# livre #06 | fiction

c’est peut-être que j’ai toujours eu sept ou huit ans de retard – en arrivant sur ce continent-ci – et depuis toujours (tu ne fais pas ton âge a-t-on coutume de m’envoyer) un peu comme ce pays-ci vis à vis de son allié d’outre-atlantique (les alliances se rompent, c’est vrai aussi) et son rêve illusoire et cauchemardesque – un peu dans ce genre de retard à l’allumage : ça cliquette – mon frère avait seize ans, la bibliothèque de sa chambre emplie des livres (« de poche » le plus souvent) de mon père et des siens (les bandes dessinées étaient reléguées plus bas – les livres dont j’écoutais les lectures sur le gros grunding, »les mémoires d’outre tombe » et plus tard « chateaubriand ou rien ») – ce texte -là (l’auteur signe des initiales de ses prénoms, et son premier est le même que celui que Cary Grant a adopté (mes sœurs lisaient Aggie et autres) ces initiales dont je ne connaissais pas l’explicitation – A puis J) lu vite, puis les autres du même, les mines (le roi Salomon s’impose mais dans sa version prolo : l’orgueil, la descente, le coup de grisou, la mort, l’idéal) apparaissent au début, le type (le héros est un type) professe une certaine idée de la grandeur et de la réalité de son sacerdoce (il est médecin) (de campagne) cette façon de placer au dessus de tout les règles de préservation de la santé comme si la vie était sacrée – mais l’idée que ça puisse se passer en Écosse n’est pas apparue – c’était un temps où le corps indique sa géométrie variable, treize ou quatorze mais cependant toujours en retard – quelque chose de la tragédie : le départ vers la grande ville (la capitale) Londres, Mayfair ou Pimlico, ces mots-là, un cabinet de chirurgie, la renommée et la reconnaissance, l’argent et le luxe des vêtements de prix, une espèce de tourbillon – avant ça il y a eu le mariage avec une femme du cru, elle qui croit en lui probablement (il est au centre, c’est par lui qu’elle vit – sans souvenir de quelque profession ou de quelque enfant) – un autre milieu, un autre centre, une autre idée du monde environnant – des gens des idées des servitudes – il y a un moment, c’est aux trois-quarts sans doute d’une longue descente : le sang, la tentative de juguler l’hémorragie et l’impossibilité des gestes nécessaires – les gestes, c’est ça – la lecture passionnée parce que passionnante je suppose je ne sais plus bien mais cette descente-là, oui – un rappel brutal à la réalité comme se réveillant en sursaut d’un assez long cauchemar, pregnant, tout à coup se savoir vivant encore – quelque chose qui fait que les choses restent vraies, sont vraies ou le redeviennent – surtout l’amour – le tragique c’est sans doute d’oublier et de sombrer : elle, sa femme sans doute trompée comme on dit éloignée et lui qui revient à lui comme il revient à elle – je ne sais plus, un repas et quelque chose qu’il aime et dont elle a oublié de se munir, trivialement peut-être – sans ordre particulier mais quelque chose pourtant de vraiment et réellement sacré,tout au moins dans son esprit à elle, qu’elle court chercher, si elle court c’est qu’il est revenu, qu’il lui est revenu et là fauchée par une auto – un jugement, un lien, rompu dissolu impossible à soigner ou à oublier, une espèce de morale (il faudrait regarder mais c’est entre deux guerres, il me semble un film de King Vidor loin plus tard noir et blanc comme quelque chose d’un peu frelaté, cette façon d’en terminer – un peu comme être objet d’un destin qu’on a soi-même forgé, le Gabin de « tu vas la taire ta gueule » à Valentin-Jules Berry, tragiquement mais aussi un peu comiquement si on devient cynique – le Marcel Dalio-La Chesnaye – il faudrait regarder), mais ce manque impossible à combler comme laissant derrière soi le territoire passé oublié gommé quelque chose de l’enfance, en effet – loin, maintenant, tellement

ce n'est pas l'Écosse mais le Pays de Galles - c'est bien King (non mais quel prénom) Vidor, c'est en 38, Gabin joue dans Le jour se lève la même année, et Dalio dans La règle du jeu aussi (apparemment le roman adapté est de 1937) - bizarre cette conjonction qui vient   

A propos de Piero Cohen-Hadria

(c'est plus facile avec les liens) la bio ça peut-être là : https://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article625#nb10" et le site plutôt là : <a href="https://www.pendantleweekend.net/ les (*) réfèrent à des entrées (ou étiquettes) du blog pendant le week-end

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