DÉCOR 1, BÂTIMENT
Dans la périphérie d’une ville qu’on devine par l’espace autour de l’immeuble, un bâtiment de plus de 8 étages similaire aux Cabrini-Green Extensions de Chicago. Sa façade en brique rouge date de la moitié du vingtième siècle. L’accès aux appartements se fait par une cage d’escalier au centre du bâtiment.
PLAN FIXE RAPPROCHÉ, 1
À l’extérieur de l’immeuble. Une flaque au milieu du goudron reflète le clair de lune. La lumière douce de teinte jaune produit une atmosphère bleutée apaisante. Des petites gouttes impactent la flaque. Le regard se tourne des impacts des gouttes sur la flaque vers le goudron humide. Le rythme des gouttes laisse supposer un début de pluie ou une accalmie. Les éléments se stabilisent. Un flash à l’écran. Quelques instants après, l’orage répond au loin. Le clair de lune disparaît peu à peu derrière des nuages sombres. Un nouveau flash de lumière suivit d’un coup de tonnerre plus rapproché. Les gouttes tombent plus nombreuses et plus lourdes. La flaque est troublée.
La lumière du sol change pour être éclairée d’une source unique de lumière sur la gauche, blanche, dure, contrastante. Elle crée des ombres sur la droite. Le son de la pluie laisse apparaître quelques bruits de pas. Disons cinq sons de pas, avant que le sixième ne corresponde au moment où une chaussure lourde, en cuir à semelle cloutée, marche dans la flaque. C’est Takier, portant un pantalon de laine sombre et des chaussures noires. Éclaboussement. Le bruit des pas s’éloigne.
PLAN FIXE LARGE, 2
Au premier plan, un couloir sombre formant un cadre d’un noir profond. Au second plan, l’entrée du couloir. C’est au rez-de-chaussée. On voit le limon de l’escalier en parement de carrelage rose balayée d’une lumière à 45° degrée de la droite vers la gauche. Sur la gauche, le carrelage reflète un peu de lumière en latérale vers le fond. On distingue une silhouette en pardessus, quelques traits du visage, la courbe de l’épaule, le bras droit et la main invisible en poche et les reflets sur l’aluminium de trois vélos d’enfants. William.
PLAN FIXE LARGE, 3
À l’extérieur du bâtiment, sous le porche éclairé faiblement par la lumière du hall. Takier se met à l’abri puis ouvre la porte du bâtiment.
PLAN FIXE LARGE, 2
Will entend l’ouverture de la porte d’entrée et réagit par une respiration profonde.
PLAN FIXE RAPPROCHE, 4
Au premier plan, à une hauteur plus haute que Takier. Sur la droite en plongée, la rangée de boîtes aux lettres roses. Au second plan de la gauche vers la droite, la cage d’escalier puis le garde-corps scindant l’image en deux. En arrière-plan, l’accès au corridor et l’arrière de la cage d’escalier que l’on devine. Takier avance dans le plan et ouvre une boîte aux lettres. Il en retire trois lettres, ferme sa boîte aux lettres puis regarde les enveloppes avec lenteur. Un soulagement est palpable à la découverte de la troisième lettre, plus épaisse, où est visible le logo d’une entreprise de développement de photographie. Il soupire.
PLAN FIXE RAPPROCHE, 2
Will entend le soupir. Il n’a plus besoin de tendre la tête ou d’écouter la démarche de Takier pour le reconnaître. Il fait un mouvement pour sortir une arme calée dans son dos entre sa ceinture et son pantalon. Le mouvement de dégagement du trench-coat renverse un vélo qui tombe à plat en faisant du bruit.
PLAN FIXE RAPPROCHE, 4
Takier tourne la tête brusquement vers la cage d’escalier. Silence dans le hall. Will ne bouge plus. Takier met les lettres en poche.
TRAVELLING AVANT
A partir du point de vue précédent, comme si l’on était caché derrière Takier. Il se dirige vers la cage d’escalier. Will apparaît d’un mouvement sec au dernier moment devant Takier. Une détonation est audible – sans que l’on ne voit l’arme. Suivant Takier, une chute légère en avant et latérale à 45 degrés vers l’obscurité de l’arrière de la cage d’escalier.
DÉCOR 2, L’APPARTEMENT
Un appartement bien ameublé, sombre.
PLAN FIXE RAPPROCHE, 1
Le visage de Nesrine en alerte. Elle grimace de peur. Ses yeux s’écarquillent.
DÉCOR 1, PLAN FIXE LARGE, 2
Vue du corridor vers le hall. Will retient Takier, affalé sur lui. De sa main libre, Will fouille l’intérieur du trench-coat de Takier et le laisse tomber sur les vélos.
DÉCOR 2, PLAN FIXE LARGE, 1
Vue comme si l’on était au-dessus d’elle. Nesrine se lève du canapé au second plan et se dirige vers le petit secrétaire en bois au premier plan. Elle ouvre audiblement le tiroir.
PLAN FIXE RAPPROCHE
Vue sur le tiroir. Une boite de cartouche ouverte et entamée, quelques feuilles blanches en dessous de la boîte. Pas d’arme à feu. Le tiroir est refermé.
PLAN FIXE LARGE
Vue sur un corridor. Nesrine sort de l’appartement en courant vers la caméra.
DÉCOR 1, PLAN FIXE LARGE 2
Retour à la vue en plongée du rez-de-chaussée. Cette fois-ci le plan est rapproché sur les marches de la cage d’escalier. Les pas rapides de Nesrine, vant d’apparaître. On se retire alors qu’elle descend les escaliers puis on la suit sans bouger, en se focalisant sur elle de dos quand elle découvre la scène sur le départ de l’escalier et se dirige en courant vers Will debout et le corps allongé à moitié dans l’ombre de Takier dont voit les semelles cloutées.
PLAN FIXE RAPPROCHE
NESRINE (de dos, dans le bras de Will)
C’est bon? C’est terminé?
WILL
Non, ce ne le sera jamais. Je cherche à être immobile au sein de l’activité des autres. Et j’en suis incapable.
NESRINE
Et si c’était impossible sans ressentir que tout est surpeuplé? Tout bruite, tout entend, tout voit, tout touche, tout pue.
WILL
Au fur et à mesure que je m’oublie, j’accepte certaines présences et d’autres me sont intolérables. Certaines, je les comprends et je danse avec, d’autres, comme Takier, sont trop denses et je dois y prêter trop d’attention.
NESRINE
Tu ne pouvais pas rester immobile chez un autre. Et voilà , que venue la fatigue, ce moment où il faut l’arrêter ou le fuir, tu agis sans crier gare.
WILL
Oui, je ne voulais pas attendre de le rencontrer, ni lui parler, ni l’entendre, ni entendre ses accusations.
NESRINE
Il fallait un autre lieu. Mais pourquoi de cette manière alors que nous pouvions le confronter à deux?
WILL
Oui, en me dispersant, je me suis soustrait à la compulsion de lui répondre. En m’oubliant, j’ai éviter de t’associer à la chose. En étant coupable sans complice, je garde ma liberté et une réserve.