< Tiers Livre, le journal images : 2021.10.10 | arbres du Cher (du temps que nous prend la photographie)

2021.10.10 | arbres du Cher (du temps que nous prend la photographie)

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On avait décidé d’aller voir les lumières des vignes à Limeray, côté est, mais toutes les routes bloquées par police, à cause d’une course de vélo pour amuser les gens. Donc à l’improviste demi-tour côté ouest, et peut-être si j’avais pu savoir qu’on se retrouverait à marcher au long du Cher près de Savonnières je n’aurais pas emporté l’appareil photo. Reste qu’il me ballotait là sur le cou sans rien faire, et au retour, dos au soleil déjà bas (oui, on avance dans l’automne), regardant les arbres sur la rivière (le Cher, puisqu’on marchait le long du Cher), je pensais à cet atelier d’écriture en cours, dans un dispositif neuf pour moi, où j’explore autant que ce que je propose d’explorer, et où l’idée que ce soit hebdomadaire, ouvert, en partie anonyme (on ne publie que si on le veut) déplace légèrement mais l’ensemble des curseurs après cette double course des cycles été. Donc j’avais proposé, en partant du livre de Sumana Roy, Comment je suis devenue un arbre, qu’on fasse récit de ça, les arbres... Et, depuis, moi je me questionne sur ce que cherchais en moi, lançant cette proposition. J’ai retrouvé nombre de mes arbres, presque la série complète de mes arbres depuis l’enfance. C’est un exercice vraiment curieux, surprenant. Je m’étais dit que peut-être j’avais poussé le bouchon un peu loin, à mettre ça en partage avec l’atelier. Pourtant, ce matin, ouvrant comme d’habitude, sur les 7 heures, l’ordinateur et que l’onglet de la plateforme ateliers s’ouvre automatiquement, découvert qu’on en était à 14 textes publiés, et donc autant d’arbres, et qu’on n’aurait pas inventé ça si on ne s’y était pas mis ensemble. Alors les photos sont venues toutes seules (le Sigma 16 1.4, équiv 32, sur le GH5). Sans doute pas l’objectif adapté, j’aurais eu le Sigma 30 ça aurait été différent, pour jouer de la distance, mais rare que je le prenne. Ces focales entre 24 et 32 c’est ma vue. Reste qu’ils sont là, les arbres. Est-ce que photographier prend du temps ? Non, c’est juste au fil de la marche, on voit ce qu’on veut photographier, et habitude des focales fixes, on voit en même temps où il faudra se placer pour cadrer. Brève immobilité, même pas deux fois la photo et c’est reparti. Je n’ai jamais été à l’aise avec la nature, du moins pour la voir ou la photographier — je pense vaguement au douanier Rousseau, à Constable aussi un peu, c’est tout. Ou alors en se disant : vas-y, fais tes gammes. C’est sacrément plus difficile à équilibrer, une photo d’arbre, qu’une photo de bâtiment industriel ou de mécanique abandonnée. Le temps que vous prend la photo, c’est plutôt accorder son LightRoom à l’image : j’ai baissé les contrastes, pas touché la saturation ni les couleurs, juste joué un peu sur vibrance, « clarté du voile » (je ne sais même pas à quoi ça correspond, j’espère que ce n’est pas une allusion religieuse), puis deux fois le filtre gradué, un pour le ciel, un pour le bord ouest de la photo et ses reflets de soleil trop accentués, un filtre radial très léger là où, dans la profusion de l’image, il y avait cet arbre qui justifiait que je déclenche. Copier le réglage, le réimporter dans les dix photographies faites, adapter mais peu. Le temps que nous prend la photographie, et pourquoi j’aime la photographie, c’est justement pour cette activité artisanale et mentale, ralentie et précise, et bien sûr séparée de la prise de vue (ah si j’avais photographié en raw tout ce que j’ai photographié depuis 20 ans). Mais c’est les arbres à venir de l’atelier d’écriture que je cherchais à photographier.

 

 


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 10 octobre 2021
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