1
— Comment va le monde ?
— Il se présente aux prochaines sélections.

2
convoi exceptionnel et traversant
stt – société de transport de textes
+
reste encore la possibilité
de sortir de l’autoroute.
mais se limiter à 90
(mots-jours-lettres-mois-signes-années ?)
dans cette transversale
nous fait renoncer.
+
— passer le col du grand Bœuf,
promesse de sang neuf.
— y croire peut encore suffire ?
+
— ah quoi tu penses ?
— je pense pas, j’écris.
+
une grappe d’hommes
en habit écrevisse
à la besogne en bord d’autoroute.
40 °c leur ombre.
mais les considère-t-on encore
comme des hommes ?
+
l’hiver les cimetières,
l’été les églises,
seule la paix.
+
d’écrire, tu regardes.
des fois, tu vois.
+
la grande Borne
ne m’arrêtera pas.
+
la bonne volonté des arbres à nous saluer.
à moins qu’ils ne cessent de nous alerter
sur la déroute
en cours
dans le four.
+
on pourrait prendre le temps
de s’incliner devant le Rhône
mais l’ère de la vitesse
professée sans cesse
+
alertes pollutions
alertes canicules
alertes inondations
alertes incendies
… …
mayday ! trouvez-nous
la boîte de dérivation.
+
37 °c à Lyon et il n’est pas midi.
que font les manœuvriers
de la prise de décision !
+
tout se transforme
à mesure qu’on avance.
+
rive gauche les quais
ont mis leurs habits neufs.
+
sous terre,
suivre le sentier
des petites lumières.
+
les voitures tête-bêche
sur les tapis roulants des vacances.
+
l’infini épinglé
sur la liquette du ciel
dit qu’il ne veut plus jouer
dans le chaudron.
pari perdu, crie-t-il
avant de se défenestrer.
+
discorde entre la mouche
qui a oublié ses sœurs sur l’aire
et moi qui oublie le socle de chaleur
qui m’est tombé dessus sur le sentier
entre le parking et les toilettes moites.
+
comment ça se passe ?
les camions sur la file de droite.
les berlines branchées sur celle de gauche.
entre, ceux qui voudraient bien être
du bon coté et restent à flot
même s’il leur en coûte.
+
après le pont de la petite Grosne
les meules crochetées au champ
font le dos rond.
+
berceau blanc
où dormiront mes mots
en songeant éperdument
aux grottes fraîches
gardiennes des reliques.
+
dans les carrières désaffectées,
des arbres ont repoussé
et nous regardent,
sans nous insulter.
+
— ma chè ? ma chè ?
— la tâche est trop grande !
— décroutez-vous tout seuls ?
— a peur, la communauté humaine ?
— set up e… bella ciao !
+
— est-ce que vous voyez quelque chose ?
— un bandeau de nuages à la barbe du ciel
et des antennes aux yeux globuleux.
— fait-il aussi chaud là-haut ?
+
dans la manche l’air
pris au piège
se condense
se rue vers
la sortie
s’efface.
+
les arbres seuls
dans les champs tondus,
bouture d’ombres
hérissées dessous.
+
et cette manie qu’ont les poètes
de construire des maisons de papier
incontrôlables.
+
qu’est devenu l’enfant
dont les parents ont jeté
une bouteille de lait
le sac de courses
et ses tongs
en roulant ?
+
on s’est arrêtés plusieurs fois
pour écouter les oiseaux chanter
ils disaient le berger
en maison de santé
depuis qu’on l’avait trouvé
dépoitraillé à deblueser à crier
« vous finirez tous au bûcher ! ».
+
les tournesols nous boudent
et
tournent leur petit crâne vers le col.
+
ce n’est pas de sitôt que le goût
des merveilles me passera.
+
trans, speed, premium ou maya ?
+
le monde a attrapé
la chaude poisse
et le secret des moines
coule tiédasse
entre nos doigts
+
immergée sous la sueur
je creuse en ânesse ivre
d’un gevrey chambertin
imaginairement glacé
+
que la moutarde qui me monte
me descende au pied encré.
+
un plateau du camion vide.
j’y charge ma livrée de fragments bruts
grumes qui finiront en allumettes.
+
— service express, dis-je au chauffeur.
le soleil a perdu ses lentilles.
il cogne sur tout ce qui bouge.
+
de clairsemeurs
nous sommes passés
au statut d’indésirables
en quelque cent cinquante années.
+
si vous m’empêchiez d’écrire
je serais comme les blés coupés :
pâture rendue à la couardise des corbeaux
palud à la merci des autoroutes de la pensée.
+
dans leur rolls-royce silver clyde
lord grey et sa dame roulent en tête.
pique-niqueront-ils eux aussi
sur la prochaine aire ?
+
armée de pins en vue
et plus loin encore
éoliennes blanches-neiges
qui bataillent vannées
contre un dragon déchainé
+
des porches font la course.
on ne va pas tarder à nous sortir de là.
+
la rive de l’aube s’éloigne
et je ne conte plus aux cadavres de bouteilles
que les conditions vont s’améliorer.
leur attention s’émousse
et l’engin capitule
faute de batterie.
+
on prévoit 42 degrés
à l’arrivée.
+
le jour le plus chaud de l’année,
j’ai quitté les flamants roses
pour faire connaissance
avec la cigogne noire.
Bonjour Guylaine,
Merci pour cette remontée dans le flux, les passage dans le très familier ( pour moi) donne aux observations d’autant plus de piquants,
Cat
Merci Catherine pour ce partage !
Merci pour le monde qui se présente aux prochaines élections et la poésie du réel, c’est rafraîchissant.
Merci pour votre attention !
« dans la manche l’air
pris au piège
se condense »
poésie de la manche à air que j’emporte avec moi
Merci.