Clichy-sous-Bois soleil

la Seine Saint-Denis par les bords




Au Cifap, ce mercredi, on travaille sur les demi coiffures le matin, étranges découpages dans les glaces, et atelier d’écriture l’après-midi sur Michaux : les têtes malléables, qui sse sont habituées à écrire elles-mêmes la dernière séance, reparaissent sur les tables sans y avoir été invitées.

Pendant ce temps, Alberto, au son, enregistre les textes à peine chuchotés pour soi seul sitôt qu’écrits, et Fabrice Cazeneuve installe avec Pierre Bourgeois, dans le studio photo de l’établissement, un mini plateau pour des portraits sur fond noir, et je réalise moins des entretiens que construire avec eux des moments d’improvisation orale sur thème : incroyable déjà le point où on est arrivé.

Avec Sabrina, nous arrivons au crépuscule dans cette minuscule rue de Bondy, ddonnant directement sur le terre-plein recouvert par l’autoroute A3 au-dessus de nos têtes. Collision d’urbanismes, maisons comme barricadées, grands bâtiments mysétieux de briques.

Le lendemain matin nous rejoignons Kristina à Clichy-sous-Bois : le métier de coiffure comme chemin pour échapper à la cité ? Ce matin de soleil, nous sommes aux sorties d’école, sous les immeubles. Traces d’incendies (le gymnase du collège). Pour moi, retrouver intact les lieux où pendant deux ans j’étais intervenu en atelier d’écriture au lycée Alfred-Nobel, je retrouve même ce drôle de champ pour le dressage des chiens, découvert autrefois dans un texte (archives récemment retirées du site). On ne sort pas la caméra, l’appareil-photo reste dans la poche : il y a eu des morts, ici.

Long entretien avec Kristina, ses probèmes d’allergie aux mains : à 17 ans, devoir reconsidérer 2 ans d’orientation de vie. La tête malléable planquée sur l’étagère : "Moins je vois des affaires de coiffeur, moins j’ai mal au coeur." L’apprentissage que je fais du travail de documentaire, la préparation visuelle (ça c’est mes copains), le travail autonome du son (la complicité avec Alberto), et l’intensité mentale que cela demande, appliquée sur des instants brefs et imprédictibles : "Ce film, il faut aller le chercher", dit Fab, alors OK, on y va, la preuve, tous ces kilomètres dans tous les coins de Seine Saint-Denis, et le plat de nouilles (bobun) mangé à 15h chez Li Li au sous-sol de Croix-de-Chavaux...

Puis fin d’après-midi pour des plans dans le salon Sergio Bossi de la Croix-de-Chauvaux à Montreuil. Chouette accueil. Ce que la Seine Saint-Denis réserve toujours du monde entier dans chque micro-bulle qu’on découvre. Juste en face à cinq mètres, c’est Folies d’Encre, la librairie de mon vieux copain Jean-Marie Ozanne, bien sûr dans son bureau accroché à son téléphone comme tout libraire qui se respecte, c’est lui le premier qui me parle de l’article Thorel/Sevestre juste paru dans le Monde. J’achète un Nazim Hikhmet, je lirai ça dans le train tout à l’heure, étrange ces livres lus il y a quinze ou vingt ans et que la mémoire redécouvre intacts : quel bonheur ce cri.

Au fait, le métro à Croix-de-Chavaux, à 18h, investi par une inondation souterraine, on rejoint à pied autre station plus haut. Souterrains déserts, accès interdit, gens un peu hallucinés : ça aussi, tiens, ça pourrait faire film.




François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 15 décembre 2006
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