J, novembre 2000
Soit trois personnages. A, une femme prévoyant une soirée avec son amant. B, une étudiante tenant une soirée chez ses parents – absents. C, un chômeur cherche un lieu pour dormir. A et C se connaissent. A et B se connaissent. B et C ne se connaissent pas.
C est présenté à B par A sur le perron de la grande maison familiale de B comme un ami à loger jusqu’au lendemain afin que A puisse conduire son affaire. En arrière fond, une chanteuse fredonne son vague à l’âme.
La grande porte en bois donne sur une première pièce blanc crème partagée entre un salon et une salle à manger. Un dallage en marbre blanc aux veines fines et dorées accompagne le visiteur. L’espace est très illuminé. Même le piano à queue d’un noir laqué et profond scintille des spots de lumières.
C scanne le rez-de-chaussée pour une porte menant à une chambre où il pourrait poser ses affaires. Il se déchausse, pose deux sacs et sa veste au pied d’un escalier couvert d’une épaisse moquette blanc cassé derrière le piano.
L’accès au salon se fait par une marche vers un niveau inférieur. Celui-ci a une table basse, un grand canapé-lit écru et quatre fauteuils. Deux en cuir beige clair, deux en tissu blanc crème. La table basse en chêne clair est recouverte de plateaux apéritifs regorgeant de fromages en cubes, de tomates cerises et de mignardises.
Trois connaissances de B sont assises dans le salon. D, un homme blond au teint hâlé et E, un homme brun. Ils sont tous deux assis sur le canapé, un verre de vin blanc en main. F, une femme brune au teint mat très clair, assise sur un fauteuil coquille d’œuf à la droite de E et sirote un verre de rosé.
B propose à A et C un verre. A refuse en expliquant qu’elle ne fait que passer, s’excuse et sort en saluant tout le monde. B revient avec une coupe de vin pétillant et un verre doré et sucré qu’elle tend à C.
Debout sur la marche, B présente C à D, E et F. C rapproche un fauteuil en textile du blond et s’assoie. Il change de posture régulièrement. La conversation entre B, D, E, F reprend.C écoute silencieusement en souriant en cherchant des yeux les locuteurs. Il abonde plusieurs fois vocalement à la fin des conversations.
C et D commencent à échanger sur la soirée et leurs connaissances communes. C demande le métier de D. Ce dernier mentionne une expérience de déménageurs. Le visage de C s’illumine. C parle avec expérience du métier de déménageur et de la douleur physique. Peu après, il s’immobilise enfin lourdement dans le fauteuil, les bras posés le long de l’accoudoir, sourire au coin de la lèvre, admirant la pièce et les œuvres aux murs. Confortable et illuminée, la pièce n’est pas accueillante. La qualité supérieure du moindre objet impose sa plénitude et son impassibilité au regard de C.
L’hôtesse B les invite à sortir dans une salle de concert pour continuer la soirée. F les quitte à ce moment-là. B, C, D et E sortent dans une salle de concert pour écouter un groupe A la fin du concert, D et E et B, C se séparent. B et C marchent dans la pénombre vers un bar. B complimente C sur un vêtement puis lui demande si il a aimé la soirée. C complimente tout le monde et mentionne sa surprise que D soit déménageur. B corrige C en disant que D n’est pas déménageur mais moniteur de plongée. Un nageur d’une autre sorte. C frissonne et devient silencieux.
B et C entrent dans un bar de nuit. C et B danse séparément. B et C dansent ensemble puis s’embrassent dans l’ombre jusqu’au petit matin. Ils rentrent en taxi. B propose à C de partager le canapé-lit du salon. Ils bougent tous les fauteuils, se couchent et s’endorment dos à dos.
Vers midi, la lumière entre par la grande baie vitrée arrière. Les parents de B découvrent B et C endormis sur le canapé-lit du salon. B et C feignent l’endormissement pendant que les parents de B et leurs invités prennent le petit-déjeuner sur l’îlot de la cuisine derrière eux.
Au bout d’une heure, les parents de B et les invités vont à la gare. La porte d’entrée une fois fermée, B se lève et demande à C de s’habiller rapidement et de sortir. C s’habille, sort de la maison tandis que B l’attend dehors pour fermer la porte. Ils montent dans le véhicule de B. B conduit C vers une sortie d’autoroute et lui donne un carton avec écrit un nom de village et l’adresse de sa résidence secondaire. C sort de la voiture et remercie B. Il se met à trembler, se raidit et est désorienté par la lumière vive et le vent froid. Tout bouge vite et est si vide de sens. Des mouvements circulaires, des négligences immenses, des histoires sans queues ni tête. Les passants et les conducteurs semblent murmurer du regard à C ce que B n’ose pas épeler.
Un véhicule s’arrête et prend C. Après un trajet silencieux, C arrive à J. Il descend une rue et trouve le petit pavillon aux murs blancs et à la charpente bleue. Une clef est sous un pot de fleur. La pavillon est sombre malgré les couleurs claires, les bleus pastels, les meubles en pins, et les décorations en bois flotté. Loin du soleil, le couloir exigu menant d’un côté au petit salon abandonné, à la cuisine vide et de l’autre à deux chambres sans chaleur. Il se frotte les mains et les membres pour se réchauffer. Il envoie un message à A sur sa localisation puis il regarde les photos floues de la soirée prises sur son portable. Le visage rouge, un sourire comme un barrage, un enthousiasme défensif comme de vagues souvenirs. C cherche à comprendre les motivations de ces personnes font. Au moment d’en vouloir à B, il se ravise et décide qu’il faut la remercier B en lui donnant la seule chose qu’il pense avoir qui lui plait. Le vêtement complimenté. Il enlève difficilement le sweat exposant une chair blanche et bleue, le plie, le pose sur une étagère de la chambre, le prend en photo, envoie un message avec la photo à B pour lui dire où le trouver. B le remercie. Dernier contact entre B et C. Il sort un autre sweat de son sac. Il se frotte à nouveau énergiquement. Tout contact est une morsure. C va aux toilettes – une pièce éclairé d’une ampoule nue, un papier peint d’oiseaux marins. Il se courbe, se souvient et se sent indigne. Il pense à sa mère qui depuis toujours, cuisine sur une gazinière, sans hotte, posée sur un sol en balatum sous un plafond jauni. Les illusions tombent peu à peu mais il ne comprend pas plus, ses membres tremblent. Il reste prostré un long moment dans cette maison sans chauffage, sans accueil, sans sommeil, sans témoin.
A, toute heureuse, entre dans la maison et crie joyeusement le nom de C. C lui répond et sort des toilettes. A lui dit qu’il fait froid. Ils sortent.