10 livres que vous pourriez lire cet été

(si ce n’est pas déjà fait)



- Je trouve parfaitement ridicule cette mode envahissante des 10 idées pour, des 10 raisons que et autres listes du prêt à penser. Je l’utilise ici exprès pour le dire, et désormais pour ma part je les évite. Vous éviterez donc le billet ci-dessous.

- Autre marronnier que celui des lectures d’été, la distraction, la plage et tout ça, arrêtez : ça ne sert qu’à promulguer ce qui s’affiche dans les gares et qu’on voit partout dans les mains des gens (enfin, ceux qui lisent) dans le métro. Pour moi, l’éloignement des tâches obligatoires – ce n’est pas encore là tout de suite mais, disons, une fois que le ménage sera fait – c’est reprendre de grandes lampées de texte, repartir dans Dostoïevski ou autre grand tapis roulant à engouffrer le monde (cet été, ce sera Thoreau mais je ne le mets pas dans la liste ci-dessous).

- Et, dans la profusion générale, souvent se confier à un geste d’impulsion, et avoir à se remémorer ce qui avait fait déclic partiel et qu’on remettait à plus tard. Reprendre Blanchot au matin, tiens, dans le silence d’une matinée avec promesse de journée ouverte (mais je ne le mets pas dans ma liste). Donc, finalement, quel critère, sinon de se laisser embarquer à plus grande échelle, lecture comme écriture exigeant masse minimum de désoccupation à leurs franges.

- Vous voulez embarquer assez pour les choix, les bifurcations : bien sûr profitez-en pour l’achat d’une liseuse, les prix ont baissé considérablement, ce sont de petits appareils mûrs et confortables, et des milliers de titres gratuits à relire ou découvrir pour la rentabiliser en quelques semaines, si vous divisez par le nombre d’heure. Un petit sac Zip de congélation à glissière pour quand vous l’emportez dans le sable ou le risque de gouttes, et vous en profiterez en tout éclairage, du plein soleil à la nuit sans lampe d’appoint. Par contre, pour ma sélection ci-dessous, certains sont dispo, d’autres pas, on ne va pas vous gâcher le plaisir avec les tendances criminelles (vis-à-vis de nous, lecteurs) ou suicidaires (vis-à-vis de leurs grosses boutiques pantouflardes, le patron assis sur son coffre-fort) de l’édition française. Oublions, il s’agit de littérature.

- Vous trouverez aisément ces grands livres chez votre libraire de ville, évidemment privilégiez-le pour votre clientèle. Je mets quand même un lien pour achat à distance ou livraison numérique.

- Bien sûr commentaires ouverts pour vos propres suggestions et partages.

 

1, Miguel de Cervantès, Don Quichotte


Personne n’en a jamais fini du Don Quichotte. Et demandez autour de vous, qui l’a relu récemment, ou bien même qui a été dans le tome 2 après le tome 1, toujours dire et redire combien c’est important d’aller se baigner dans eaux-là. Éviter la traduction Viardot, tellement trop peignée XIXe siècle (malheureusement la plus diffusée, notamment en numérique), il y a de belles traductions récentes, le vieux Pléiade basé sur la première trad du 16e siècle est un régal aussi. Je conseillerais celle d’Aline Schulman au Seuil, en langue d’aujourd’hui mais respectant les rythmes et cinétiques, la rapidité de l’original.

 

2, Malcolm Lowry, Au-dessous du volcan


Parce que celui qui l’a fait connaître en France vient de disparaître à 102 ans, et que ce livre reste dans son aura de livre maudit, de tourbillon d’échec. À compléter par les lettres de Lowry si vous les trouvez. Et s’il s’agit de relire comme de découvrir, préférer la retraduction de Jacques Darras, qui n’enferme pas l’animal sauvage.

 

3, Marc Graciano, Liberté dans la montagne


Heureusement, nous tous, qui fournissons bisannuellement au commerce de la librairie, qu’on fait des choses bien. Je parle quand même régulièrement ici de parutions récentes. Mais certaines s’en détachent, on dirait des livres présents ici depuis longtemps. Ainsi, par son ampleur et sa langue, cette épopée médiévale proposée par un auteur dont personne ne savait rien, voir sur Tiers Livre.

 

4, Pierre Patrolin, La traversée de la France à la nage


Idem une grande découverte, par l’écart du registre, par le culot du thème, et pour tout ce que ça dit, via villes et villages vues par l’arrière, de la France d’aujourd’hui, avec magnifique vocabulaire pour tant de choses que nous ne savons plus, voir sur Tiers Livre. Ai été moins convaincu par le 2ème livre de Pierre Patrolin, sur thème du feu dans Paris sous pluie, mais pas laisser passer celui-ci, en plus il vient de passer en poche.

 

5, Jean-Christophe Bailly | Dépaysement


Lui aussi est passé récemment en poche. Paru il y a 2 ans, c’est d’évidence déjà un classique, une sorte d’ouverture indispensable sur la question même de l’écriture confrontée à la notion de territoire, qu’il soit urbain ou quasi sauvage. Si vous l’avez déjà lu, possible de prolonger par le récent La phrase urbaine de Bailly. Sinon, régalez-vous. Voir extrait sur Tiers Livre (Culoz).

 

6, Gabrielle Roy, Bonheur d’occasion


Jamais compris pourquoi cette immense auteur de l’Amérique francophone (Manitoba) n’avait pas ici une reconnaissance du même type que Marguerite Yourcenar au moins (je la mets bien plus haut). Le Québec commence à s’en apercevoir, qu’on est plus là côté Faulkner que côté folklore (ne se bousculent pas pour la rendre disponible, en tout cas). Une mise en cause essentielle du roman dans son rapport à l’autobiographie. Lire sur Tiers Livre.

7, Vassili Golovanov, Éloge des voyages insensés


On attend ce tour à pied de Géographie totale de la mer Caspienne sur quoi il travaille. En attendant, impossible ne pas le suivre dans l’île presque ronde de Kolgouev, en mer Arctique. Extrait lu ici sur Tiers Livre.

 

8, Blaise Cendrars, Bourlinguer


Pas acheté l’édition Pléiade qui vient de paraître, mais il était totalement légitime, et même urgent, de reconstruire comme oeuvre monobloc le travail de fiction autobiographique de Cendrars. Expérience de lecture qui pour moi remonte à 2 ans seulement (de L’homme foudroyé à Lotissements du ciel). Mais c’est seulement à partir de ce concept d’un auteur à l’autobiographie fictive devenue enjeu central de sa fiction, qu’on peut saisir ce que ce type quasi infréquentable apporte à notre vaisseau de littérature. Pas de numérique, mais au moins la version poche...

9, Stephen King, 22/11/63


Vraiment été remué au-delà de ce que je croyais par ce livre où Stephen King (le parking qui permet le franchissement des temps est celui de son enfance à même date) s’explique avec tout l’imaginaire américain. Si vous lisez sur Kindle, tentez la version américaine – vocabulaire riche et précis, très près des choses, mais au bout d’une cinquantaine de pages on oublie totalement la difficulté et on en profite radicalement autrement. En américain ça s’écrit à l’envers : 11/22/63. Lire sur Tiers Livre.

10, Pascal Quignard, Petits traités


Envie de finir – sélection bien arbitraire évidemment – par ces 2 Folios qui reprennent une suite historique de petits livrets de Pascal Quignard tout entiers consacrés à la langue. Une réflexion pré-ordinateur mais qui nous redonne l’aventure de l’écriture dans son dépli où tous les enjeux du présents résonnent. À moins bien sûr que vous sachiez déjà à quel moment la lettre Z est devenue la dernière de l’alphabet ? Tentez au moins le 1 (et sur Tiers Livre)...

 

et joker...


Si vous allez voir une des suggestions ci-dessus (qu’on aurait pu compléter par bien d’autres, de Nathalie Sarraute à Thomas Bernhard, de Walser à Duras), ou pourquoi pas les Notes de chevet de Seî Shonagon (rare que lorsqu’on est en formation avec un groupe de 15 personnes plus d’une ou deux sache le plaisir de ce livre essentiel) et si vous accordiez un petit hug de découverte et d’encouragement ? Une petite équipe de fous actuellement laminés par l’effort a réussi le lancement sur orbite de 74 livres papier, tous incluant le code de téléchargement de la version numérique.

Sur 74, il n’y en aurait pas un avec lequel vous vous sentez en affinité ? C’était l’année du lancement, l’année prochaine sera celle de la solidification, de la diffusion.

Alors s’il vous plaît, un petit geste ? Pour nous c’est absolument vital dans cette étape du chemin.

Pour moi la grande fierté, et c’est disponible maintenant chez tous les libraires, d’avoir mené avec toute l’équipe, à son terme, le projet d’un livre singulier, Une ville vide de Berit Ellingsen.

Passez voir publie.papier, c’est tout neuf, et il n’y a que nos lecteurs pour le faire savoir !

 

Photo du haut : fenêtre, Illiers Combray.


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 9 juillet 2013
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Messages

  • Ouais !
    J’ai emporté à bord de Dac’hlmat mes inévitables Saint John Perse (Amers), Char (Fureur et Mystère), trois Quignard ( La barque silencieuse, La leçon de musique et Le Lecteur, son étrange premier livre), Mohamed Harbi ( La guerre commence en Algérie), "Au combat" de Jesse Glenn Gray, préfacé par Hannh Arendt, "Noé" de Giono et ... "Bourlinguer" de ce Cendrars fou de ports, de poèmes et qui, dans la vieille édition en Livre de poche page 267, célèbre en une extraordinaire note, la 9ème, un Gérard de Nerval " homme des foules, noctambule,argotier, rêveur impénitent, ....), Cendrars, tout aussi pourri d’érudition que Quignard. Inépuisables ports d’Anvers, de Gênes et Paris, port de mer que je relis depuis 1961 quand j’eus besoin de me rincer des crapahuts dans les djebels algériens, pour y revenir, dans ces mêmes djebels, afin d’accompagner celles et ceux que j’avais combattu(e)s, tentant de construire avec elles et eux une belle utopie.

    Voir en ligne : http://grapheus.hautetfort.com

  • J’’ai oublié (?) mes livres numériques à lire sur mon tout nouvel iPad : "La Société des amis de l’ancienne littérature" d’un certain François B., "Un été au Sahara" d’Eugène Fromentin — nostalgie de mes exotismes adolescents — et "Les Satires" d’Horace, publiées par ...Publie.net.
    Sans oublier l’indispensable Almanach du Marin Breton 2013.