2019.12.19 | Cergy enfoncement (un retour)


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Non, je ne suis pas revenu à Cergy. Ça se fera peut-être, mais plus tard : ces communautés très structurées comme une école d’art sont aussi très confinées, elles se referment après départ et c’est très bien. Je me souviens de ce sentiment de clandestinité la première fois que j’étais revenu à la villa Médicis, « en étranger », et de toute façon ça ne manque pas. Changer de taf tous les cinq ans ça devrait être une sorte d’hygiène, on doit repartir dans les trappes noires pour avancer. Non, plutôt qu’un soir où je serais coincé à Paris et obligation raquer pour un hôtel, réserver là-bas au Formule 1 (ex Kyriad) où j’ai dû dormir un peu plus de 150 fois (moins, les derniers temps, y avait quand même lassitude) et se faire juste un shoot de nuit sur la vieille dalle — actuellement ils l’ébrèchent pour retrouver porosité, ces modèles de ville nouvelle se sont révélés obsolètes. Juste les lieux déjà photographiés 30 fois, mémoire des pieds, et bam bam bam. Par exemple, ouvrant cette série du printemps 2015, alors que j’avais déjà commencé les vidéos en chambre, mais avant la bascule qui suivrait en juillet, cette certitude que je n’avais pas fini avec ce coin précis de la ville, en tant que scénographie : lieu pour performer et capter. La fiction en cinéma est aussi morte qu’en roman, la fiction naît d’autres processus d’immersion dans le réel, à commencer par la main qui tient l’outil. D’ailleurs c’est ce qu’on va essayer de faire au C19 à Evry, à l’autre bout de la diagonale urbaine, ville jumelle, un peu moins décatie ? Sauf que là-bas faudra faire avec les dealers et cette violence à même la peau de la ville, tandis qu’à Cergy jamais eu d’emmerde. Ce que je cherche, à revisiter ces images (j’aurais tellement voulu qu’on aille plus loin, dans ces logiques urbaines, dans le cadre de l’école, mais c’est toujours des logiques d’effleurement et c’est normal : c’est dans le désespoir qui commence après diplôme qu’on lâche les monstres, je reste ami proche d’assez d’anciens élèves pour le savoir — notre boulot, c’est de préparer les pistes qu’ils auront à retrouver seul.e.s), ce n’est pas un enfoncement ni un retour, c’est le fil très étroit qui doit me servir de socle pour les chemins à reprendre. Bizarrerie à les rouvrir dans LightRoom : c’était fait avec mon SIgma 18-35 1.8 qui, lui, est resté sur place, revendu à un étudiant, alors que maintenant il devient genre culte, cet objectif.

 

 



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 19 décembre 2019
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