Une heure à attendre le train pour Ancenis.
Je trouve une place assise, j’ouvre mon livre et je ne le lis pas. Je regarde les gens.
Une femme pousse un chariot. D’un âge certain, ai-je d’abord pensé. Pas tant que ça. Soixante-dix ans et des brouettes, et elle tient debout comme un piquet. Une vaillante. Sur le chariot, un sac de transport pour animaux, et dedans deux matous qui respirent contre la toile. Deux beaux chats en partance.
Je pense à Zélie, ma petite sauvageonne, qui ne se laisse toucher par personne d’autre que moi. Je ne vois pas comment je la ferais voyager en train. Elle n’a jamais connu d’autre voyage que celui de la voiture, et encore pour 2 h max.
Autour de moi, les gens sont penchés sur leur téléphone comme sur un puits. Ils y lisent leurs messages, ils y jouent, y enchainent les séries, ils n’en remontent pas. Dehors, derrière la vitre, les fumeurs comme des poissons dans un aquarium. Les portiques ne sont pas encore ouverts pour le TGV. Ça sent le café. Les conversations se mêlent en un seul brouhaha, un bruit de marée.
Je ne sais plus si quelqu’un jouait du piano.
Il y en a un dans presque toutes les gares maintenant. Des Yamaha, offerts à toutes les mains. J’en bave de jalousie. J’ai vendu le mien au tiers de son prix. Le confinement arrivait, je déménageais quelques jours plus tard, je ne pouvais pas l’emmener. J’ai fait une heureuse. Elle a râlé quand même, parce que je ne lui ai pas laissé la banquette.
La banquette, je l’ai gardée. Je m’y assois devant un piano numérique, avec mes deux mains gauches.
C’est étrange, ce que les gares font remonter. On croit attendre un train. Et puis, on regarde les gens comme on verrait un film.
Ces derniers temps, je n’arrivais plus à écrire. Alors ce texte, je l’ai dit à voix haute, et je le laisse partir comme il est.