2006.09.06 | Fontevraud, les auteurs, le crapaud


Ce n’était pas très bien annoncé, on n’était pas très nombreux, mais justement : ceux du livre, et toute la chaîne. Conseillers livre de la Drac, libraire, éditeurs, et ceux des réseaux, des bibliothèques, du terrain. La région Pays de la Loire avait missionné Patrick Deville, de la MEET, pour ces deux journées d’études, je suis de la première.

Les questions sont en part technique, rétribution des auteurs, préparation des résidences ou interventions, mais évidemment le tour d’horizon s’agrandit de chaque expérience mentionnée.

Evidemment, on se connaît tous de longue date pour beaucoup : c’est d’autant plus précieux, avant de réattaquer l’année, de faire le point. Il y a Patrick Cahuzac et Albane Gellé pour Inventaire/invention et l’association qui débute à Saumur, Cathie Barreau et Guénaël Boutouillet pour la maison Gueffier, Michel et Michèle Chaillou, Jean Rouaud, Pierre Senges, Eric Pessan, Liliane Giraudon et Annie Zadek pour les auteurs, Louis Dubost du Dé Bleu, Bernard Martin de Joca Seria et d’autres venus de plus loin, Xavier Person avec qui j’ai travaillé à Pantin, Sylviane Sambor de Poitiers, Olivier Chaudenson pour Manosque, Pascal Jourdana (que j’avais rencontré à Bron) pour mener les discussions, et Claude Burgelin pour Lyon (ARALD), pas possible nommer tout le monde. Respect particulier pour Jean-Baptiste Para, toujours soucieux de poser les questions de fond.

Bon, je passe sous silence ce qui était moins bien. Interventions à répétition, obstruction continue et délibérée quand tous nous savions ce que nous devons à nos expériences, et avions tant besoin d’échanger au concret. « Pourquoi vouloir parler de Proust à des étudiants, leurs professeurs le font très bien... » : mais pourquoi alors nous avoir convoqués sur ce thème ? Sujets sur lesquels je suis moi-même à cran , et disons que je suis parti prématurément.

Quelle magnifique lumière déjà roussie d’automne sur la route de Candes à Montsoreau, au coeur du pays de Rabelais. Départ anticipé, je n’ai même pas été saluer les gisants. Dès qu’on passe côté parking, pour récupérer la voiture, un autre visage de l’abbaye : le signe pas effaçable de son passé pénitentiaire. Fontevraud, la Centrale : pensées pour Blanqui, évidemment Genet aussi. Ce crapaud mort, avec la trace de pneu qui le recouvre, comme pour faire passage entre l’instant et ce que ça devait être, dans cette cour où je passe, les 1700 hommes en entrave.

Claude Burgelin _ Albane Gellé, Patrick Cahuzac et Pascal Jourdana _ Eric Pessan et Guénaël Boutouillet
Pierre Senges, Jean Rouaud
Olivier Chaudenson, Patrick Deville, Pascal Jourdana
Michel Chaillou photographié par François Bon © 2006
Bernard Martin, fondateur de "Ecrivains en bord de mer"

Et quelques phrases notées, pour les courageux venus jusqu’ici :

La poésie est plus véridique que l’histoire, Aristote, cité par Annie Zadek.

Replacer en avant que la littérature est le mode de connaissance le plus riche, en prise directe avec le monde, et affronter la toute puissance des sciences. Le coeur du monde, c’est là qu’il bat : dans les livres. La littérature comme mode d’apprentissage du monde, Jean Rouaud.

La transmission des valeurs de l’esprit aujourd’hui ne vaut plus rien. Et la littérature fait partie des grands luxes de l’esprit, Jean Rouaud.

Ce qui a toujours fait les principes de la rémanence d’une civilisation est remplacé par un monde qui s’auto-consume, Jean-Baptiste Para.

Il n’y a pas d’en-soi de la littérature, ce n’est qu’une suite de définitions dans un contexte historique qui change. Notre chance : la distorsion médiatique n’égale pas la valeur réelle des choses, Xavier Person.

Toutes ces coutures qu’on essaye de faire sur un tissu qui se déchire à toute vitesse, Liliane Giraudon.

Je ne supporte plus les salons du livre : assis derrière ses livres et on attend que le chaland passe, Michel Chaillou.

Qu’est-ce qui tremble en moi quand je lis ?, Albane Gellé, citée par Cathie Barreau.



François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 6 septembre 2006
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Messages

  • « Pourquoi vouloir parler de Proust à des étudiants, leurs professeurs le font très bien... » - en effet

    et d’ailleurs : pourquoi des professeurs parlent-ils, même très bien, de Proust aux étudiants, les étudiants ne sont-ils pas capables de lire Proust tout seuls ?

    et d’ailleurs : pourquoi vouloir lire Proust, le monde n’existe-t-il pas ?

    enfin, « mettons que le monde existe » (Svend Age Madsen).