Québec, 318 jours | l’usine à papier

mon premier Pecha Kucha : 6’40 texte & son, sur 20 images à 40" chaque (et que ça se prépare)


complément
- on retrouvera ici la suite des images projetées de l’usine à papier

 

note initiale
Arrivé fin août 2009, départ fin juin 2010. Le temps de quitter l’idée préalable qu’on a de Québec, le temps d’apprendre la brutalité des saisons, le temps d’apprendre la ville américaine sous l’histoire française, de laisser venir à soi la pauvreté, la complexité, la nervosité. L’apprentissage qu’est découvrir le continent américain en partant de puis revenant à Québec. L’apprentissage de considérer son propre pays là-bas comme un pays lointain. Apprendre des forces plus grandes que ce à quoi on a été éduqué, dans le rapport aux éléments, à l’eau, au froid, et l’histoire des hommes. Québec au jour le jour : ce qui s’y renverse de soi. Et le paradoxe sans doute, accessoirement, de vivre face à une usine à papier, lorsqu’on se consacre un an à la mutation Internet du livre.

Performance texte & traitements sonores, sur 20 images en séquence automatique, Québec, Le Cercle, 26 mai, 20h – retransmis live Box TV et en ligne site du Cercle ensuite.

note du mardi 25 : il y aura probablement, dans les 6’40, un son en boucle de John Bonham, batterie seule, puis le texte ci-dessus (petit triangle près de l’image), puis un son de basse perso (Amérique 17), et sur l’ensemble, dans le décompte des 20 fois 40 secondes, reprise de la sculpture des 801. Sur les 20 images de l’usine à papier, parcours en cercle des saisons, alors oui, ce serait pour moi Québec...

Honte à moi, je ne connaissais le mot que très vaguement : le 26 mai, (probable) dernière intervention Québec, ce sera mon premier Pecha Kucha – on apprend que ça veut dire en japonais le bruit de la conversation, et que ça s’est propagé déjà dans plus de 300 villes, dont Montréal et Vancouver, et ici à Québec ce sera au Cercle, où nous avions tenu notre Fabrique du numérique.

La forme : on fournit 20 images. Elles sont projetées en continu, 20 secondes chacune. On dispose donc d’exactement 6’40 pour le dispositif de récit qu’elles vont ponctuer.

Apparemment, il y aura 2 sets de 10 intervenants, soit 1h20 par set, avec entracte. Déjà, l’exercice m’intéresse, parce que – comme c’était le cas à la radio, du temps que la radio nous commandait des textes – la contrainte de temps détermine la contrainte de forme. D’autre part, l’image articule le discours. Ça peut être le contraire : souvenir de la si dérangeante intervention de Philippe De Jonckheere à Bagnolet, en juin dernier, où il avait enregistré un texte de 40 minutes, et sur sa propre voix il fouillait en direct archives de son site et images de son disque dur, le discours de l’image devenu lui-même improvisation – on avait tous été sous le choc.

Mais (merci Jean-François Jasmin), le fait que la contrainte égalise tous les intervenants : le programme n’est pas fixé, mais il y aura un spécialiste des jardins urbains (ceux qui s’installent sur les toits de la ville), un architecte, un spécialiste de micro-biologie, un développeur de jeux vidéo, la responsable d’une structure d’entraide. Donc, et parce que le numérique passe devant, artiste ou pas artiste, le discours sur la ville, et ce qu’on crée par notre parole sur la ville, est à égalité d’origine. D’autre part, nous créons par le même fait une nouvelle communauté de destinataires : la parole littéraire s’adresse aux littéraires, on n’a pas de scientifiques dans nos ateliers etc, les mondes de l’image ne croisent pas ceux de l’écrit.

Donc aucune hésitation à dire oui. Reste maintenant à construire. Comment s’organise un discours de 6’40, avec éventuel séquençage en 20 incises ? Est-ce que j’enregistre un compte à rebours à voix haute quarante trente-neuf trente-huit trente-sept .... que je laisse tourner en boucle sur iTunes pendant que je laisse passer chaque fragment qui n’occuperait qu’une partie des 20 fois quarante secondes ? Ou au contraire partir dans un seul continuum de 15 000 signes où les photos sembleront venir traverser presque au hasard ? Et il reste à les choisir, les 20 images. Ça ne peut pas être illustratif. Le Québec des visages, du défilement depuis le bus, des aléas météo, de la brutalité du ciment, je les sais par les mots, mais par contre j’ai photographié au moins 70 fois – de saison à saison et dans les différentes faces de son imbrication à la ville, avec ses rejets qui sont comme une signature du ciel de la ville – la grosse usine à papier Birch, de l’autre côté du port (pas d’embrouille : je sais parfaitement que le livre doit représenter environ 8% de la production globale de papier – ce qui n’empêche pas les montagnes de broyé qu’elle traite et nous rejette bien parfumé d’acide et d’ammoniaque).

Tiens, bien envie qu’à l’automne on s’en recale un, de Chika Picha (comment vous dites, déjà ?) dans une bib amie, avec la gang publie.net... Vous vous y prendriez comment, vous ?

Touché aussi que le Cercle m’ait proposé – dans l’entracte, justement – une intervention complémentaire de 12 à 15 minutes. Ce sera la première fois que je me lancerai à la voix dans ma Traversée de Buffalo. Ils fournissent le technicien : quatre écrans géants tout autour de la salle pour projeter, zoomer, défiler les images Google Earth prises à ces villes industrielles (il n’y a pas que Buffalo, mais aussi Detroit, Milwaukee, Chicago, Seattle – à même latitude cependant).

Je répercute ici – et bien sûr on y reviendra quand ç’aura été fait, et la perf accessible en ligne, le trouillomètre va grimper d’ici là. D’une part, parce que le numérique provoque en tant que tel, comme présence, comme art, comme pensée et intervention, une commande spécifique. D’autre part, parce qu’à l’auteur de texte on propose la voix, inscrite dans un espace et un temps, et un destinataire neuf, complexe, qu’on ne sait plus trouver depuis nos vieilles cloisons.

Sujet : la ville. Va falloir être à la hauteur.


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1ère mise en ligne 13 mai 2010 et dernière modification le 18 mai 2010
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