Achevé six ans avant elle, il est l’aîné de la vieille dame. L’un et l’autre provenant des plans crayonnés du même créateur, passionné de métal et de rivets. Comme elle, il est toujours là. Il permettait à la nationale dix de franchir la Dordogne. À présent, il se contente de soutenir la départementale mille dix pour passer de Cubzac les ponts à Saint Vincent de Paul. Son déclassement s’est produit à l’achèvement du pont de Guyenne permettant la poursuite de l’autoroute vers Bordeaux et les plages des Landes. Lors des migrations estivales, il retrouve son faste d’antan et peut à nouveau sentir le poids des véhicules bloqués sur lui attendant patiemment le dégagement des voies de circulation, amont ou aval suivant la période. En temps normal, seuls les locaux l’empruntent, le préférant au détour engendré par le pont autoroutier.
Il n’est pas apparu soudainement là au détour du fleuve, il a remplacé le pont suspendu à péage construit au début du dix neuvième siècle et détruit par une tempête. Les deux guérites en pierres taillées sont toujours là, en parfait état, restaurées en même temps que le pont au début de notre siècle. Elles ne pourront plus hélas taxer les personnes à pied, chargées ou non chargées, des dix centimes réglementaires ou encore distinguer les chevaux avec cavalier et valise – à cinquante centimes – des bœufs ou vaches, conducteurs à part – à trente-cinq centimes. Le summum de la journée devant être le passage de la voiture publique ou diligence – à quatre ou cinq chevaux et conducteur – rapportant la folle somme de six francs et cinquante centimes.
Avec son jumeau ferroviaire situé à quelques centaines de mètres en amont, ils sont les premiers ouvrages permettant aux véhicules de traverser l’estuaire. Vers l’aval, il faut patienter jusqu’à Libourne et vers l’amont utiliser le bac de Blaye ou celui de Royan.
Gratté, anti-rouillé et repeint d’un bleu déjà légèrement terni, il s’est vu adjoindre une extension cyclable et l’honneur d’être inclus à la fois à la piste Scanibérique et à celle du canal des deux mers. Cet ajout surplombe le fleuve sur toute sa longueur, fermement visé dans le tablier du monument, il permet une circulation sans risques pour les piétons et les deux-roues. Dûment inaugurée par les personnalités politiques de l’époque, sa fréquentation a fait taire les protestations que les mois de travaux avaient soulevées. Une plaque de marbre en témoigne.
Ah oui, le bouchons à Saint André de Cubzac les soirs de rentrée de vacance entre Rochefort et Bordeaux dans les années 60. Les gens savaient, pique niquaient parfois en attendant que ça bouge. vroumvroum