nocturnes de la BU d’Angers, 14 | lever, tournoyer la voix

sur la piste des "Slogans" de Soudaïeva/Volodine et des "Grands mots d’ordre" de Hubert Lucot, séance spéciale avec live blogging


Que serait la littérature si elle était une île séparée des affaires du monde ?

Mais à quoi bon la littérature, si on peut hurler, crier, pleurer, penser, offrir sans que cela change rien au grand désordre du monde ?

Il y a une grande veine-cave souterraine dans l’histoire de la littérature, de ceux qui se sont portés à ce point de friction, et en ont fait leur voix même. Dans notre vieille Bible, ainsi d’Isaïe, Jérémie, Habakuk...

Mais de ces voix de rage, on en entend dans toutes les époques, chez les Romains, ou via Agrippa d’Aubigné.

Et il y a des temps où, quoi qu’on fasse, avec nos propres peurs, nos propres rages, on n’en saurait mais. On est les yeux écarquillés devant l’effroi du monde.

Il y a la Lybie, il y a le Japon, il y a ce sans-abri, là, à la porte de la bibliothèque. Mais on n’est pas là pour faire la liste ni l’inventaire.

La tâche et la dignité de la littérature, c’est de rester elle-même, purement littérature, en avant de nos tâches citoyennes ou morales. Elle est sauvage, elle nous requiert et nous broie, elle se moque bien de la misère de nos temps.

Alors notre responsabilité quant à l’écriture, c’est d’être précisément là, où nous sommes aussi en tant que citoyen, où sans cesse nous nous constituons dans notre fraternité humaine, mais d’en appeler à ce grand cri qui sourd, où résonne aussi le non humain de Nietzsche – et de n’être ici que littérature.

Et c’est difficile. Parce qu’il faut s’appliquer à soi-même le Silence au raisonneur ! de Rimbaud. Parce qu’il faut pour soi-même renoncer à la pensée, et faire que la langue subvertisse l’énonciation critique, rhétorique.

Alors oui, il y a une folie dans la langue elle-même, à accepter, à laisser naître.

Je propose la lecture d’un texte de 1987 de Paul Valet, Et je dis NON, avec déjà le nucléaire et la guerre.

Je parlerai aussi d’Antoine Volodine. Quand est paru Slogans, aux éditions de l’Olivier, en 2004, Antoine Volodine a bien spécifié qu’il n’en était que le traducteur, et sa préface fournit et une biographie succincte de Maria Soudaïeva, et les circonstances de l’écriture de Slogans. Mais, depuis lors, le fondateur du post-exotisme a rassemblé d’autres auteurs, comme Lutz Bassman ou Manuela Draeger. Et pour nous, désormais, Antoine Volodine, dont le dernier livre, Écrivains est un des opus majeurs, n’est qu’un des pseudonymes d’une nuit particulière d’écriture, qui à rebours inclut Soudaïeva.

On trouvera ici une séance d’écriture datant d’avril 2007, avec une classe de terminale du lycée professionnel Victor-Laloux de Tours : Slogans, extraits, écriture. Voir aussi cet atelier avec lycée pro Pantin, à partir de Paul Valet : Je dis OUI à la dégradation des lieux publics.

Dans cette séance de Victor-Laloux, j’avais proposé de reprendre la forme de Slogans mais en lui ajoutant un destinataire :

n’ayez pas peur, on est des êtres humains (à l’entrée du quartier)
demander l’arrêt est interdit : terminus obligatoire (dans le bus)
faire la tête n’est pas autorisé dans l’enceinte du magasin (stage)

Ce soir, je souhaiterais qu’on se concentre sur comment bâtir soi-même ce débord du Silence au raisonneur ! de Rimbaud. Non pas accumuler des Slogans, mais venir encore plus près de la démarche de ce très grand livre : séries numérotées sur titre. Prendre au sérieux l’exercice de variation.

On a l’injonction Regroupez-vous en fin de slogan : qu’on l’use, qu’on la déforme jusqu’à fusion de la langue. On a l’injonction Frappez !, qu’on aille chercher jusqu’à l’excès ce qu’il faut frapper.

C’est l’instance même de la langue dans son débord qu’on va accueillir, examiner (et qui – accessoirement – nous permettra de modérer les interventions en ligne, pas d’attaques ad hominem, pas de sous-politique d’insulte, c’est l’écart, c’est le surplomb qu’on cherche).

En complément, je vous propose aussi d’écouter Hubert Lucot dans cette vidéo BNF/écrire la ville, accompagnée d’extraits de ses Grands mots d’ordre. Là encore, détournement d’une instance de la langue, les prescriptions du journal officiel, mais principe d’accumulation et variation.

SUGGESTION : une des grandes beautés de chacun des Slogans c’est l’inversion rhétorique de leur proposition. Le politique est au bout. La métaphore est tuée. Ce qu’accueille l’incipit, c’est l’image, le sous-jacent, l’ombre, le cri, la peur, le rêve, l’image – et on retrouve presque plus, dans les incipits de chacun des (Slogans l’histoire de la peinture, de Bosch aux Surréalistes, que celle de la littérature. C’est presque le visuel ou l’auditif qui commencent le slogan, et seulement sa résolution à la fin qui le fait converger vers ce qui le provoque, nous hérisse ou nous effraie ou nous affecte dans le chaos insoluble du monde. Prenez ce fonctionnement au pied de la lettre, écrivez carrément à l’envers, commencez par le sombre, le secret, le souterrain – alors la variation et l’accumulation emmèneront votre séquence dans ce point de si nécessaire et si belle et fraternelle résonance, où il n’y a plus de raison mais simplement, y compris pour survivre, la folie en partage.

ET PRÉCAUTION : ce n’est pas un concours de slogans, ou brevet de subversion. C’est un travail sur la langue, le vertige de la langue, l’autonomie de la langue, et ses variations. Donc pas besoin de nous envoyer une proclamation. Mais si vous êtes sur un slogan, envoyez en commentaire ci-dessous la variation en 4 ou 5 spirales par quoi la langue devient ce slogan (ou le contraire, je ne sais pas). Mais ce qui compte c’est qu’on voie le mouvement de la langue pour s’imposer par elle-même, à la fois sur le terrain de ce slogan, et s’y établir comme poème, campement, tournoiement.

On devrait y arriver.

Et c’est à ce moment qu’on peut lire le texte magnifique de Paul Valet, Et je dis NON et commencer à le comprendre.

C’est parti pour deux heures...

FB

Slogans | Maria Soudaïeva, traduite par Antoine Volodine


DÉTRUIRE L’ISSUE
273. DESTRUCTION DES ISSUES
274. FERMETURE IMMEDIATE DES MATRICES.
275. À l’ENTRÉE D’UNE MATRICE, NE CHERCHE AUCUN PASSAGE !
276. SI TU RESTES OUBLIÉE SUR LA VOIE, TRANCHE A LA HACHE CE QUI TE RETIENT AU MONDE !
277. SI TU SORS D’UNE MATRICE, NE CHERCHE AUCUN PASSAGE !
278. ANNULATION DES MATRICES OBSCURES !
279. FIN DES MATRICES GOTHIQUES !
280. HORS DES MATRICES, REGROUPEZ-VOUS !
281. RECOUVERTES DE TERRE, REGROUPEZ-VOUS !
282. DANS LA FUMÉE, REGROUPEZ-VOUS !
284. OUBLIE LE PASSAGE TORTUEUX, COUPE CE QUI TE RETIENT AU MONDE !
285. CARABES D’OR, TRAHISSEZ, REGROUPEZ-VOUS, FRAPPEZ !
286. LOUVES BLANCHES DE LA TROISIÈME VAGUE, FRAPPEZ !
287. LOUVES BLANCHES DU MONDE NUMBER ONE, OUBLIEZ LE PASSAGE TORTUEUX, PASSEZ EN FORCE, FRAPPEZ !
288. ENFANTS DES NAINES, NUMÉRO DVA, REGROUPEZ-VOUS HORS DES MATRICES, NE PARLEZ PAS, FRAPPEZ !
289. DÉTRUIS L’ISSUE, DÉTRUIS LE PASSAGE TORTUEUX, ET ENSUITE : NITCHEVO !

RÊVE NUMBER QUARANTE-NEUF
290. AUBE IMMÉDIATE, VENTS TIÈDES !
291. RETOUR DES LUMIÈRES NON BRÛLANTES !
292. AURORE BLANCHE, GAZOUILLIS !
293. HORIZON DÉGAGÉ, PARFUMS D’ÉTÉ !
294. SUR LA GRÈVE : VAGULETTES, DDANS LE CIEL : PREMIÈRES MOUETTES !
295. UNE BARQUE SE BALANCE, RPEVE NUMBER QUARANTE-NEUF !
296. PROMESSE DES HEURES MATINALES !
297. RETOUR DES SILENCES TRANQUILLES !
298. HERBES ODORANTES, ABEILLES LOURDES !
299. DES ABEILLES SUR LES FLEURS, ET ENSUITE : NITCHEVO !

ÉGAREZ-VOUS
300. OMBRES DES MARGES, COUREZ, FRAPPEZ !
301. FRAPPEZ, IL NE VOUS SERA JAMAIS PARDONNÉ, FRAPPEZ !
302. PENSEZ A CELLES QUI SONT RESTÉES, FRAPPEZ !
303. PENSEZ A NOUS, COUREZ, FRAPPEZ !
304. OUBLIE LA GANGUE AMÈRE, DISPARAIS, FRAPPE !
305. SORS DE LA GANGUE AMÈRE, COURS SUR LES GALIONS JAUNES !
306. PENSE AUX INFANTES NUMBER MILLE, N’OUBLIE RIEN, OUBLIE LA GANGUE AMÈRE !
307. SI TU ENTENDS TA MAIN QUI SE DÉCHARNE, ÉGARE-TOI, OUBLIE LA GANGUE AMÈRE !
308. OMBRES PRIVÉES, ÉLYTRES, COUREZ SUR LES GALIONS JAUNES, ÉGAREZ-VOUS, FRAPPEZ !
309. OMBRES DES MARGES CHAMANES, NE COUREZ PAS VERS LA BOÎTE QUI SE DÉCOMPOSE !
310. COUREZ, ENFOUISSEZ-VOUS SOUS LES CITÉS, IL NE VOUS SERA JAMAIS PARDONNÉ !
311. COURS SUR LES GALIONS JAUNES, CRIE AVEC LES MOUETTES QUI SE DÉCOMPOSENT !
312. SI TU AS CRIÉ UNE FOIS, CRIE UN MILLIARD DE FOIS !
313. SI TU AS OUBLIÉ UNE FOIS, OUBLIE UN MILLIARD DE FOIS ET DISPARAIS !
314. PENSEZ À NOUS, BRÛLEZ SOUS LES CITÉS, ÉGAREZ-VOUS, FRAPPEZ !
315. JAMAIS NE BRÛLEZ DANS LA BOÎTE QUI SE DÉCOMPOSE !


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 17 mars 2011
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Messages

  • Trou dans les tripes
    vide central, ne vous recroquevillez pas
    dans le trou, reprenez forces, tendresse, ne restez pas
    douleur où elles étaient, attendez
    douleur aux tripes, bercez la de musique
    douleur aux tripes, rêvez
    corps vidé, se passer de tripes
    corps guenille, regardez autour
    oublier trou, regarder les autres
    deviner les trous des autres
    corps faible, aimez les faiblesses

    trou dans les tripes
    qu’elles gueulent, prenez y colère
    gardez la colère
    cuisez la colère pour la préciser
    expulsez la colère
    dédiez la colère
    vidés de colère, prenez la pour joindre les vraies
    unissez vous aux colères
    pensez la colère, aiguisez la
    ne la gaspillez pas
    essayez

    • non, Benoît l’amboilati : pile ce que je voudrais éviter dans l’exercice, jeu de mots par lequel on se fait plaisir (voir ma demande de tourner 4 fois le slogan dans ses variations avant d’envoyer) – là tu ne permets pas à la langue de se retourner sur ce qu’elle désigne – allez, t’as le droit de rejouer !

    • Oui je sais, il se trouve que j’avais ce truc justement sous la main quand j’ai vu le billet et la consigne. Je sais que ça ne colle pas. C’était pour montrer ce qu’il ne faut pas faire ! Malheureusement, je ne suis pas dispo tout de suite à ma colère.

    • bonjour <Monsieur Bon je ne connais pas le mail pour envoyer mon texte .
      je tente donc ce lien voci ma modeste participation ce site est d’une immense richesse. merci encore pour votre générosité

  • Ne croyez pas aux mots ne croyez pas aux riens ne croyez pas aux phrases écrites ou dites ne croyez rien de ce que l’on vous crie ne croyez rien de ce qui peut devenir ne croyez pas que quelque chose peut être ne croyez pas que vous-même pouvez être ne croyez pas que vous pouvez même croire ne croyez pas tous ceux qui tentent de... ne croyez pas ce que je vous écris ne croyez pas ceci ou ça ne croyez pas ce qui là-bas ressemble ne pensez pas que tout ça vous ressemble ne croyez pas que quelque chose existe ne croyez pas que la langue vous porte ne croyez pas que ce jour termine ne croyez pas à tout cela ne croyez pas aux types en croix ne croyez pas à la parole blanche ne croyez qu’il est vain d’oublier ne croyez pas aux vérités ne croyez à rien qui ne soit de la même engeance que la nuit.

  • en direct depuis la salle d’atelier

    Disparus des marécages, et sans force, regroupez-vous !

    Perdus dans la boue, et sans bras, regroupez-vous !

    Assoiffés de désert, regroupez-vous !

    Solitaires et seuls sur Terre, regroupez-vous !

    Fous furieux des matins blêmes, regroupez-vous !

    Perdus des horizons, regroupez-vous !

    A l’ombre du nuage, regroupez-vous !

    Colériques et hérétiques, chiens et requins, regroupez-vous !

    Dans les supermarchés, dans les hypermarchés, dans les gigamarchés, dans les castomarchés, dans les mégamarchés, regroupez-vous !

    Dans l’ascenseur du vide, et jusqu’au 15ème, regroupez-vous !

     

    C’est là que les mensonges sont passés, ils reviendront. Ils retourneront, ils resteront, ils s’enfonceront, ils s’en iront, ils reviendront, ils s’enfonceront ils s’enfonceront ils s’enfonceront et en un bloc !

  • "tous coupables !"

    "tous du sang sur les mains !"

    "tous des moutons, aveugles"

    "le silence des agneaux, tous bêlants !"

    "tout est à refaire"

    "gâtés comme des rois, vous ne le savez même pas"

    "les voitures, les voitures, les voitures"

    "la Terre s’en fout."

    "allez-y, vers de Terre, paniquez, valsez, hurlez !"

    "allez-y, écervelés, criez !"

    "je n’existe pas, alors lâchez moi."

    "non, je ne me plaindrai pas."

    "le Japon, ça ne me regarde pas."

    "personne n’a choisi de naitre,
    alors personne ne choisi de mourir !"

    "humains, je vous hais !"

    "grande tornade qui ravage tout,
    je te voie."

    "La vie n’est qu’un rêve et le sommeil de ce rêve, un rêve sans sommeil."

    "plus terne que le plus terne des océans, plus brillant que le plus solennel été, je demeure, sans voix."

    "vous n’êtes que des singes !"

    Laura

  • Ta chair est plaie, griffe la chair jusqu’à saigner !
    Aime, aime à en crever !
    Arrache les chairs et hurle corps à vif !
    Saigne, crève, oblige tes ongles à te creuser !
    Expulse, crache, puis fais-toi béance !
    Crève d’aimer !
    Griffe et déchire jusqu’à saigner !
    Arrache ton visage et dessous ouverte la plaie !

  • "Aux antipodes, préférez les effluves mauves des champs d’Ariège"

    "A leurs mémoires dites qu’elles m’oublient"

    "Face aux canons, piquez les pommes des grenadiers"

    "Ne dites jamais qu’on sait voler, sous les étreintes des fourches caudines songez qu’une muses a des racines"

    "Sous trop de lumières, coulez vos pieds dans vos fenêtres"

  • en direct de la BU aussi, AnCé-t depuis EtherPad, lire autres textes de AnC-T sur Diafragm.net...

     

    mur le mur c’est du béton
    mur dessus des ballons
    les ballons c’est léger les ballons sur le mur de béton
    béton dur qui agresse
    murs partout des murs partout
    partout barbelés au-dessus d’un mur de béton
    prenez une corde attachez-là en haut d’un mur
    en haut du mur regardez les grandes plaines d’un côté puis de l’autre
    le vendredi trouvez la corde le vendredi sautez le mur
    courez traversez le samedi une douane
    courez droit courez vite traversez le mur de béton
    vite et léger soyez prudent ne faites pas de bruit
    attrapez attrapez les ballons sur le mur
    bruit du mur bruit de la construction du mur grues pelleteuses
    enquêtez enquêtez trouvez le sable du béton
    collez-vous au mur
    alignez la ferraille du mur la ferraille
    l’eau du béton trouvez-la fluide légère
    trouvez la source la source de l’eau du béton
    nagez dans le mur de béton
    filez les poissons filez dans les mailles barbelés
    ramassez les petits cailloux filez — filez dur
    sortez les poissons sortez vos papiers
    les poissons clows contrôlent la situation géopolitique papier
    pas de soucis pas de soucis le mur est là le béton est là bien droit qui nous tient au frais à l’ombre à l’ombre la situation est bien en main
    à l’ombre des murs seuls les petits cailloux s’envolent avec les ballons
    mur le mur c’est du béton plein de peintures pleins de mots
    mots collés figés fatigués
    one wall two jails
    collés les cailloux aux deux prisons problème de visas

  • tout est tapis dans l’ombre, frappe !

    l’oubli des voix, la persistance des cris, frappe !

    par dessus bord et à tribord, frappe !

    Le souvenir de ta langue et l’absence des mots - sur ta langue frappe !

    Les restes du frigo et le dégoût des asticots - sur la carcasse frappe !

    La nuit qui s’engouffre les yeux écarquillés - sur ton vertige frappe !

    Rien n’existe plus de ce qui fût, sur ton passé frappe !

     

    Rien ne sera de ce que tu crois, sur ton futur frappe !

    Démangeaisons et au secours, sur ta blessure frappe !

    Frottements par dessus-tout, frappe !

    • Ce qui descend sur toi – frappe !
      A la lueur noire, frappe !
      Lorsqu’elle te recouvre muette – frappe !
      Etouffée, frappe !
      Privée de mots – frappe !
      Si on t’empêche, frappe !
      Tout ce qui ronge – frappe !
      Sous les nuées devenues grêle – frappe !
      Quand elles approchent – frappe !
      Sifflement strident – frappe !
      Ce qui s’abat – frappe !
      Dans la fosse – frappe !
      Terreurs – frappe !

  • Il est interdit d’arrêter la musique.
    Il est interdit d’avoir des obligations.
    Il est interdit de manquer un coucher de soleil.
    Il est interdit d’aller chez le dentiste.
    Il est interdit de se couper les cheveux.
    Il est interdit d’avoir des choses à faire.

    A l’inverse il vous est prié de consacrer votre temps à le perdre, de marcher sur les pelouses, de grimper sur les ruines, de ne pas tenir vos engagements, de ne pas dormir la nuit, de lire des livres pour enfants, de prendre votre pied, de bâiller aux corneilles et d’aller aux escargots.

  • Changez l’eau en sang
    Rapez vos papiers
    Ecoulez le feu
    Videz l’or du Rhin
    Eternuez sur l’Eternel
    Zut

    Torréfions le bitume
    Oblitérons l’oubli
    Uraniennes urbaines
    Sans salut


  • Sortir le profil de la jalousie, le statut de la mainmise

    Déranger le magnum de ma colère, lâcher du lest

    Vert prairie sans nuage dans vos rêves

    Les livres au pilon dépêche-toi de changer

    Demain est un autre ailleurs, pourquoi s’enfuir ?

    Assiette et langueur d’âme, je n’y arrive plus

    Le social est dans l’ascenseur mais sans électricité

    Décoder les visages, c’est ouvrir les yeux

    Indiquer votre langue de recherche sur la page entière

    Pas chercher, économiser l’inventaire, hurler après qui ?

    Le passage est exiguë souterraine élégance

    Sur la plage chercher le nuage qu’on a dans la fête

    Enfants d’un soir restez tranquille sous la neige

    Demandez votre chemin si vous n’y entendez rien

    Faire salon n’est rien quand on n’a pas de chaise

    La musique des informations a trompé le silence mais vire au noir

    Peur logique du virage explose en plein vol

    Demandez l’heure et gardez la monnaie

    Frappez le bon sens pour qu’il vous indique sans force l’avoir à suivre

    Le chaos du monde est insoluble dans le sombre

    À la conquête du monde je trouve la rage

    Depuis le temps je ne sais plus qui m’invite à fuir

    Pardon est un écueil qu’il ne faut pas troubler, le corps aussi

    Regarder en traversant le silence des espaces endommagés

    Noir est la couleur du rentre dedans

    Je respecte les autres et n’en attend rien de mieux que toi

    Si tu crois en choix ne me cris pas dessus

    Dis-moi trou ce que tu ne brûles pas

    Arrête de lire ce que tu ne voudrais pas écrire

    Le moindre écart ne laisse aucune trace sur nos pas

    Accueillir l’extrait détourné d’un instant hors de nous

    Les mots n’ont pas d’ordre à nous donner de la voix

    L’oxygène respire en toute centrale

    Le nuage est toxique et l’espoir au bout du téléviseur

    Arrêtons le déménagement des nains de quartier

    Libérons l’asphalte amère des époques passées

    Au pied de la lettre changer de chaussures

    Une virgule, on devrait y arriver

    Ne pas rester seul pour sauver l’effroi

    La croissance est une forme de poisson-chat

    Envie de baiser, baissez-vous

    Rire de soi c’est un bon début de mélo

    La vie est un tsunami solitaire

    Mouvement de langue aiguise la vague indifférence

    Imposer le slogan de l’attente en spirale inversée

    Parler avec des gants sans ouvrir la souche

    Rêver d’échecs et secrets avariés façon puzzle

    Ouvrir la bouche et bêler de plaisir

    À bas le moral, regroupez-vous !

    Voir en ligne : Liminaire

  • Ne me dit pas que tu ne sais pas ! Gobe ton silence jusqu’à la lie et n’oublie pas d’en prendre encore, et encore, et encore ! Écorche l’écorce qui sert tes tripes. Je veux qu’on entende frissonner la couleur suave des tes rameaux jusqu’aux confins du grand écart. Dix rue des interstices que germe sur le bout de ta langue, ta langue, ta langue !

  • Mutualisation ou délocalisation il faut choisir
    Soit le meilleur soit le pire
    Expertise ou profit mais économie
    Peu importe leurs vies

    Conscience professionnelle ou travail bâclé il faut trancher
    Fini le souci du détail accélérez
    Pensez rentabilité et productivité
    Qu’importe les vrais soucis créés

  • Sois un trépas à figure de soleil

  • fleurissez-vous

    1. mimosa aux épaules, corps tièdes d’éternité
    2. cétoines mordorées au profond des roses, retour des réveils printaniers
    3. violettes séchées aux pages des livres, clin aux froidures passées
    4. sur la grève une bergeronnette, parfum des varechs
    5. dans l’allée des bois, mort pour le pigeon turc
    6. près des coquelourdes, la tête d’une musaraigne
    7. sous les camomilles blanches, le vert-elytre d’une libellule
    8. géranium odorants, retour des gendarmes
    9. cerisier du japon, fleurissez-vous

    fleurissez-vous bis

    10. à l’entrée du théâtre, ne cherchez aucun commencement
    11. si tu appelles au secours, ne sois pas un vieillard, cognez
    12. transparents des couloirs jaunes, cognez
    13. oublie la gangrène, cognez
    14. scarabées d’or, montez à l’assaut
    15. ourses blanches, chèvres, louves, cognez
    16. recouvertes de voiles, enchantez, disaient les belles
    17. dans le jardin d’effroi, trouve la hache et tranche
    18. cohorte des colombes, lâchez les chiens
    19. cognassiers du japon, rougissez

    Voir en ligne : semenoir

  • dans les yeux cet homme regardez !
    ce vêtement vide regardez !
    pourvu qu’il soit beau regardez !
    autour d’un rien la vie organise son chaos regardez !
    celui qui ne regarde pas a le regard vide regardez !
    petits miroirs d’univers regardez
    le monde se refaire à partir du coeur qui regarde !
    par amour regardez !

    colère d’amour en colère aimez !
    le chien l’os la tempête les vêtements qui flottent aimez !
    le voisin la rue à traverser pour le saluer aimez !
    le petit vent qui connaît l’ouragan aimez !
    le pot vide qui demande du regard dans les yeux aimez !
    le bruit des pièces goutte à goutte c’est rien sans bonjour aimez !
    les colères sourdes qui frappent lentement dans les tempes aimez !
    par regard aimez !

  • Frappez avant d’entrer
    c’est plus poli
    prévenez avant de bombarder
    prenez une bonne résolution 1973
    décollez l’exercice est enfin réel
    sur le porte-avions catapulte
    ou le tarmac de Saint-Dizier
    excluez le ciel pour les aéronefs militaires
    mais laissez passer les nuages
    radioactifs ou pas
    chantez la gloire des particules pas si élémentaires
    tsunami interdit désormais à 14 heures 45
    ne naviguez pas à vue
    survolez les centrales atomiques
    déversez votre eau salée
    comme les larmes en mètres cubes
    ces piscines ne sont pas faites pour les nageurs
    tremblez de vos membres et de votre terre
    rejoignez les uns à l’autre
    le vieil océan n’est jamais pacifique
    supprimez toutes les mers du globe
    bétonnez, sablez l’univers entier
    collez fermement les yeux et les oreilles
    de chacun
    par principe de précaution finale

    Voir en ligne : L’Irréductible