arts de la fiction #03 | Koltès, du film imaginaire comme bascule à récit

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#03 | Koltès, du film imaginaire comme bascule à récit

Ce qu’on propose avec cette incursion Koltès : se saisir d’une intuition de récit, l’idée que ce point particulier peut être exploré, démultiplié, devenir récit. Cela peut provenir d’un texte que vous êtes en train d’avancer, comme d’un texte récent d’atelier, comme tout simplement d’un petit recoin d’invention dont vous savez qu’il est l), mais pas encore repris pour l’écrire. À vous de le trouver, en général c’est déjà tout auprès, on peut avoir un peu de frousse ou de timidité, mais l’idée que cette situation-là on peut s’en saisir pour l’écriture, c’est bien ce qui justifie qu’on soit là ensemble ! Et si vraiment rien dans le magasin des souhaits ou rêveries, penser au Ce que j’appelle oubli de Laurent Mauvignier, se saisissant d’un fait divers trouant le quotidien ordinaire, et reprenant pour cela la forme utilisée par Koltès (revendiqué) dans La nuit juste avant les forêts. Attention : vraiment une scène du quotidien ordinaire, quelque chose de vraiment limité, mais qui autorise l’exploration microscope.

Et maintenant, Koltès. Texte écrit en 1984 (?), en tout cas déjà le Bernard de la maturité, et celui qui n’a de cesse d’explorer d’autres territoires que la forme théâtre (La fuite à cheval très loin dans la ville, ou les magnifiques nouvelles de Prologue, parentes de ce Nick Stuff).

Du rapport de Koltès au cinéma, ou son désir de, les lettres regorgent : à commencer par ce rêve d’une enquête filmée sur Marcel Proust à travers la Normandie.

Je ne m’occuperai pas ici de la trame et des contenus de Nickel Stuff, violence urbaine, ségrégation des communautés, braquage avec révolver et assassinat d’un patron de supermarché (se prétendant tel, mais à peine plus grand qu’une épicerie de quartier).

Ce qui compte, c’est la démarche de Koltès. Pas la première fois : pour Combat, pour Quai Ouest, l’exposé de la démarche fait partie du livre, qui intègre ses carnets. La séquence d’ouverture de Nickel nous fait visiter la boîte de nuit éponyme, et ses concours de danse, ainsi qu’ensuite le supermarché, et encore ensuite une vue plus générale de «la ville» pas encore nommée, avec son nord et son sud, sa banlieue et le pont qui les relie. C’est seulement ensuite que Bernard nous explique qu’il écrit en français sur des communautés anglophones, et que la ville c’est Londres (qui ne sera plus jamais nommée ensuite). Et enfin, pour clore cette séquence d’exposition, ce paragraphe essentiel sur sa démarche :

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