2020.06.22 | kayak autobiographie


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Des fois, tu te dis que la justification autobiographique d’une brève série d’images n’a d’intérêt que pour toi, parce que tu n’es plus celui-ci, ou bien parce que l’autobiographie même serait un concept qui change selon son point d’énonciation (en tout cas c’est un des critères structurels du travail de Bergounioux, qui compte tant pour moi et comme auteur et comme proche). Après tout, les quelques amis qui sauront décrypter ces photos n’ont pas besoin que tu leur en racontes l’histoire, et elle serait de trop peu pour les autres. On ne sait pas, peut-être ça émergera dans un prochain article d’Actualité Poitou-Charentes de Jean-Luc Terradillos, où ce que tu nommes Civray ville complète en quinze ans fait déjà l’espace d’un petit livre. Au point que ces photos tu ne pensais pas les adjoindre ici à ton journal. Mais ce sont d’abord des matières et des formes, une utilisation plus rigide ou compacte de la résine et ses colorants qu’on ne le ferait aujourd’hui, puis des lumières et des obliques. Alors d’abord rien peut-être qu’un bon exercice de gammes sur ton LightRoom ? Tu n’as peut-être plus aucune habileté en kayak, mais tu continues chaque jour à séparer l’idée d’image fixée par un capteur et des algorithmes via ton appareil, et l’image renvoyée grâce à un logiciel et ses propres algorithmes (même le dégradé du filtre radial est d’abord un algorithme de calcul). On en montre si peu sur une photographie. Au contraire même d’une opinion trop généralement admise que l’image montre — la tension que tu portes à une image c’est bien pour savoir tout ce qu’elle ne montre pas, y compris parce que dissimulé par des éléments de l’image elle-même. Ta grande affaire ces temps-ci d’apprendre à traiter les à-plat sur LightRoom. Reste la contradiction majeure : dans l’aventure web constamment remodelée au présent, y compris dans appareils et logiciels, est-ce que ça compte de pouvoir s’ancrer dans l’autobiographie kayak, allez, disons 1971 ? Puis, à visionner ce que donnent ces 8 photographies quand placées ici dans un déroulé linéaire (le scroll qui les fait défiler), ta propre place par rapport à ce que tu photographies, et le mouvement qu’elles dessinent (en vidéo ce serait pensé dès le début du plan) pourrait bien être l’image aussi de comment intérieurement tu te déplaces, dans l’intérieur de ton histoire même. Comprendra qui peut, tu n’as pas le droit de t’expliquer plus c’est comme ça : juste passer.

 

 



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 22 juin 2020
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