rédigé ce matin du 31 octobre - jour marquant dans la biographie de l'auteur-rédacteur - en vacances en province région territoire: un village dortoir soleil une image du matin - il est midi

J’entre de nuit dans ma ville après l’insurrection, les morts sont partout jonchent les rues défoncées, des sauveteurs cherchent à aider des survivants, pas la moindre lumière sinon celles des immeubles en feu pas le moindre bruit autres que ces incendies et ces râles – des pierres des corps mutilés démembrés énucléés des mains arrachées une espèce d’apocalypse auprès de laquelle l’enfer est un paradis, on nous disait dans nombre de textes inutiles comme ils le sont tous apparemment « tu ne tueras point » – et pourquoi nous tutoyait-il d’ailleurs – ces tables de la loi, des évangiles, des directions qui n’existent pas à emprunter et la nuit, là, des fumées et des hommes et des femmes éventrées, des enfants face contre terre assassinés et moi là, bras ballants inutile comme ces textes et mes émotions immobiles sans même savoir d’où je viens ni même pourquoi je suis en vie – combien de morts, combien de vies ôtées et le compte – et qui le tiendrait ? – qui ne les ramènera pas, qui ne sert à rien, qui n’indique aucune voie, aucun chemin, aucun espoir, il n’y a aucun vainqueur (il n’y a pas de féminin à vainqueur) aucun ennemi aucun adversaire, personne pour s’enorgueillir d’avoir gagné, tout est mort, tout est accompli – ma ville, mais quelle ville ?
j’entre dans ma ville sans savoir comment faire pour m’en échapper, elle est comme une prison, une nasse, les soldats sont en noir fatalement, on ne les voit pas, ils sont là attendent des ordres auxquels ils obéiront, ils sont là pour ça, obéir sans ciller, ils savent quoi faire, les ordres viendront d’en haut, ils savent leur force et leur droit, ils sont là, sûrs d’eux et de leur obéissance, derrière leurs masques, leurs armes fourbies prêtes à tuer abattre nettoyer – il y aurait chez eux presque comme une certaine joie d’en être, je vois ça, il y a quelque chose chez eux qui aime avoir à en découdre parce qu’ils s’y sentent autorisés et même qu’il s’agit d’un devoir, d’une chose, oui une chose à laquelle il faut répondre « oui ! » avec aplomb joie reconnaissance désir puis jouissance parce qu’ainsi ils défendent l’honneur, peu importe leurs ennemis qui n’ont pas le droit de vivre là, qui n’ont aucun droit, le droit tu sais bien quelque chose qui vient du ciel donné par lui et pour eux, pour nous, pour qu’on s’en serve pour qu’on montre qu’il (on peut y aller d’une majuscule, ça n’y changera rien) qu’Il existe et qu’il est bon de faire respecter son nom sa force sa loi et sa justice et que ce que nous faisons, nous, dans nos armures, derrière nos casques de fer, nos boucliers éblouissant de clarté et de fierté, derrière nos bombes incendiaires nos grenades assourdissantes et mutilantes nos projectiles de titane, nous manœuvrant aujourd’hui nos drones, nous seuls devant eux, ces gueux quels qu’ils soient qui n’ont rien, peut-être un bâton, peut être un moellon, eux qui n’ont rien et donc qui ne sont rien, eux ne méritent que de mourir
alors je marcherai à travers ma ville le lendemain, il faudra bien que s’arrête (« et le combat cessa faute de combattant » disait je ne sais plus qui) parce que je serai toujours vivant – par quel hasard, quel tour du destin je n’en sais rien, mais j’écris – j’emprunterai ce boulevard là, bordé d’immeubles de luxe, d’hôtels particuliers comme on dit (ils n’ont pourtant rien de spécial sinon que d’abriter des propriétaires et, comme on sait depuis pas mal de temps, ce sont donc par là des voleurs – ce qui est assez choquant je reconnais) demain il fera jour, sauf quoi ? Rien – retourner remarcher se rendre encore à nouveau avancer continuer demain plein d’espoir, comme s’il suffisait d’être entendu pour être écouté ou l’inverse – tenir et ne rien lâcher, sauf l’espoir de vivre plus libre, remonter rebâtir restaurer revivre une espèce de soleil qui s’oppose à la nuit (il y a Bashung qui revient, avec son chapeau sur son crâne lisse, « rien ne justifie » disait-il les chansons, les toiles, les tissus, les étoffes – les planches, les scènes, les plans et les montages, les scénarios, les acteurs les illusions et le comique, oui le burlesque oui l’humour, l’humour contre la haine, le type qui rencontre un de ses amis et qui lui demande « dis-moi en un mot comment ça va ? » Et l’autre « bien » et l’autre à nouveau : « et en deux ? – pas bien ») la lumière et celle de ces deux frères, le train qui entre en gare et le chef de gare qui fait comme s’il ne se passait rien et marche droit vers nous sortant du cadre – la joie l’amour la danse le rire
regarder ma ville du haut d’un pont