#chroniques #00 | l’été 26 – du mal avec le réel

2 | LE RÉEL, LE RÉEL, ENCORE LE RÉEL

10h30 – Photographier les vêtements qui ne sont plus moi. Un aspect vite de me défaire. 

10h45  – 14 m², c’est le carré dont je fais ma vie. Il y a mon chat couché sur la petite ligne de soleil, et ma femme qui me regarde à un mètre. Tout est proche et petit, et j’ai quand même un peu froid après le bordel de la canicule. 

11h – « Madame, arrête, tuc tuc. » Ma femme, qui est ébéniste, frappait le bois avec un marteau. Les sons du cœur sont insoutenables pour les voisins. 

11h20 – Mal au ventre. Mon corps a le petit déséquilibre de la matinée post 11h. 

11h35 – Je me suis présentée. Bonjour, je suis Nila, blabla. Je suis bavarde, mais parfois, je ne sais quand même pas quoi dire. Et ça va, non ? 

11h45 – J’ai un jardin devant ma fenêtre. Mon jardin. Zero main verte. Il y a un rat mort dans la terre des plantes qui pue. 

12h – J’ai rêvé de mon ami Kevin. Il y avait son père, couché sur son épaule, dans un bus. Et je pleurais parce que j’étais contente qu’il ait réussi. Lui, qui est venu du même endroit que moi. Je viens de lui dire que je pleurais pour lui dans mon rêve. 

12h25 – C’est l’odeur de la banane plantain frite qui inonde mon cœur. Comme je l’aime, mais comme je déteste la banane. 

12h40 – Je mange

12h55 – Il y a deux bougies allumées : l’une pour parfumer la maison, l’autre pour la salle de bain. On est d’accord que chaque ambiance a ses propres caractéristiques olfactives, non ? 

12h25 – Le miroir qui reflète le plafond et mes culottes qui me regardent d’en haut. 

12h30 – Elle est venue prendre un café chez moi, mon amie Olga. Polonaise, elle ne sait pas encore où est sa place dans le monde. 

12h45 – J’adore vraiment les chouquettes brûlées. 

13h – Il y a quelqu’un de riche qui a un château, tout près de nous, mais tellement loin de ce que je suis. 

13h20 – Elle aime bien s’asseoir près du sol, donc sur des tabourets bas. 

13h35 – « La bienveillance, c’est bien, mais je n’ai pas le temps. Je veux la vérité. » 

13h50 – Ils n’ont pas conscience du réel. Je pense que leurs réalités sont parallèles.

14h10 – Elle a vu que l’autre ne comprenait rien et s’est mise en route pour sortir. Elle voit les autres, et moi, je vois son âme.  

14h25 – L’eau pétillante congelée n’a pas de bulles. 

14h40 – Si tu es mon invité, ne touche pas à la porte et ne l’ouvre pas pour partir. Chez moi, si tu n’es plus le bienvenu, on te laisse ouvrir la porte. Mais si je veux que tu reviennes, c’est moi qui t’ouvre le chemin du retour. Je t’en prie, rentre bien. 

15h – J’ai un trou dans mon mur : c’est la fenêtre.

15h15 – Je me mets à écouter des choses de mer. Je peux sentir le sel du vent de la fenêtre de ma maison au Brésil, à Salvador, au bord de mer. Il y a toute une autre vie de l’autre côté de l’Atlantique. 

15h30 – Je réponds à quelques mails d’une boîte commune. Cela ne m’intéresse pas, c’est ça qu’on appelle travail, mais je ne pense pas que ça soit le mien. Par contre ils me payent. On se le tape.

15h45 – Elle m’a fait me souvenir que mon mois de mai a été terrible. J’ai été très triste. J’avoue que la vie n’a pas été facile, mais je ne m’en souviens plus vraiment, et les sentiments ne se sont pas collés à mon cœur non plus. Je m’en suis débarrassée. L’oubli. Ce n’est pas vraiment ça, mais c’est presque. Je n’oublie, malheureusement, jamais vraiment les choses. 

16h – Je suis triste, 6h et il se passe tellement de choses. Si peu de temps pour la charge des faits. J’ai peur de mourir.

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