
Les boîtes à livres sont vides, plus empilées que rangées sur une des tables du fond de la salle attenante à la bibliothèque. Plusieurs petites boîtes qui formaient un ensemble qu’on appelait la boîte à livres, même si les boîtes étaient plusieurs, elles formaient un ensemble. Elles étaient fixées sur le mur de ce qu’on appelait le futur commerce, à côté de la fontaine, en face des bancs. Elle était abritée de la pluie par le toit du dit futur commerce. Régulièrement, C. passait y jeter un œil, enlever les livres trop abimés ou ceux qui y restaient trop longtemps. Construites en contreplaqué marine, portes en plexiglas, elles résistaient plutôt bien au temps et aux intempéries qui les atteignaient quand même, notamment les jours de vent. Et puis, le futur commerce est devenu le présent commerce. Épicerie-bar-boulangerie-petite restauration et lieu de rencontre pour tout le village. La boîte à livres a dû capituler devant le projet de rôtissoire à poulets et de vente de glaces, une sombre histoire de prise de courant. La littérature tient parfois à peu de choses.
La nouvelle boîte à livres devra donc traverser la route, s’installer à côté de la mairie. Elle sera exposée aux intempéries, donc les petites boîtes seront installées dans une boîte plus grande, et plus résistante à la pluie comme à la neige, elle fera cent sur cent, selon un plan de disposition des petites boîtes dans la grande boîte. Ce plan, on l’a perdu depuis le jour de la grande décision : elle sera là, la nouvelle boîte à livres. Alors, les services techniques de la mairie qui ont construit la grosse boîte qui abrite les petites, ont disposé les boîtes au mieux, en jouant sur leur flexibilité. Pour l’instant elles sont vides, il va falloir les remplir, les petites boîtes dans la grande boîte de cent sur cent. Et trouver un banc pour pourvoir s’installer, maintenant que l’été arrive.
Beaucoup aimé depuis la photo qui intrigue et le récit précis de l’évolution. Beaucoup aimé.