#chroniques #08 | joies et déceptions de l’analyse des phrases incertaines

  1. Une soif de justice insoupçonnée que les manipulations auxquelles je me laisse aller créent un mur terrifiant entre moi et elles. Cette force qui fait virer dans l’injustice et ce sentiment d’impunité qui me fait glisser dans l’angoisse l’instant suivant. Les moyens que m’octroie la séduction floutent les limites du monde, de mes désirs et celles qui viennent contraindre les autres vies. Mon envie est si forte et étrangère à l’image que j’ai de moi-même que sa déflagration me surprend.  Mes problèmes ont des visages si étrangers, et heureusement, connaître la distance qui nous séparent m’effraie. 
  1. « Pas étonnant que tout le monde le déteste. Il n’aide personne. Il reste toute la journée dans le salon avec les volets fermés. Oui et puis de toute façon, il n’a pas envie et ensuite c’est ses affaires, c’est un adulte, il est responsable. Après il faut ce qu’il veut c’est sa vie. Ça le regarde. Mais il reste toute la journée assis à ne rien faire. Il n’a pas la fibre. Après c’est normal, soit on l’a, soit on l’a pas. Moi je m’étais pris la tête avec lui puisqu’il m’avait dit que je ne pouvais pas utiliser de lève-personne et ensuite quand il devrait faire toutes les personnes qui étaient pas autonomes, il m’a pris ma tête. Et il se plaint mais depuis le temps qu’il travaille, il aura dû réussir à faire des économies.
  1. Elle fait comme si il n’y avait pas douleur indépassable, comme si la guerre et la domination était la seule forme de relation, comme si la physique des choses n’étaient pas affectés, elle-même infectieuse, et que les choses se régénèreraient avec quelques instants d’arrêts, que la vie était plus forte que la mort, que la vie était uniquement assiduité et discipline et non courage et créativité, qu’il y avait une leçon à tout, que l’émotion nourrissait la morale, que celle-ci justifiait le langage et que pourtant, toujours du bon côté, la culpabilité lui était extérieure, non-imposable, tout au plus imposé de l’extérieur, devant être combattue, niée, mauvaise et à traquer sous chaque phrase, dans chaque nuance comme une lâcheté face à une franchise impulsive, un parler “cash”, “on se dit les choses directes” et cela ira, comme si la distance entre la bouche et le cerveaux l’assurait d’avoir de bons mots, d’une quelconque intelligence,  et non des cris encore dégoulinant des premiers instincts, la vérité des premiers balbutiements, la primeur donnée aux premières impressions, entre deux inhalations, deux aspirations de fumées, deux  mastications, deux rôts, deux régurgitations, entre deux actions du corps se trouveraient l’expression véritable, ou du moins qui ne ment pas, et la vérité cette expression, et les gens, ces méchants, ils allaient devoir marcher sur des oeufs autour d’elles sinon elle les critiqueraient et laisserait un poison couler, les blâmant pour les choix qu’ils lui demander de faire, les impressions qu’ils lui avaient donnés. 
  1. Je suis arrivé à un moment particulier de mon écriture. Elle est facilitée, quotidienne, intégrative mais encore inégale et désorganisée. Je vois combien encore j’ai du travail pour me corriger systématiquement, prendre plus de temps pour me lire et lire les autres (sans me comparer). J’ai pris plaisir à régresser dans l’écriture pour trouver de l’inspiration mais transformer la chose en un produit nécessite plus de travail.  Il me faut étudier la littérature et avoir plus d’ambitions dans un moment secondaire de structuration. Actuellement, elle peut tenir quelques impressions, quelques idées, quelques formes et le faire émerger, le mettre en relief, être un moyen d’expression et de découverte. Mais je suis désormais pris par mes propres limitations. Je développe l’habitude de la relecture (attentive aux fautes d’orthographes et de conjugaison et de structures) mais il me faut encore 5 à 6 lectures. Souvent je publie après la première. Entre le moment du premier jet et le moment où le texte devient tranquille, il y a quelques jours. Parfois, dans une phrase, je découvre un fouillis d’idées et d’impressions qu’il me faut mettre à jour, étirer en propositions différentes et distinguer – parfois à mon grand déplaisir puisque l’impression de dynamique générale donnée par l’agrégation d’éléments différents pendant le moment de l’écriture ne tient pas à l’étape de la relecture, de  l’analyse ou de la dissection. Je me retrouve à me constituer une petite bibliothèque d’outils – sans trop savoir comment les utiliser lors de l’écriture : un Bescherelle, un Gradus Littéraire, une Dictionnaire des Idées Littéraires. Dans tous les cas, je fais le choix de découvrir ce que je peux faire en écriture, quelles sont mes obsessions et limites, cela veut dire d’accroître les espaces d’écriture. En effet, la participation au cycle atelier d’été « Chroniques » m’a causé d’outrepasser plusieurs fois la limite de signes – je comprends cela comme une capacité d’écrire longuement à rendre plus réflexive. Ai-je besoin d’écrire plus pour m’exprimer? Si oui, est-ce l’espace ou dois-je désormais commencer à créer un autre espace d’écriture dont la structure, les lignes seraient à inventer, à reprendre d’autres espaces et à adapter.
  1. L’insistance de la mémoire, la nervosité du quotidien et l’ombre d’un texte ou d’un auteur semblent nécessaires à l’écriture. Ainsi je peux constituer l’événement par les mots et ce dernier pourtant les dépasse par ses effets réels sur mon corps et mes pensées. Dans les futures passées de l’instant, ceux exclus par la décision dans l’effectuation passive de l’événement en moi, la littérature raccroche les wagons, permet de tenir à la surface. Ainsi l’écriture est le moyen d’une contre-effectuation de la vie en soi, langue claire mais composite reflétant des fragments de sons, des intonations de voix , de lumières et de sensations passées.

Laisser un commentaire