#chroniques #5 | de la craie et du sable

  1. Fierté de l’homme, en toute circonstance de la perspective du futur.
  2. Prévenir le matin pour déposer quelque chose l’après-midi. Presser sur “express” au moment de faire la machine pour que cela soit plus économique ou écologique. 
  3. En ce moment, je suis pris dans un double mouvement. Le premier est un de focalisation où je découvre mon propre regard sur mon environnement actuel qui est un monde générique de supermarchés, de services en lignes anonymes, de missions intérims aux relations brutales, de reconnaissances indifférentes – bref par esquisses des liens d’échanges d’informations, matériels, symboliques se font et lie l’armature ensemble. Le second est un mouvement de ressac où je découvre avec une certaine colère et tristesse le peu de saveur de mon écriture, les aspects mythiques que je n’ai pas le temps de creuser autre qu’en passant par mon entreprise. Puisque cette vie locale est proche de la vie nue sans lien spécifique à l’avenir, baignant dans un présent intense entre épuisement et repos. “La vie intellectuelle est ailleurs, voilà tout.” résume Judith Schlanger à propos d’une autre situation dans son livre Archontes. 
  4. Basiques, interchangeables, solides, résistants aux accrocs, aux tirages, les tee-shirts à manche courte “Fruit of the Loom” se lavent et vieillissent biens. La qualité est parfois un peu faible sous les aisselles. Donc il s’agit d’avoir un bon exemplaire. Il doit être propre. Un propre tous les jours. Dans quelques heures, il sera taché de morves, de crachat, de glaire, de savon, urine, selles, de plats mixés et parfois de sang. Mais il aurait pu bien être empoussiéré, enterré et ensablé. Commandés sur Amazon par lot de neuf, je les jetais en boule dans un sachet de courses avec mes bottes et mon pantalon Dickies ou Carharrt, devenu rigide par la poussière. Tout était couvert d’une pellicule de sable et de calcaire que l’on trouve dans les alentours de Reims. Ces terres sont collantes ou sablonneuses et infiltrant tous les plis et orifices du corps et marquant les épaules et le dos comme le fait la craie grasse lorsque l’on tombe contre elle, s’y frotte, s’y démène pour en sort ou l’excaver. Entre deux tee-shirts, une douche douloureuse se faisait sentir la fatigue du corps dans les jambes, le dos et les biceps et cette eau qui n’en finissait pas de tirer du sable et ce savon de Marseille qui ne finissait pas d’assécher la peau. Puis vient le moment de se changer, mettre les habits « au sale » et s’effondrer sur le lit et attendre que les douleurs et la migraine prennent sa juste place, et que dans un mouvement de mémoire, les souvenirs et interactions de la journée soient mis en sens, relues, reviennent, se mélangent et s’oublient. Dans quelques heures, une marche en ville, le long de la rue Gambetta vers le Centre ville puis sur la gauche vers la Veste… Suivre un peu l’eau, traverser le pont, descendre le long du canal et se faire dépasser par des joggeurs, des cyclistes et des rameurs, passé devant les livreurs et paumés sur les bancs publics… Creuser, se laver, sortir marcher, puis entrer dans cette collocation aux murs blancs à l’ameublement en copeaux de bois géré à distance par un propriétaire de 25 ans. Un anonymat dur comme soleil d’été, un présent indifférent et oubliable où ainsi chaque jour n’a que pour reliefs les illusions nécessaire de l’espoir en journée et les affres des futurs antérieurs le soir.

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