles - plus belles que vos jours disait je ne sais plus qui - la fille d’un auteur de théâtre - marcher encore, sentir l’automne le froid le vent - se retrouver allongé sur le sol peint de gris, à côté de la flaque, se relever claudiquer - fait moche, peut-être, avancer quand même