techniques #08 | beau comme... Pleynet, Lautréamont

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#techniques #08 | beau comme... Pleynet, Lautréamont


Au départ, une proposition toute simple, toute simple : reprendre la légendaire liste des « beau comme » de Lautréamont, dans le Chant VI de Maldoror, et l’explorer pour soi.

Après tout, la phrase fameuse « [beau] comme la rencontre fortuite d’une machine à coudre et d’un parapluie sur une table de dissection » a trouvé une postérité majeure chez les Surréalistes (voir les photos de Man Ray).

On peut évidemment changer le « lanceur », remplacer beau par un autre adjectif de votre choix.

On peut aussi le remplacer par une forme verbale, un infinitif ou pas, voir par exemple ici et ça vous connaissez déjà certainement !

Mais, à mesure que j’entrais dans la présentation, se développe une autre dimension :

 comme, c’est la comparaison, la métaphore, c’est convoquer une image-texte pour expliciter la forme-réel qu’on désigne — au risque souvent, si on n’est pas vigilant (l’intérêt d’en faire un exercice en soi), d’affaiblir la nomination directe de cette forme-réel en la remplaçant par ce qui n’est qu’image...

 Lautréamont renverse donc résolument le statut du « comme » : le syntagme qu’il introduit vaut pour lui seul, devient une image autonome, sans possible résolution ou dissolution dans ce qui l’a convoquée (les premiers « beau comme » cherchent à dire un visage, inatteignable visage) ;

L’autre expérience, alors, serait celle-ci :

 un point de départ, même surgi tout proche de l’écriture automatique, du flou intérieur, d’un système bref de mots qui ensemble ne font pas sens ;

 mais si, de cette toute première image, on en faisait surgir une autre, comme décalcomanie, en conservant un élément, construction, contexte, un mot plus fort que les autres, et qu’on renouvelait le processus ? Quitte même, ensuite, à supprimer le phrase initiale...

 possible aussi de jouer sur les typographies : un gros COMME tout seul sur sa ligne, et l’image ensuite, séparée donc du comme, et on recommence ? J’ai cité Fred Griot qui, dans son journal Refonder, écrit le mot sans le e final, comm s’il s’agissait d’aspirer directement, dans l’intérieur de l’adverbe, la phrase-image à venir...

L’enjeu, alors :

 c’est la langue qui grandit seul, la langue qui construit l’image, sans aucun besoin de se référer à un réel source — que nous dira-t-elle alors, en retour, de ce que nous n’avions pas vu même dans le plus proche réel ?

Je parle dans la vidéo du livre de Marcelin Pleynet, paru en 1965 dans la collection Tel Quel naissante, et qui s’intitule précisément Comme. Ce n’est pas un hasard : Pleynet travaillait alors à ce qui deviendrait un des livres les mus marquants sur Lauréamont, et qui paraîtra en 1967 au Seuil, collection Écrivains de toujours. Le mot comme n’y est pas plus particulièrement fréquent. Mais il désigne l’ensemble de ce qu’on cherche à décrypter d’entre le livre et le réel, d’entre l’écriture et le livre. Le livre comme gigantesque et innommé Comme. Lisez-le dans le dossier accompagnement : une réflexion sur l’écriture et le livre beaucoup trop assourdie aujourd’hui, forme libre entre prose et poésie qu’on a à rapprendre aussi.

À vous. Un monceau de « beau comme » !

 


responsable publication François Bon © Tiers Livre Éditeur, cf mentions légales
diffusion sous licence Creative Commons CC-BY-SA
1ère mise en ligne et dernière modification le 29 mai 2023
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