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« Si, Madame, je l’ai fait, je vous assure. Mais c’est mon chien. Il a mangé mon devoir ». Une sortie qui vaut 10. Elle donne une réponse de berger à la bergère rieuse qui a toujours demandé «T’as perdu ta langue ?. Sa cousine aurait dit : « Et ta langue, tu l’as avalée ?». Il faut dire que le système est tentation : où tu as mis ce truc ? Je l’ai mangé. C’est parfois vrai mais ça reste rare. Manger le livre, par exemple, ça n’arrive pas tous les quatre matins. « Je vais te manger. » Cette phrase affectueuse vaudra-t-elle bientôt une poursuite judiciaire ? Les enfants savent, eux, que les ogres n’existent que dans les histoires qui leur sont racontées. Il faut attendre un peu pour savoir à quel point c’est vrai. Les ogres n’existent pas. Les mangeurs d’enfant, si. On les trouve en dehors des livres, dans l’outre-langage que le langage produit. « Je vais te manger » n’appartient pas à un au-delà sans histoire. Il figure plein pot. D’ailleurs, on mange ! Voilà un jingle aussi inoubliable que la publicité Belle des Champs qui lui faisait fond sonore, certains soirs. On finissait par ne plus savoir ce que ça voulait dire, sinon que ça voulait le dire maintenant. « On mange « avait pour effet mécanique « on rapplique ». On entendait parler du temps récent, regretté deux chaises plus loin, où les enfants ne parlaient pas à table. La langue ne sert qu’à une chose à la fois. Même la conversation des grands se devait d’être mesurée, pour ne pas dire discrète. L’honneur revenait à la restauration. Place à la soupe. Place aux grands slurp.