#chroniques #05 | aptovestis


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j’ai sur le bord de ma bibliothèque un petit tas d’objets métalliques
au début il s’agissait de vis rondelles écrous trouvés dans la rue
chaque fois que j’apercevais une pièce au sol – et beaucoup se trouvaient au pied des vélo à assistance électrique de la ville – je pensais à l’énergie qu’il avait fallu convoquer pour produire cet objet, et puisqu’encore fonctionnel car filetage intact, il ne pouvait finir aspiré par les engins de la ville et déporté au sein de je ne sais quel centrifugeuse pour éventuellement peut-être – et c’était encore le scénario le moins détestable – finir fondu parmi ses congénères métalliques ou – dans le plus triste des cas – se retrouver incinéré parmi toutes les rebuts aptes à plus rien en fin de parcours que produit notre société
ainsi donc je ne pouvais me résoudre à ce que cette énergie se perde
je me penchais d’un air détaché ramassait l’objet et l’enfouissait dans ma sacoche
une jour, une amie tentant de réparer en urgence son casque de moto avant un départ précipité, cherchait dans sa boite à outils un écrou – car elle avait trouvé la vis dans ce qui s’apparentait à une collection semblable à la mienne mais les écrous disparates étaient ou trop grands ou trop petits.
– c’est du M10 ?
– je sais pas
– attends
je plongeais ma main dans ma sacoche et y cherchait dans le fond cet écrou que j’avais ramassé le matin-même
– essaye pour voir, je lui tendais l’objet devant ses yeux surpris
le pas de vis était le bon
le casque fonctionnel
l’amie bluffée
comme quoi les choses ont une destination parfois
évènement suffisamment marquant pour valider la suite ; on prend ça peut toujours servir

puis très vite se sont ajoutées d’autres familles d’objets
petites plaques en métal
collier de serrage
tiges de faible diamètre
bouchon fraisé pour je ne sais quel usage mais il en tombait au sol lors du montage de scène d’un festival
dès qu’un objet métallique se trouvait éloigné de son usage, je pensais à l’énergie qu’il avait fallu amasser pour qu’il advienne et le laisser là ou – pire encore – le déposer au fond d’un poubelle – aurait été un crève-cœur

inventaire de mes collections
billes / pogs / jojo / coquillages / pierres / petits objets métalliques / trouvailles de voyage : dé, pièce de puzzle, figurine miniature, caillou particulier / vestes originales – l’expansion de cette collection étant matériellement contenue par les limites de la penderie /

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perdre les pédales
miroir brisé sept ans de malheur
si le miroir se brise en deux un évènement joyeux est sur le point d’arriver
si le miroir se brise en trois, jeter le plus petit des morceaux conserver les deux autres une année exactement limite le malheur à quatre ans
chat noir qui coupe la route, malchance
chat noir qui longe la route, un chemin à suivre
si le chat noir se couche au sol il faut attendre qu’il se redresse pour le dépasser

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démonter un appareil électronique pour en observer les entrailles
je me souviens de cet appareil photo dont j’avais ouvert l’arrière
essayant d’en extraire des boyaux pour mieux comprendre, j’avais du mettre le doigt sur le condensateur et soudain bzitt coup de jus
je ne savais pas si c’était grave s’il fallait le dire aux parents
l’électricité c’est dangereux alors ce coup de jus déchargé dans mon corps avait peut-être détraqué les miennes d’entrailles
je n’ai rien dit j’ai refermé l’appareil et je n’y ai plus touché
chaque fois que je démonte un appareil aujourd’hui encore j’y pense
et cette fois plus dangereuse où j’avais voulu récupérer ma tartine du grille-pain avec un couteau qui avait dû faire court-circuit et sauter l’élec’ de la maison
les fameux accidents domestiques
je continue toujours de fouiner avec mon couteau vers la tartine qui se fait la malle vers le fond du grille-pain, mais je privilégie un manche en bois maintenant

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je n’aime plus ces vêtements que je porte en boucle et que j’aimais hier et qui sont pourtant à la mode disons à la mode du quartier non je n’aime plus le quartier et comment il s’habille ces shorts flashy bleu de foot ou parfois boxe thaï comme celui que je porte en écrivant ces lignes me pompent mon énergie ils me collent à la peau quand j’ouvre la penderie c’est bleu c’est flash je choisis me rappelle toujours trop tard qu’il n’y a pas de poche tant pis je ferai de la place dans ma sacoche en bandoulière nacrée pour entrer ce téléphone surprotégé lourd mais qui résiste aux accidents ils me pompent mon énergie ils me collent à la peau surtout depuis que j’ai arrêté le sport alors un peu grossi car l’accident de vélo et maintenant la rééducation j’ai trop musclé ce fessier quel rapport avec un ménisque ? et puis je me souviens de ce qu’a dit la kiné ah oui c’est logique et pas plus mal se muscler en août avant la reprise dudit foot précisément une occasion de justifier le code vestimentaire il y a les aptonymes quand le patronyme de X colle avec son métier et je vous présente les aptovestis qui sont les vêtements à la mode mais dont le port est justifié par l’activité de la personne qui le porte contre-exemple ces vestes bleu de travail qu’on porte dans le Camas à Marseille alors que ce n’est clairement pas le quartier des ouvriers et qu’il n’y a qu’un seul bouton à ta veste comment vas-tu te protéger des projections métalliques ? alors oui j’irai bientôt de mon côté par les terrains ventiler ce short léger et tant qu’il garde un peu de distance avec ma chair je continuerai de le porter

Un commentaire à propos de “#chroniques #05 | aptovestis”

  1. merci d’avoir travesti ‘aptonymes’ (mot que je ne connaissais pas) en ‘aptovestis’ (pour se vêtir) et quel bonheur de lire l’entièreté de cette chronique débarrassée de tout superflu et tant qu’à faire je supprimerai encore les dernières virgules qui traînent

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