≠Chroniques≠4 Une vie qui passe

1Le Monde

Pas question de tergiverser. On ouvre grand les portes. Maintenant ! Courez ! Courez ! Courez !

2 De passage

Une femme passe à cheval, la marée est basse et le spectacle est beau de l’équidé et de la cavalière. Elle rentre au centre équestre où elle a réservé une balade de deux heures. Deux heures avec une jument qu’elle sent sur ses gardes malgré sa docilité. Elles ont flirté avec la liberté, ensemble, à fleur de vagues, à l’écart du monde, loin du sentier qui borde le sable chaud. Une femme, une jument. L’animal n’est pas à elle, juste avec elle pour trente minutes encore. Avoir son propre cheval est un rêve auquel elle n’a pas renoncé mais les jobs d’été n’y suffisent pas. La jeune femme pense aux chevaux qu’on a laissé sortir des écuries face au feu en Gironde. L’image la hante, l’a émue aux larmes, elle voudrait transmettre à la bête cette émotion brute.

3 Bribes

-Tu prends ta retraite ? Ça veut dire tu vas être mamie ?
Sourire. Signe de la tête. Non.
-Tu vas me manquer. Ça va ?
Signe de tête.
Ça va ? T’es belle.
Long regard

4 Notes sur l’environnement

Des tanks au bord des routes, des jeeps, des sidecars, des ponts, des silhouettes de soldats, des noms, des héros, des photos, des grades, des numéros de bataillons, des drapeaux entrelacés, des frises, des dessins précis, numérotés, chronologiques, pédagogiques, on voit le sang, on voit les armes, les états-majors, les champs de bataille, même les vaches ont crevé, des hommages, des blockhaus, des cartes, ils sont arrivés par-là, des dates, par surprise, un cinéma, pour y être comme si on y avait été, des armes qui en ont dégommé plus d’un, des casques, des parachutes, des restes, des débris, des larmes, de la trouille, du deuil, de la sauvagerie, des défilés, pour ne pas oublier, des souvenirs, des babioles, des médailles, des petits soldats qui se battent pour de faux.
De l’autre côté, des paquets d’algue sur une plage immense, qui, depuis quatre-vingts ans, panse ses blessures.

5 Tenir debout

Tenir à bout de bras la beauté du monde et par les mots et par les livres et par les idées et par les clameurs qui naissent lui offrir modestement la force de rester debout.

A propos de Elisabeth Saint-Michel

J'ai participé plusieurs fois aux ateliers de François Bon. J'y trouve une exigence et un rythmr qui me motivent. J'ai publié 4 livres dont le dernier, Cochon Pendu, a été largement nourri par la proposition 'Quelqu'un arrive quelque part" avec laquelle j'ai entamé mon récit, et celles qui ont suivi.

Laisser un commentaire