j’entre de nuit comme je peux dans cette ville qui n’est pas la mienne voici mes pas dans d’autres pas, les lames du tram dans la travée des larmes et rien d’autre que le désir d’apprendre par où tu es passé bien avant mais les bâtiments où sédimentent des bureaux vides la nuit sont muets le froissement du dernier métro a supprimé les visages il y a longtemps tu as travaillé dans la partie ancienne de la ville un ami t’avait trouvé un atelier au fond du domaine de l’historienne c’est de là que tu partais retrouver à la sortie du vieux lycée une étudiante amaigrie par l’intensité de sa quête dans l’intervalle la ville a poussé en longueur et en hauteur tu as disparu un nouvel homme est né des retrouvailles, engendrant à son tour un tout-petit qu’on emmène dans la ville sur tes traces quand le soleil est encore vivant
j’entre dans le parcours sans savoir comment encore une nuit les éclairages froids ont pris le relais les trams ont cessé de circuler l’enfant cherche le sommeil que trouent les hurlements des sirènes il faut attendre un nouveau jour pour reprendre les recherches en remontant le courant au long des trottoirs le tout-petit sourit regarde ce que nous ne savons plus voir on reprend espoir dans son sillage tout est découverte il te connait déjà à travers les vaisseaux intérieurs il nous embarque en nous offrant l’illusion d’être les conducteurs de sa poussette
alors je marcherai vers le cœur ancien de la ville et nous nous éloignerons des grands axes le tram peut filer doux au milieu des planètes urbaines — nébuleuses pavillonnaires d’un côté et de l’autre barres comme observatoires de béton— il suffira de marcher lentement en traversant le réseau des parcs reliés entre eux par la coulée verte par ton passage entre les strates de la mémoire et suivre la coulée reliant ce qu’elle a d’abord séparé d’un côté la voie ferrée d’où s’échappe le souffle des trains qui filent vers la capitale ou la fuient, et de l’autre, les résidences que la présence des arbres adoucit je peux fermer les yeux à cet endroit c’est là dans le cœur ancien de la ville que tu as demandé à l’encre au papier à l’eau de te guider comme nous le sommes à présent par un petit enfant promené de part en part
entrée en reconnaissance je ne repartirai pas sans une nouvelle nuit au cinquième étage dans la ville d’après et de la chambre où le petit enfant a trouvé le sommeil je ressors sur le balcon d’où l’on ne voit plus le cœur ancien mais vers l’autre bord le phare de la tour pointue balayant l’océan de béton, non loin de la pyramide étêtée quartier du dernier atelier le moment venu plus tard là-bas devant la rotonde au beau milieu du passage ton petit-fils transporté par un autre tram te rencontrera en lisant le livre de ta vie constellée