#chroniques #09 #10 | chemin

#chroniques #09 #10 | chemin Nicolas Hacquart 1 |  La lucidité dangereuse et la lucidité de l’absurde Qu’ai-je vu?  Qu’ai-je imaginé?  Qu’ai-je vu qu’un autre à mes côtés n’aurait pu voir?  Qu’ai-je vu que seul moi ne pouvait éviter de voir?  Qu’ai-je vu qui avait sa source derrière mon regard? Qu’ai-je vu qu’une cécité ne trouble pas?  Qu’ai-je vu qui Continuer la lecture#chroniques #09 #10 | chemin

#chroniques #08 | joies et déceptions de l’analyse des phrases incertaines

  1. Une soif de justice insoupçonnée que les manipulations auxquelles je me laisse aller créent un mur terrifiant entre moi et elles. Cette force qui fait virer dans l’injustice et ce sentiment d’impunité qui me fait glisser dans l’angoisse l’instant suivant. Les moyens que m’octroie la séduction floutent les limites du monde, de mes désirs et celles qui viennent contraindre les autres vies. Mon envie est si forte et étrangère à l’image que j’ai de moi-même que sa déflagration me surprend.  Mes problèmes ont des visages si étrangers, et heureusement, connaître la distance qui nous séparent m’effraie. 
  1. « Pas étonnant que tout le monde le déteste. Il n’aide personne. Il reste toute la journée dans le salon avec les volets fermés. Oui et puis de toute façon, il n’a pas envie et ensuite c’est ses affaires, c’est un adulte, il est responsable. Après il faut ce qu’il veut c’est sa vie. Ça le regarde. Mais il reste toute la journée assis à ne rien faire. Il n’a pas la fibre. Après c’est normal, soit on l’a, soit on l’a pas. Moi je m’étais pris la tête avec lui puisqu’il m’avait dit que je ne pouvais pas utiliser de lève-personne et ensuite quand il devrait faire toutes les personnes qui étaient pas autonomes, il m’a pris ma tête. Et il se plaint mais depuis le temps qu’il travaille, il aura dû réussir à faire des économies.
  1. Elle fait comme si il n’y avait pas douleur indépassable, comme si la guerre et la domination était la seule forme de relation, comme si la physique des choses n’étaient pas affectés, elle-même infectieuse, et que les choses se régénèreraient avec quelques instants d’arrêts, que la vie était plus forte que la mort, que la vie était uniquement assiduité et discipline et non courage et créativité, qu’il y avait une leçon à tout, que l’émotion nourrissait la morale, que celle-ci justifiait le langage et que pourtant, toujours du bon côté, la culpabilité lui était extérieure, non-imposable, tout au plus imposé de l’extérieur, devant être combattue, niée, mauvaise et à traquer sous chaque phrase, dans chaque nuance comme une lâcheté face à une franchise impulsive, un parler “cash”, “on se dit les choses directes” et cela ira, comme si la distance entre la bouche et le cerveaux l’assurait d’avoir de bons mots, d’une quelconque intelligence,  et non des cris encore dégoulinant des premiers instincts, la vérité des premiers balbutiements, la primeur donnée aux premières impressions, entre deux inhalations, deux aspirations de fumées, deux  mastications, deux rôts, deux régurgitations, entre deux actions du corps se trouveraient l’expression véritable, ou du moins qui ne ment pas, et la vérité cette expression, et les gens, ces méchants, ils allaient devoir marcher sur des oeufs autour d’elles sinon elle les critiqueraient et laisserait un poison couler, les blâmant pour les choix qu’ils lui demander de faire, les impressions qu’ils lui avaient donnés. 
  1. Je suis arrivé à un moment particulier de mon écriture. Elle est facilitée, quotidienne, intégrative mais encore inégale et désorganisée. Je vois combien encore j’ai du travail pour me corriger systématiquement, prendre plus de temps pour me lire et lire les autres (sans me comparer). J’ai pris plaisir à régresser dans l’écriture pour trouver de l’inspiration mais transformer la chose en un produit nécessite plus de travail.  Il me faut étudier la littérature et avoir plus d’ambitions dans un moment secondaire de structuration. Actuellement, elle peut tenir quelques impressions, quelques idées, quelques formes et le faire émerger, le mettre en relief, être un moyen d’expression et de découverte. Mais je suis désormais pris par mes propres limitations. Je développe l’habitude de la relecture (attentive aux fautes d’orthographes et de conjugaison et de structures) mais il me faut encore 5 à 6 lectures. Souvent je publie après la première. Entre le moment du premier jet et le moment où le texte devient tranquille, il y a quelques jours. Parfois, dans une phrase, je découvre un fouillis d’idées et d’impressions qu’il me faut mettre à jour, étirer en propositions différentes et distinguer – parfois à mon grand déplaisir puisque l’impression de dynamique générale donnée par l’agrégation d’éléments différents pendant le moment de l’écriture ne tient pas à l’étape de la relecture, de  l’analyse ou de la dissection. Je me retrouve à me constituer une petite bibliothèque d’outils – sans trop savoir comment les utiliser lors de l’écriture : un Bescherelle, un Gradus Littéraire, une Dictionnaire des Idées Littéraires. Dans tous les cas, je fais le choix de découvrir ce que je peux faire en écriture, quelles sont mes obsessions et limites, cela veut dire d’accroître les espaces d’écriture. En effet, la participation au cycle atelier d’été « Chroniques » m’a causé d’outrepasser plusieurs fois la limite de signes – je comprends cela comme une capacité d’écrire longuement à rendre plus réflexive. Ai-je besoin d’écrire plus pour m’exprimer? Si oui, est-ce l’espace ou dois-je désormais commencer à créer un autre espace d’écriture dont la structure, les lignes seraient à inventer, à reprendre d’autres espaces et à adapter.
  1. L’insistance de la mémoire, la nervosité du quotidien et l’ombre d’un texte ou d’un auteur semblent nécessaires à l’écriture. Ainsi je peux constituer l’événement par les mots et ce dernier pourtant les dépasse par ses effets réels sur mon corps et mes pensées. Dans les futures passées de l’instant, ceux exclus par la décision dans l’effectuation passive de l’événement en moi, la littérature raccroche les wagons, permet de tenir à la surface. Ainsi l’écriture est le moyen d’une contre-effectuation de la vie en soi, langue claire mais composite reflétant des fragments de sons, des intonations de voix , de lumières et de sensations passées.

#chroniques #07 | équanimité

  1. Oui au prochain pas, pied nu. Anachorète se dérobant, stylite descendant, immersion et bourdonnement : oui, oui, oui. Acquiescer à l’apparition des tentations palustres. Sans crier gare, le fond atteint le bout des pieds atteint notre imaginaire. Les yeux s’effarent dans la surface malachite et cherchent refuge dans l’immense voile céleste. Oui aux surgissements illusoires suivis d’un long relent fétide et humiliant. Oui à la fatigue qu’induit la nervosité et la peur… Oui à la dislocation, à la pointe du devoir impérieux et nu. Oui, prostré, tout ouïe, attentif à la vie du marécage. Oui, le pied bute et est coupé sur un véritable obstacle, enfin! Le saignement dure. L’écoulement réchauffe l’eau et la peau. Oui à l’équanimité quant aux conséquences. Oui – véritablement! au reflet sanguin – coalescence de l’Image et de la Chose. Et oui même à la fascination renouvelée par l’intuition de ce que serait le Monde. Oui, s’attendre au détour du Monde.
  2. Supposons que la feuille de décompte des heures est disparue de ma bannette, ce qui est vrai. Supposons que les feuilles n’aient pas d’autres utilité que pour communiquer ses heures à la secrétaire, ce qui est vrai. Supposons que la feuille retrouvée dans un classeur chez moi, ce qui est vrai. Supposons la gène occasionnée par cet évènement, ce qui est vrai.
    1. Trois cahiers noirs, mes journaux décrivant douze mois dans le Nord-Ouest de la France travaillant dans le secteur du pipeline.
    2. L’année sur la D775. 33km entre Derval et Redon. Parenthèse contemplative, écoute et conduite éclairant les arbres de cette ligne brisée au 12ème kilomètre à Guéméné-Penfao.
    3. Le Café Tempo à Guéméné-Penfao, lieu de pause où je lis les introductions et quelques pages des derniers livres reçus dans la boite aux lettres ou ceux achetés sur Redon – selon la météo, alternativement terrassé par la mélancolie ou le sublime de ma solitude.
    4. Un express et un Perrier tranche. Sauf les deux verres de cidre bus cette année. Un lors d’une conversation sur les rivalités entre les villages de pêcheurs de crustacés et coquillages et ceux de pêcheurs de poissons. Le dernier à la fin de mon contrat étonna la tenancière. C’est fascinant comme la peur d’être pleinement soi peut abstenir un être.
    5. Thierry Logie, le propriétaire d’Aquaperle, fut mon premier interlocuteur sur Redon. Son regard espiègle sous ses lunettes bleue cerclées de noir. Le type d’encre de Chine, le type de plume, le type de papier… Il me prodigua une attention et aborda le sujet avec une simplicité qui me poussa à croire au travail. Douze mois après mon départ d’Ille-et-Vilaine, il ferma définitivement son magasin.
    6. Le Cinéma Manivelle, machine à rêves, échappatoire temporaire pour retrouver nos chimères communes, une mise en rythme aux formes du cinéma actuel, assise hebdomadaire.
    7. La librairie Le Libre et la Tortue, son propriétaire et ma confidence : j’écris.
    8. La libraire Libelune, où je n’avoua rien de mon écriture.
    9. Le Nautic Café, devant lequel je me garais, sa terrasse où je lus avec trépidation l’Intuition de l’Instant de Bachelard, ses marginaux dont j’entendais avec tristesse l’écho de mon désir de libération de jeunesse.
    10. Le Shannon Café, sa terrasse surplombant le Nautic Café où je lus le texte de George Simmel sur l’amour, le mariage et la prostituée.
    11. L’écluse de la Digue de Saint-Nicolas-de-Redon, lieu de départ du chemin que je marchais si souvent. Un jour de saudade, j’y enregistra un message pour M***** où constellait déjà cette liste.
  3. Supposons que je sois actuellement disponible à une certaine intensité du désir de l’autre, ce qui n’est pas vrai. Supposons que je sache encore ce qu’est un désir, ce qui n’est pas vrai. Supposons que je sache vraiment ce qu’il en est de moi, ce qui n’est pas vrai. Supposons que la frustration de mon désir forme deux mains jointes à jamais, ce qui n’était pas vrai.

#chroniques #6 | le crawl et les courses

4. C’est avec une certaine gêne que j’écrirais à une vitesse déshumanisante, des stéréotypes et du mépris : Le gnome aux cheveux tondus, la robe tricolore en coton délavée au visage bouffi par l’alcool hèle la réceptionniste. Elle est en tête de la file d’attente dont la réceptionniste ne s’occupe pas. La réceptionniste a une coupe garçonne, la peau fragile, Continuer la lecture#chroniques #6 | le crawl et les courses

#chroniques #5 | de la craie et du sable

  1. Fierté de l’homme, en toute circonstance de la perspective du futur.
  2. Prévenir le matin pour déposer quelque chose l’après-midi. Presser sur “express” au moment de faire la machine pour que cela soit plus économique ou écologique. 
  3. En ce moment, je suis pris dans un double mouvement. Le premier est un de focalisation où je découvre mon propre regard sur mon environnement actuel qui est un monde générique de supermarchés, de services en lignes anonymes, de missions intérims aux relations brutales, de reconnaissances indifférentes – bref par esquisses des liens d’échanges d’informations, matériels, symboliques se font et lie l’armature ensemble. Le second est un mouvement de ressac où je découvre avec une certaine colère et tristesse le peu de saveur de mon écriture, les aspects mythiques que je n’ai pas le temps de creuser autre qu’en passant par mon entreprise. Puisque cette vie locale est proche de la vie nue sans lien spécifique à l’avenir, baignant dans un présent intense entre épuisement et repos. “La vie intellectuelle est ailleurs, voilà tout.” résume Judith Schlanger à propos d’une autre situation dans son livre Archontes. 
  4. Basiques, interchangeables, solides, résistants aux accrocs, aux tirages, les tee-shirts à manche courte “Fruit of the Loom” se lavent et vieillissent biens. La qualité est parfois un peu faible sous les aisselles. Donc il s’agit d’avoir un bon exemplaire. Il doit être propre. Un propre tous les jours. Dans quelques heures, il sera taché de morves, de crachat, de glaire, de savon, urine, selles, de plats mixés et parfois de sang. Mais il aurait pu bien être empoussiéré, enterré et ensablé. Commandés sur Amazon par lot de neuf, je les jetais en boule dans un sachet de courses avec mes bottes et mon pantalon Dickies ou Carharrt, devenu rigide par la poussière. Tout était couvert d’une pellicule de sable et de calcaire que l’on trouve dans les alentours de Reims. Ces terres sont collantes ou sablonneuses et infiltrant tous les plis et orifices du corps et marquant les épaules et le dos comme le fait la craie grasse lorsque l’on tombe contre elle, s’y frotte, s’y démène pour en sort ou l’excaver. Entre deux tee-shirts, une douche douloureuse se faisait sentir la fatigue du corps dans les jambes, le dos et les biceps et cette eau qui n’en finissait pas de tirer du sable et ce savon de Marseille qui ne finissait pas d’assécher la peau. Puis vient le moment de se changer, mettre les habits « au sale » et s’effondrer sur le lit et attendre que les douleurs et la migraine prennent sa juste place, et que dans un mouvement de mémoire, les souvenirs et interactions de la journée soient mis en sens, relues, reviennent, se mélangent et s’oublient. Dans quelques heures, une marche en ville, le long de la rue Gambetta vers le Centre ville puis sur la gauche vers la Veste… Suivre un peu l’eau, traverser le pont, descendre le long du canal et se faire dépasser par des joggeurs, des cyclistes et des rameurs, passé devant les livreurs et paumés sur les bancs publics… Creuser, se laver, sortir marcher, puis entrer dans cette collocation aux murs blancs à l’ameublement en copeaux de bois géré à distance par un propriétaire de 25 ans. Un anonymat dur comme soleil d’été, un présent indifférent et oubliable où ainsi chaque jour n’a que pour reliefs les illusions nécessaire de l’espoir en journée et les affres des futurs antérieurs le soir.

#chroniques #04 | la fille d’au moins un psy

Tenir, tenir l’attention face à la promesse d’un silence – tenir, sans vaciller, le bon bout, même du bout des ongles. Tenir les mains supines avec une vitalité en pointillée, espacée, de bouts. Tenir à la surface du développement face à l’indifférence, à la sidération et horizons sans visages de la peur, aux révoltes d’un corps qu’on déchaîne et déshabille Continuer la lecture#chroniques #04 | la fille d’au moins un psy

#chroniques #03 | Répandre, compresser et en finir

ceux qui foutent la merde ceux qui foutent le boxon les faire flipper ceux là là il sort c’est joliment dit ouais ben elle n’est pas à faire elle tous les trois, je veux dire tout les quatre tu es là aussi Écoute son monde, écoute l’immonde de l’autre, nous, dans l’écoute commune, du non-soi en soi, dans l’attente de Continuer la lecture#chroniques #03 | Répandre, compresser et en finir

#chroniques #02 | Comment avancer

5 | Je suis d’équipe de matin ce samedi. Je rencontre pour la première fois une collègue transférée pour remplacer au pied levé une absence. Je me rappelle d’une discussion quelques semaines plus tôt où j’avais appris qu’elle était connue pour sa plastique hors du commun et son franc-parler. A son arrivée, récente, elle avait eu quelques embrouilles avec des Continuer la lecture#chroniques #02 | Comment avancer

#chroniques #01 | Fitness, sommeil et reproduction

1 | A FIT WORLD un monde qui presse tend rase s’hydrate regarde silence signe hochete rassure écoute des absents. Déf.° de fitness (sens 2, Merriam-Webster) : la capacité d’un organisme à survivre et transmettre son génotype a une descendance reproductrice comparée aux organismes rivaux. 3/ LE SOMMEIL DE L’AUTRE La hanche l’arrière du bras le galbe du triceps le Continuer la lecture#chroniques #01 | Fitness, sommeil et reproduction

#chroniques #00 | quiétistes

5/ soumission d’une piste d’écriture “Soixante-dix ans plus tard [après la fin de la Seconde Guerre Mondiale et la défense de l’écrivain engagée par Sartre], tout dans la réaction qui se dessine nous incite au repli.” Ronan de Calan, La Littérature Pure, p.211, 2017, ed. Cerf. Certaines configurations ouvrent à l’écriture un horizon de possibilités politiques. Certains auteurs en font Continuer la lecture#chroniques #00 | quiétistes