DU MONDE
— Comment déblayer le monde de ses encombrants ?
— Lire de la fiction, de la poésie et des essais, s’informer, aussi sur des plateformes indépendantes, voter, confronter les points de vue de chacun pour les nourrir, les élargir, s’ouvrir à d’autres réalités que la sienne, et s’impliquer dans des initiatives citoyennes.
ÉCRIRE AVEC CLARICE LISPECTOR
Ce qui y ramène, c’est ce qui rassemble. Ici, un déjeuner, les canotiers, Renoir.
C’est faire communauté, se rencontrer, partager.
Échappée, transition.
Légèreté, insouciance.
Échanger des confidences, la banalité des jours passés, trinquer, s’étreindre, rêvasser, refaire le monde.
Éphémère.
L’éphémère réunit : un repas, une manifestation, une fête, la gaieté, un enterrement, une victoire.
Comment l’apprivoiser ?
Qu’en reste-t-il après ?
Là où les solitudes se croisent, s’allègent, se cherchent, s’autorisent.
Brise, promesse.
Là où les regards jouent.
L’un se perd, un autre appuie la curiosité, l’inquiétude, un autre gronde, questionne, réclame.
Funambules.
Et se souvenir des fêtes familiales, la maison des grands-parents chargée d’une vie à onze, et combien de petits-enfants venus s’y ajouter, laissant une trace supplémentaire : une opinion, un chagrin, un savoir-faire.
Désordre, va-et-vient de bruits, de mouvements, de rires.
Pour certains, une corvée.
Des clans.
Remontée de vieilles amertumes, de conflits.
Une histoire d’apparence, de classes sociales.
L’illusion d’abondance qui déborde de la table généreusement garnie, se répandant dans les paroles, qu’es-tu devenu ? Gagnes-tu bien ta vie ?
Se comparer, se positionner.
S’en tenir à distance, d’un signe, d’un mot qui rompt toute tentative d’aller plus loin.
L’abondance, c’est abstrait, chacun sa forme, certains la trouvent dans l’argent, la possession, d’autres dans les liens, le repos, l’apprentissage, la fierté de voir pousser des tomates cerises sur le balcon, d’écrire un poème qui restera dans un tiroir.
DE SOI-MÊME, ET D’ÉCRIRE
Extrait d’un fragment écrit dans le cadre de mes cent jours d’écriture.
Pendant que Y. ramassait les débris de l’ampoule à l’aide d’un vieux morceau de carton et que le policier diffusé dans le téléviseur dévoilait son coupable — un agriculteur qui s’était vu refuser sa marchandise par un grossiste, une histoire de taches noires sur la volaille, j’le sens pas, j’prends pas ! — quelqu’un sonna à la porte. P. ouvrit. Colombie – Angleterre : affirmatif, deux-zéro, débarrasse tout, mets tes billets sur la table, ce soir je prends ma revanche ! M., c’est le seul ami de P., le seul à supporter sa méchanceté sans rendre les coups. T’as pas bonne haleine, et r’garde ta tête, on dirait qu’tu l’as achetée aux puces. Et c’est un mauvais parieur. P. le sait, il en profite. On s’fait d’l’argent comme on peut ! Il n’a d’affection pour personne, même pas pour J. Elle sert à diviser l’prix du loyer par deux, rien de plus ! disait-il à l’employé de la station-essence avec lequel il échangeait quelques banalités en attendant de récupérer sa carte de banque. Un brave gars, toujours prêt à rassurer un client sur l’augmentation du prix de l’essence, non jusqu’aux prochaines élections ça boug’ra pas, y z’on bien trop peur d’perdre des voix, à en dépanner un autre d’un bidon d’huile de moteur sans demander le moindre centime. Tant qu’le patron l’voit pas ! Il est de gauche, la vraie, pas celle qui pue le populisme ! Il avait signé son contrat un jour d’été, la veille de l’Assomption, ça pleuvait dur, un gamin v’nait d’se faire renverser par un motard à deux pas d’ici, là où la boutique fait faillite, cuisine mexicaine, cordonnier, y a tout eu, rien n’a t’nu, et l’gamin, mort dans l’ambulance, y z’on rien pu faire. De son comptoir, il en voit des vies éclater, se remettre. En se redressant, Y. regarda sa mère céder à l’injonction de tout débarrasser, linge à plier, vaisselle sur l’égouttoir, rappel de facture, empiler le tout dans un coin, et préparer un plateau de chips au sel et deux canettes de bière pour P. et son ami. Eux aussi devaient quitter les lieux le temps du match. Il reste un morceau de verre, et là regarde tes mangas, dépêche-toi ! Il détestait ce qu’elle devenait, c’est de sa faute après tout !, pensait-il. Et il se promettait de ne jamais lui ressembler.
— à suivre —
Auto-contrainte à tenir plus de deux jours: lire en prenant les textes les uns après les autres. Ce matin ouverture et lecture donc du premier texte, celui-ci.
Si que pas, regarder profil.
Si que toujours pas, relire.
Si que toujours, toujours pas, se regarder le nombril, j’ai une certaine souplesse à l’exercice.
Ah…
Un truc coincé dans le nombril: comment écrire sans écrire? la noter dans la liste des fulgures, okazou je tienne la deuxième auto-contrainte plus de deux jours consécutifs aussi.
Ca sent pas bon ce petit morceau qui veut pas venir, ça fait un moment que j’essaye de le décoincer d’ailleurs…
06h58: re re re re re etc. faire le point sur les théories de l’information, sait-on, songe-t-on, saintonge-t-on jamais, sainsonge-t-on toujours?
https://www.rocq.inria.fr/secret/Nicolas.Sendrier/thinfo.pdf
Alexia, quelle sortie délirante (enfin depuis ma lecture), je note au passage : comment écrire sans écrire?
(quant aux théories de l’information, s’insurge-t-on, j’ai téléchargé par curiosité)
A compléter Annick, si tes cent jours et les chaleurs/canicules à répétition t’en laissent la possibilité
Merci Alexia et Perle pour votre passage, vos mots. Touchée. Je viens vous lire ces prochaines heures. Amicalement.
Bonjour Annick !
Joie de te lire ici, j’aime beaucoup ton entrée dans le tableau, je me suis même dis que tu avais fait deux consignes en une car d’une pensée à l’autre à son propos j’ai ressenti « l’effet quart d’heure », cet effet d’espace que pose un peu de temps pris entre deux phrases.
Le texte des cents jours est plus opaque, car je ne suis pas familière de tes personnages. Mais comme tu dis : À suivre,
Bonne journée,
Cat
Salut Catherine,
Merci pour ta lecture, tes mots.
Je n’ai pas encore terminé d’écrire pour le prologue et le 01. J’avance par petites touches, entre l’atelier d’été et les cent jours d’écriture.
Hâte de travailler sur l’observation, et le 15′ sur 6h.
Je t’ai laissé un mot sous ta 01, bien contente de te retrouver, de pouvoir te lire à nouveau. Et te suivre.
Passe un agréable week-end.
J’adhère totalement au fragment 1 ! Finalement il y a des échos entre entre le 3 et le 4. « De son comptoir, il en voit des vies éclater, se remettre. » Une réserve de fictions. J’aime l’oralité de cette scène, cet art que tu as de rendre compte du quotidien, ces bouts de portraits qui surgissent. J’aimerais des prénoms ou des noms je crois. Ravie de te retrouver ici. Jamais pris le temps de t’écrire plus tôt. Curieuse de ces cent jours d’écriture…
Merci Emilie, joie de te retrouver ici, en dehors des mardis Zoom, loupés les dernières semaines.
Merci de mettre en valeur mes textes à travers ton regard. C’est précieux.
Des prénoms, oui, faudra y penser à un moment, ils sont sur le bout de la langue, pas très loin.
J’arrive te lire ces prochaines heures.
Belle soirée.