LE A

Départ, Créteil. Trois portiques, quelques marches, un panneau bleu, un ciel gris. Un quai. On embarque au fond d’une banlieue abimée. On part de là où tout a commencé.

Joinville. On marque un arrêt. Le quai est inversé. Le train ne passe pas au milieu mais sur les cotés. Il y a une lumière étrange; un crépuscule des idées où parfois certains descendent vers d’autres trajets. On voit Paris, on voit loin, on s’imagine à coté. 

Nation. Une pause. Nation c’est tout un temps. Nation c’est tout un monde. Un microcosme souterrain effrayant et silencieux. Un monde du mystère, de l’inconnu. Un monde de vies perdues.

Auber. Silence. Un panneau publicitaire derrière la vitre embuée. Des galeries. Des lambeaux d’affiches décorés. Des coups de marqueurs, de bombes, des couleurs ravivées. On arrive dans le beau monde, la lumière est blanche, c’est refait. 

Et enfin, Châtelet. On y est. Un Paris systolique et macrocéphale qui grouille, qui braille et qui gueule. Un flux incessant. Une vie débordante. Il n’y a pas plus central et pourtant… La surface est loin, on est profond. Les catacombes partagent le quai. La lumière et les murs sont fatigués. On est arrivés.