Sous l’escalier, des cubes de mauvais bois, empilés les uns sur les autres, contenant l’enfance, en bibliothèque rose et verte, en BD, en albums jeunesse souples ou cartonnés, que plus aucun enfant ne lit, parcourus au moment d’une tentative de rangement, d’une envie « de faire le vide » puis reposés car on ne veut s’en séparer, trop de souvenirs, de paroles et de rires, de moments complices que l’on surprend entre les pages, encore allez relie encore encore une fois s’il te plait. Des étagères suspendues comme l’adolescence qui flotte toujours, allongée sur le lit jusque tard dans la nuit avec Zola, Flaubert, Victor Hugo, Emilie et Charlotte Bronté, Stendhal… pour un devoir, pour découvrir ou pour rêver, livres de poche serrés les uns contre les autres, collés entre eux par la chaleur, le manque de place, contenant des annotations à l’encre bleue, à l’écriture ronde et candide. Des caisses à vin, pour rehausser les meubles, dilater l’espace, trouver la place des magazines, des livres des amis écrivain.e.s, des pépites conseillées, qui auraient dû être lues depuis bien longtemps mais que l’on veut savourer au moment opportun, un jour d’été ou de grand froid. A l’opposé, le caisson des polars et des séries noires, une étagère à alléger, il pourrait n’y subsister que les cadres des enfants qui le décore et l’ange en plâtre qui la surplombe mais il y a comme une nostalgie à conserver ce moment d’existence.
Dans chaque pièce ses meubles bibliothèques, en cubes, en colonnes, larges ou bien étroites, de bois, de rotin et de fer, et ses piles, ses piles à lire, ses piles à ranger, ses piles à donner, prêtes à chuter, éparpillées, non classées. Reste les toilettes, alcôve de silence propice à la lecture où une étagère pourrait les accueillir mais l’humidité effraie, alors le livre y est nomade ou oublié et la bibliothèque fugace. A la faveur d’un déménagement, il y aurait peut-être un rangement, un éclaircissement, une trouée dans les enchevêtrements et des abandons dans les boîtes à livres. Ce serait l’amputation de périodes de vie et de souvenirs, le renoncement à des vies parallèles. Alors ? Comment ranger mes bibliothèques ?