2020.01.18 | retour Pantin, et Cartier-Bresson


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Je n’étais pas revenu depuis bientôt 15 ans. Quand j’arpentais ces rues, avec un atelier d’écriture au centre d’apprentis (coiffure, mécanique, boulangerie) des Quatre Chemins, voilà ce que je photographiais. Et ces anciens « magasins généraux » alors fermés, souvent squattés, jamais je n’aurais pensé qu’une telle ruine puisse être réhabilitée, et pourtant. Elle était pourtant inépuisablement photogénique, devenue cette sculpture de béton brutaliste.

Alors aujourd’hui c’est elle que je venais saluer, dans sa santé retrouvée, mais un destin de loft industriel –- parmi tous ces gens accrochés à leur téléphone sous le soleil — qu’on trouverait pareillement à Brooklyn ou Baltimore, ou Manchester (les reflets sur l’eau, et l’industrie comme scénographie, c’est Manchester). On peut même y manger, mais je ne suis pas entré, j’ai préféré un caboulot.

Autrefois me fascinait ce qu’on apercevait de l’usine Elis, la grande laverie industrielle des torchons et serviettes d’hôtels ou toilettes de bar et d’aéroports. La vieille tour est tombée un soir d’orage, l’usine neuve maintenant est sur l’Ourcq mais on n’approche plus. Fini la vapeur, le bruit, et ces bras des hommes noirs dans le blanc.

Et puis je voulais retourner rue Cartier-Bresson. Déserte et droite. Il y a 15 ans, encore des traces de l’imprimerie, l’usine familiale des Cartier-Bresson (oui, les parents du fils), et même un centre de formation aux métiers de l’imprimerie. Dès 2005, c’était tout désert et fermé, sauf... sauf les camions qui emportaient les milliers de Sudoku et magazines de mots croisés, puisque c’est tout ce qui restait. Il y a encore, comme recluse ou clandestine, une petite fabrique Pantin brochure rapide.

On retrouve le vieux Pantin, celui qui survivait alors encore, à ces pans de mur avec empreintes de maisons en creux. Et la banlieue à ces plantes vertes qui survivent on ne sait comment dans les petites cours de ciment.

J’ai fait 472 images, en voici 40. J’ai fini par rejoindre le CND, le centre de la danse, je me souviens un jour y avoir amené des élèves du lycée pro, pour un atelier. Bizarrement, ce bâtiment tout neuf dans un tissu très vieux était comme une main tendue, un signe de confiance, aujourd’hui c’est lui qui vieillit trop vite dans les rues qui se reconstruisent, des grues partout.

Puis la grille où j’avais rendez-vous, mais là on ne photographie pas. Bonne ballade.

Pensée pour le défunt Mathieu Bénézet, son Pantin canal de l’Ourcq chez Digraphe, 1993, on le trouve encore...

 

 


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François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 18 janvier 2020
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