écrire avec Christophe Tarkos

atelier d’écriture à partir d’Anachronisme


Je ne connais pas assez Christophe Tarkos pour savoir s’il considérait Anachronisme comme un livre testamentaire.

Il nous apparaît comme tel parce que construction massive, à visée globalisante, qu’on le revisite avec les fissures, les ouvertures, les récurrences, et que lui, Tarkos, ayant disparu, le livre se tient là de sa seule force, hors tout possible commentaire ou ajout de celui qui le signe.

Et pourtant, un testament (avec la même force qu’on entend ce mot lorsqu’on l’associe à Villon) qui se contente en apparence des signes du monde, de nœuds ou points d’accumulation, d’agrégats sur thème. Et qu’à ce lieu de profusion des signes du monde le livre possible serait infini, or Anachronisme ne l’est pas.

Il n’y a pas un des fragments d’Anachronisme pourtant qui n’ait inclus dans son propre mode de construction ce qui nie la simple accumulation : il y a chaque fois un glissement, même mineur, où l’accumulation se retourne sur sa fonction, désigne un amont du langage ou fait appel au monde. C’est en cela que ce livre participe d’une poétique, et propose sa part d’infini : ce qui le définit comme testamentaire.

Dans la sélection de ces fragments que je commente en amont de la séance d’écriture, j’essaye de privilégier la diversité des modes d’accumulation. Le travail sur le mot bloc dans ses variations opposées au mot maladie et comment il renvoie à la vie de Christophe Tarkos. L’accumulation des noms propres de pays : chacun d’entre nous, combien on en porte, et comment se fait l’association pour passer plus loin que la mémoire d’un mot à l’autre. A l’inverse, l’accumulation des intitulés d’association loi 1901 trace un portrait sociétal que l’ampleur même, à égalité d’énonciation, rend critique. Là il fallait probablement l’appui du Journal Officiel qui les publie. Je cite aussi l’accumulation de mots du vocabulaire scientifique, et celle des déplacements intérieurs dans la ville (avec Pennequin) mais n’importe où qu’on ouvre le livre, on découvre que pour chaque fragment la posture d’énonciation s’oblige à une singularité qui la rend unique dans le livre. Même une simple accumulation comme celle des bruits mécaniques qu’on entend dans une journée devient un portrait de ville, et de soi dans la ville, du rapport qu’on a à la ville : le mystère alors, c’est la présence du monde. Une construction de la présence.

Présence sans doute liée aussi à l’obligation de lenteur quand on lit. Je me souviens de cette « intégrale Proust » qu’on avait tentée à Beaubourg, il y a bientôt une dizaine d’années, où chacun lisait quarante-cinq minutes, dos tourné au public, on avait dû être, pendant cinq semaines, une cinquantaine de lecteurs à se relayer ainsi. Chaque fois, je passais juste après Tarkos : sa façon de décomposer l’intérieur des phrases réinventait Proust comme si chaque mot oubliait le précédent et rendait impossible qu’un autre survienne. Comme la moyenne calculée pour l’intégrale était de quatorze pages pour chaque lecteur, et que Tarkos en lisait seulement cinq dans son temps imparti, Marianne Alphant m’incitait à accélérer : — Vas-y, rattrape… Mais moi j’avais pris une leçon majeure. C’est dans cette période que Tarkos, en s’appuyant sur cette lenteur, proposait non pas des lectures, mais des improvisations publiques, avec même statut que l’écriture ou le livre.

Si j’ai besoin de ces séances, et qu’Anachronisme est un outil unique pour cela, c’est pour faire travailler sur l’amont de la prise d’écriture. Un avant de la prise d’écriture qui compte autant que l’incipit. C’est une montée en pression, une convocation, un alourdissement. Ce qu’on a devant soi, et qu’il faut rejoindre, et ce qu’il y a derrière soi, qui vous frappe sur l’épaule. C’est cela qu’il faut élargir, créer le dispositif mental qui permette, même dans la linéarité de l’écriture, de convoquer en arrière de soi ces bassins de langue, cette large présence du monde, suffisamment vaste, lourde et dans l’écart pour que notre propre voix puisse s’affirmer singulière.

On écrit avec des mots qui tous désignent : mais dans chaque mot, un dépli intérieur, des usages oraux qu’on y associe, l’implication sociale qu’il implique. Des étymologies et ce à quoi relient ces étymologies. Des assonances, des usages. L’accumulation Tarkos convoque la totalité de cela, ou pratique une totalisation de ces associations, en les proférant, en les faisant objet physique de la langue, quitte à les décomposer par le ralenti, la mobilité dans la récurrence (les mêmes mots ne reviennent jamais au même lieeu rythmique de la séquence, ou dans la même fonction de la répétition syntaxique).

Dans l’instant qu’on écrit, bien sûr savoir oublier ce dont on est lesté. Mais avoir la main lourde. Savoir, dans la légèreté même de l’instant d’écriture, le simple tracé, ou la fragilité du mot, la présence de tout ce dont nous sommes lestés à son propos. Et savoir aussi que c’est ce lest qui donne à la langue sa capacité d’écart. Là où on tient langue, c’est d’avoir mentalement prêt cette totalité active de relations qui donne le décalage, et attrape le mot par sa capacité de chant, son altération d’image.

Cette année, pour mon intervention dans le stage annuel d’écriture proposé aux enseignants de l’académie de Versailles, j’ai décidé, pour les six séances dont je disposais, d’une marche continue, en partant de La mort du jeune aviateur anglais de Marguerite Duras, parce que les paramètres du récit et de sa prise du monde, que le livre rend indissociables, apparaissent ici séparés. Nous n’avons pas travaillé de façon linéaire, mais en faisant en sorte que chaque prise d’écriture, depuis une thématique et un outil différent, rejoigne pour chacun le même territoire.

Cette séance, où j’ai apporté Anachronisme, était notre quatrième. Consigne : partir chacun sur trois accumulations de principe différent, plutôt qu’une seule. Avoir toujours, à un moment particulier de l’accumulation, un glissement qui la fait s’écarter de son principe initial et repérable. Ne pas chercher à articuler la liste avec le texte continu qu’on va élaborer dans nos six séances, juste savoir qu’on l’inscrit par ces listes dans une boucle plus large ou plus détaillée de son rapport au monde. Ci-dessous des extraits.

Liens :

- académie de Versailles, délégation à l’action culturelle (littérature, Patrick Souchon)
- une séance du précédent stage, l’an dernier, et le site du Théâtre 71 de Malakoff (direction Pierre Ascaride) qui nous accueille
- en forum, à propos de 2 livres qui viennent de paraître sur les ateliers d’écriture, Alain André et Françoise Welk
- un extrait en ligne d’Anachronisme de Christophe Tarkos, et sa présentation sur site POL
- autres liens Tarkos (incluant audio et vidéo de ses performances) : ENS _ sur remue.net par Ronald Klapka _ le littéraire par Philippe Boisnard _ sur Inventaire/Invention par Jérôme Game _dans L’Humanité par Henri Deluy


écrire avec Tarkos, textes (extraits)

 

la vibration, le MP3, le son, la prise de son, l’écoute, l’enregistrement du son, transformer les sons, étudier le son, la diffusion du son, la propagation du son dans l’espace, une pièce radiophonique, l’enregistrement technique d’une phrase, l’appareil d’enregistrement, la captation, la musique électro-acoustique, comment capturer un son ? l’écoute au casque la perception, une image sonore, le son électronique, le bruit, comment le son devient-il musique ? les animaux musiciens, au pays des instruments, la musique instrumentale de la Renaissance, la naissance de la virtuosité romantique, la folie des inventions au XIX e siècle, les accords, de l’instrument à l’orchestre, ateliers de construction avec des matériaux naturels, ateliers de construction avec des matériaux modernes, la fanfare, la guitare éclectique, la guitare engagée, l’orchestre, l’histoire du jazz , la musique rock, la musique, la société, le langage, les leçons magistrales, les enjeux de l’électronique, la polyphonie, variations, contraste, processus, temps, frontière, universalité, suspendue, atonale, la matière sonores, les timbres, les instruments de musique, cordes, bois, clavier, les timbres de la voix, les voix d’enfants, l’addition des voix, voix murmures, voix fragmentées, paroles intérieures, voix des utopies, voix du bonheur, bris de verre, applaudissements, caisse enregistreuse, carillon, coup de feu, roulement de tambour, ricochet, grincement de freins, machine à écrire, activer les effets sonores de l’interface utilisateur, progrès de l’humanité, volume d’alerte, idéologies politiques, humanisme, croyances, synchronisation, idéal, progrès scientifique, industrie, monde, machinisme, société de consommation, capitalisme, mondialisation, voix du témoignage, les compositeurs, les facteurs, les luthiers, subir, résister, qui veut jouer avec moi ? la haine.
Thérèse DP

Grincement. Crissement. L’eau qui goutte et s’écoule, jet d’eau. Pression. Mal de crâne. Bruit assourdissant de la ponceuse, de la meuleuse, de la scie à métaux, de la scie égoïne, de la scie sauteuse. Le marteau qui tape et tape encore, coups sur le mur, coups dans la tête : mal de crâne. Et le bruit des pas qui résonnent et martèlent le sol. Le casque n’assourdit rien. Mal de crane, les cris s’amplifient sonnent durs, secs. On ne s’entend pas, on crie plus fort, on râle, on hurle, on s’exaspère, on gueule. Mal de crâne Vite un casque, deux trois s’il le faut. Trop tard j’ai vomi dans le seau. Et le bruit qui repart. Fracas des planches qui tombent, des murs qui s’écroulent, du sol qui tremble. De la tête qui bourdonne. Fracas intérieur. Mal de tête, mal de crâne, mal de coeur.

Le vent. Bise d’été. Fraîcheur dans la canicule. Calme et repos. Respiration humide. Aspiration tranquille. Vent froid, glacial, sec, cassant. Il s’immisce sous les vêtements, irrite, démange, assèche, irradie la chair à vif. Lutter, marcher contre le vent. Se sentir exister. Tempête, tourbillon. Avalanches, avaries, bateaux cassés, arbres arrachés. Falaises érodées, dénudées, déracinées, défaites, déchiquetées, rapiécées, dépecées, vaincues. Poussière de falaise envolée, rochers malmenés. La mer tempête, exulte, exaspère, éructe. Pluie, grêle, grêlons, orage. Vagues et rouleaux. Roulement, grondement de tonnerre. Le vent souffle, gronde, tonne, détonne. Stop.
Enora B

Retrouver une France digne de ce nom, éradiquer le chômage, engendrer la croissance, lancer une politique du logement, gérer nos retraites, rendre l’espoir à ceux qui n’en ont plus, ouvrir nos frontières, fermer nos frontières, refonder nos valeurs, faire évoluer la politique fiscale, repeupler nos campagnes, assainir la politique, rendre la France aux français, reconsidérer le pacte républicain, oublier nos querelles, sauver nos banlieues, rebâtir l’école, maîtriser l’inflation, améliorer le pouvoir d’achat, donner sa chance à chacun, raser gratis.

Le matin, au petit déjeuner, elle salait le beurre elle-même. Elle saupoudrait le beurre ramolli dans une assiette, puis le triturait avec le couteau jusqu’à ce que le sel soit également mélangé. Dans son couloir cuisine, affairée, soulevant les marmites avant le repas, tournant les plats en sauce avec de grands gestes appliqués de travailleuse. Les mêmes gestes précis pour essorer le linge dans la machine à laver à essorage mécanique qui obligeait à faire passer le drap entre les deux tubes de caoutchouc avec des efforts intenses. Le linge, les draps, le repassage, les pommes sautées, les pâtes à crêpe, les beignets, les salades de riz, la couture à la machine avec le geste du bras droit pour lancer la vieille singer et le va et vient du pied de haut en bas sur la large pédale du mécanisme. Touiller, rouler, plier, étendre, tourner, aplatir, vider, ranger, essuyer, recoudre, tourner la main, le bras, disposer les assiettes, éplucher, trier les légumes, partager la tarte.

Les souvenirs de chasse, de cueillette des champignons,dans la côte d’Ecoute s’il pleut, du côté de Combe Laval, près de chez Marcillou, à Gourçat, vers Cladèche, au-delà des Bellots, vers Javon, près des Arnoulats, non loin du chemin du puit vert, à la limite des Andéols.

Françoise L

Son pays
C’est le pays de rabbi Ben Eliezer le Baal Chem Tov, du Maggid de Mezeritch, du rabbi Abraham Yehochoua Heschel de Opatov,du rabbi Israel de Kozienic,du rabbi Mendel de Kotsk du rabbi Menehem Nahoum Twersky de Tchernobyl, du rabbi Hayim Halbersam de Zanz, du rabbi Yechezquel Chraga de Sienawa, du rabbi Barouch de Gorlice du rabbi Chlomo de Bobova, du rabbi Aron de Zanz et de leurs disciples, il y en a des centaines :
Rabbi Nahman de Gorodenka, Rabbi Yakob ha Cohen de Polonnoye, rabbi Abraham le grand de Perlin, rabbi Chneour Zalman de Lyodi, rabbi Israel Epstein de Kozienic, rabbi Elimelech de Lysansk , rabbi Yakov Ystrak le voyant de Lublin, rabbi Moche Lev de Sazov, rabbi Yitsrak Meir de Gour, rabbi Wolf de Stykov … et de tous les autres balayés de la mémoire des hommes
Martine S

Terre de Sienne, coquille, laque de garance, Garance, atmosphère, jaune de Naples, Rome, Tarquinia, terre de Sienne brûlée, terre d’ombre, ombre brûlée, ombre, Ombrie. Vermillon, cochenille, coquillage, bleu de Prusse, outremer, mère, outre-tombe, ombre. Vert émeraude, vert anglais, vert de gris, gris souris. Pourpre, mitre, pape Innocent II, violet, blanc de titane, blanc de céruse, plomb, soldat de plomb, carnation, carmin, céruleum, azur, bleu, ciel, nuée, alizarine, sfumato, opalescence, glacis, vernis incolore, mat, brillant, vernis Flatting. Pourpre, brosse, térébenthine, térébenthine de Venise, gondole, vélature, clair-obscur, ombre brûlée, jaune de cadmium, vert oxyde de chrome, rose bonbon, rose tyrien, rose Sélavy, baume de Venise, ambre, Jean Van Eyck, colle de peau de lapin, dilution, bain –marie. Enduit, blanc de Meudon, blanc d’Espagne, oxyde de fer, noir d’ivoire, noir de bitume, radeau de la Méduse, terre verte. Mélanger, broyer les pigments, broyer du noir. Diluer, faire chauffer la colle, enduit. Imprimatura, impression, croiser les couches. Enduit. Écraser les grumeaux. Spalter. Tremper la brosse. Laisser gonfler les grains. Ajouter une gousse d’ail pour conserver. Enduit. Superposer les couches, croiser les couches. Attendre que ça sèche. Poncer, papier de verre, lisser. Couteau de carrossier, peaufiner. Ajouter une couche, attendre que ça sèche, poncer, laque, laque de garance, laque de Chine, laque Coromandel. Rehaut d’enduit, mixtion, à la feuille d’or, dorure.
Aline R-P

Impossible de ne pas se laver les dents le soir avant de s’étendre dans le lit.
Impossible ne plus fêter les anniversaire des gens que l’on aime même si l’on est à court d’idées.
Impossible de ne pas s’apprêter pour sortir et apprêter en même temps son sourire de circonstances, même si l’on a parfois du mal à s’y retrouver avec les circonstance.
Impossible de ne plus se souvenir des prénoms des personnes avec qui l’on travail même si le simple fait d’oublier ses prénoms quelques heures seraient très proche de ce que l’on ressentait lorsque nous faisions l’école buissonnière.
Impossible de ne plus savoir ce que l’on doit faire selon le projet que nous poursuivons, selon la route que nous poursuivons, ou suivant sa nationalité, sa religion ou son sexe.
Impossible de ne pas attendre trois minutes que le thé infuse après que l’on ait versé l’eau frémissante dans la théière bleue de Chine.
Impossible de ne pas sortir marcher sans parapluie quand la première pluie de Mars tombe en giboulée sur les pavés.
Impossible de ne pas laisser sécher la peinture blanche. Impossible d’y enfoncer les doigts pour faire des dessins rapides et creusés dans la matière crémeuse et fraîche.
Impossible de ne pas vibrer en entendant le concerto pour clarinette de Mozart sous l’arbre du jardin dont personne ne connaît le nom.
Impossible de ne pas enfoncer son doigt dans le pot de confiture de figues.
Impossible de ne pas lécher son doigt après l’avoir enfoncé dans la confiture de figues.
Impossible de ne pas partir loin, loin, loin en entendant la mer.
Catherine J

Cahier.
D’écolier.
Cahier à p’tits carreaux, à grands carreaux, à lignes pour écrire, entre les lignes, bleues, les horizontales,
rouge la verticale pour la marge. Ne pas dépasser la marge. C’est barge.
Lignes espacées des cahiers anglais, lignes de bus anglais.
Plein de cahiers dans mon casier.
Les bleus c’est le français, marine pour les dictées, point à ligne, roi, pour les rédac, clairs pour la grammaire.
Le noir c’est pour l’histoire, histoire de dire ; cahier de doléances, vive la France, ligne Maginot, ligne bleue des Vosges.
Le rose c’est pour l’anglais, à cause des marchmallows, et du chapeau de la reine que j’ai vue à la télé.
La ligne est coupée.
Pas de cahier en math, un classeur à p’tits carreaux, à p’tits carrés pour mieux compter ; 1 carré = 1 cm. Carré d’agneau, curry d’agneau, tout ça dans le cahier de cuisine. Cailler le lait, chocolat Cailler ? Cailler dehors.
Le vert en SVT, c’est la nature, c’est la santé. Garder la ligne.
Rangez les cahiers. Ca y est. C’est la récré.
Dominique C

Toutes les choses attendues par la famille :
Etre la première en classe. Avoir la troisième étoile du premier coup. Savoir défendre son frère dans la cour de récréation. Savoir défendre son autre frère, quand il pleure en colonies de vacances à Ceillac. Savoir présenter des copines jolies à son grand cousin. Accepter de plonger du 5mètres à la piscine de la Grenouillère. Bien danser au gala, tout en souriant sur les photos de Grand Père. Avoir un bac C avec mention.
Ne pas jouer trop bien de la trompette qui reste un instrument de clown, sauf quand on joue « La Truite » de Schubert. Ne pas jouer trop bien de la trompette car c’est maman, la musicienne de la famille ! Etre germanophile, comprendre Thomas Mann sans le traduire et Kafka et Freud.
Ne pas pratiquer sa religion .Ne pas rejeter sa religion. Se poser des questions sur la religion, mais pas sur Dieu. Ne pas aimer une autre religion.
Tout ce qui faisait envie à la sortie du collège : passer à la boulangerie avec Christine et Claire, le lundi matin quand on commençait à 10 heures. S’acheter des tartes aux abricots et aux quetsches. Fumer des gauloises bleues. Des gauloises bleues, toujours dans son sac à main qui dépassent.
Se vautrer sur un matelas de fortune. Ecouter « Money » des Pink Floyd, les yeux fermés, les volets fermés. La bouche ouverte. Hyper fort. Embrasser Denis après le cours de latin .Se réfugier avec lui, dans l’église près du Parc de Sceaux. Courir le long de la voie ferrée. Traverser juste avant le passage du RER. Trouer son jean, le rapiécer, le raccommoder, faire un revers. Confectionner un sac avec l’ancien jean. Ecrire dessus : US Army, Mort aux vaches, le fascisme ne passera pas, Overney/Tramoni, il est interdit d’interdire, Peace and Love. Broder un cœur avec D et C qui sont nos initiales.
Ecouter les histoires de Claire, dont le père médecin généraliste pratique des avortements clandestins sur la table de sa cuisine, de sa maison, de Chatenay-Malabry.
Catherine F

La polythérapie — le grillage autour — des poulies accrochées aux grilles — des poulies avec des poids — des poids de toutes tailles — un kilo jusqu’à 10 kilos de poids accrochés — accrochés aux pieds, aux jambes, aux bras, aux mains des malades — des poids accrochés par des crochets en métal — petits en forme de S — partout sur le grillage — autour des tables — elles-mêmes encadrées par les espaliers auxquels sont accrochées des tables verticales en bois — pour se pendre — s’accrocher à l’escalier et plier les jambes — s’accrocher, le poids du corps vertical - rétroversion du bassin — suspension sur l’espalier en bois — puis étirement sur les tapis de mousse marrons, bleus, verts — un coussin sous le bassin, en cuir petit ,moyen, grand rond, plat, coussin carré, rectangulaire – sous le bassin – sous la nuque— sur le ventre – sous les genoux — les bras le long du corps

Champs magnétiques – magnobiopulse — magnothérapie — éponges mouillées — 12,5 ondes – électricité — bruit – électricité – rythme – alpha — ondes — relaxation — phase d’endormissement — immobilisme – respiration – respirer — air transformé — le transformateur d’air — air de la montagne—totalement purifié — ondes purificatrices —transformation d’énergie réparatrice — blanche — magnobiopulse phase 2 – stimulation — réequilibrage — excitation—muscles raides—fractures—blessures—bien être transcendantal — silence chaleur — corps lourd — lumière verte, rouge — impulsion – pulsion – inspirer — souffler enveloppé dans une housse blanche – électricité — petites éponges jaunes sur plaques en métal — fil rouge, bleu, jaune, relié aux éponges –carrées — grandes

éponges plaquées contre le ventre — éponges mouillées, chaudes — éponges froides — éponges électriques — fil électrique — appareil électrique — corps électrique-électricité dans l’air — les muscles électriques — le parcours électrique — la décharge électrique — le choc électrique — le parcours électrique — l’intensité électrique — l ’arrêt de la machine électrique — la marque rouge des éponges sur la peau — le traitement électrique — électrothérapie

Martine O


François Bon © Tiers Livre Éditeur, mentions légales
1ère mise en ligne et dernière modification le 1er mars 2007
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