Une force ne rend pas heureux
Insignifiante question
Une force jusqu’au bout de ce que tu peux
Le monde en extension
Permanent bord du gouffre
Ici personne ne s’élève
2 –
se manger la tête –– avaler les kilomètres – avaler des couleuvres – manger la poussière – ronger son frein, manger sa main, ses mots – manger demain – ne pas manger en arrière – se manger des coups- manger la fille des yeux – manger ton destin – l’avenir à ceux qui mangent tôt – manger plus pour manger plus – manger la chèvre et le chou – manger tout – mangez utile ! – manger tue –
3 –
On peut parfois finir sa vie d’un coup, foudroyé de n’avoir pas su naître au bon endroit, de n’avoir pas su faire de bons choix. Comme les vieux troncs secs que l’on découvre soudain en travers d’un chemin.
J’ai enjambé l’arbre comme on saute un repas, une invitation. Et je l’ai refait. Je le ferais encore, dans n’importe quelle forêt, comme je passe ma jambe haut sur mes envies, comme je saute le besoin, la nécessité.
Je serais le grand corps sec au milieu du chemin, je me passerais dessus, l’air de rien.
On peut parfois finir sa vie d’un coup, on n’avait rien vu venir dit-on alors que tout était là depuis le début. Comme le corps sans vie d’un grand cheval abattu soudain. L’instant d’avant était celui insouciant de ce qui court et du vent. L’œil n’est maintenant plus qu’un globe éteint qui ne reflète plus rien.
J’ai enjambé le cheval et sa mort comme on passe un obstacle, qu’on résout une difficulté restée longtemps sans solution, avec un mélange de soulagement et d’appréhension. Jusqu’à l’obstacle suivant.
Je serais le cheval et je serais la mort, je passerais d’autres états, j’imprégnerais le sol, je traverserais la mousse, je creuserais loin.
4 –
Questionnement d’écriture : comment intégrer dans un passage déjà écrit depuis plusieurs jours, un élément qui m’es venu aujourd’hui ?
Dans la scène des types qui tiennent les piquets de grèves, il faudrait rajouter que l’agent-femme voit des corps pendus, mutilés, les corps de patrons, d’opposants – (pour l’instant il n’y a rien de cela, juste des types qui ont cessés de travailler) il faut que cela ait l’air réel tout en conservant le doute sur le fait que c’est peut-être juste, comme pour les autres fois, le fruit des visions de la femme. Plus que le doute, comme dans la scène du type qui surveille les conteneurs, il faut que cela apparaisse et disparaisse –
pas convaincue du tout par ce que j’ai fait – un simple ajout d’une petite phrase à la fin – peut être qu’il faudra s’employer à réécrire ce passage plusieurs fois –
« Et ceux qui s’alignaient dans la rue tenaient leurs nerfs par l’envie d’en découdre, mais personne ne savait vraiment quelle tête il faudrait couper pour voir les choses changer. En tournant à l’angle elle regardait toujours derrière elle la file des pneus brulés, des types alignés en silence de soleil tapant, les tapis de cendre des heures de rien accumulées à leurs pieds, les traces de brulures laissées sur les murets. Elle regardait toujours assez longtemps pour vérifier si les corps suspendus ou amputés, les corps calcinés qu’elle avait vu en passant mais feint d’ignorer étaient toujours là. Aujourd’hui ils ne l’étaient pas. »