DU MONDE
Comment déblayer le monde de ses encombrants ? Lire de la fiction, de la poésie et des essais, s’informer, aussi sur des plateformes indépendantes, voter, confronter les points de vue de chacun pour les nourrir, les élargir, s’ouvrir à d’autres réalités que la sienne, et s’impliquer dans des initiatives citoyennes.
DE SOI-MÊME, ET D’ÉCRIRE
Extrait d’un fragment écrit dans le cadre de mes cent jours d’écriture.
Pendant que Y. ramassait les débris de l’ampoule à l’aide d’un vieux morceau de carton et que le policier diffusé dans le téléviseur dévoilait son coupable — un agriculteur qui s’était vu refuser sa marchandise par un grossiste, une histoire de taches noires sur la volaille, j’le sens pas, j’prends pas ! — quelqu’un sonna à la porte. P. ouvrit. Colombie – Angleterre : affirmatif, deux-zéro, débarrasse tout, mets tes billets sur la table, ce soir je prends ma revanche ! M., c’est le seul ami de P., le seul à supporter sa méchanceté sans rendre les coups. T’as pas bonne haleine, et r’garde ta tête, on dirait qu’tu l’as achetée aux puces. Et c’est un mauvais parieur. P. le sait, il en profite. On s’fait d’l’argent comme on peut ! Il n’a d’affection pour personne, même pas pour J. Elle sert à diviser l’prix du loyer par deux, rien de plus ! disait-il à l’employé de la station-essence avec lequel il échangeait quelques banalités en attendant de récupérer sa carte de banque. Un brave gars, toujours prêt à rassurer un client sur l’augmentation du prix de l’essence, non jusqu’aux prochaines élections ça boug’ra pas, y z’on bien trop peur d’perdre des voix, à en dépanner un autre d’un bidon d’huile de moteur sans demander le moindre centime. Tant qu’le patron l’voit pas ! Il est de gauche, la vraie, pas celle qui pue le populisme ! Il avait signé son contrat un jour d’été, la veille de l’Assomption, ça pleuvait dur, un gamin v’nait d’se faire renverser par un motard à deux pas d’ici, là où la boutique fait faillite, cuisine mexicaine, cordonnier, y a tout eu, rien n’a t’nu, et l’gamin, mort dans l’ambulance, y z’on rien pu faire. De son comptoir, il en voit des vies éclater, se remettre. En se redressant, Y. regarda sa mère céder à l’injonction de tout débarrasser, linge à plier, vaisselle sur l’égouttoir, rappel de facture, empiler le tout dans un coin, et préparer un plateau de chips au sel et deux canettes de bière pour P. et son ami. Eux aussi devaient quitter les lieux le temps du match. Il reste un morceau de verre, et là regarde tes mangas, dépêche-toi ! Il détestait ce qu’elle devenait, c’est de sa faute après tout !, pensait-il. Et il se promettait de ne jamais lui ressembler.
— à suivre —