#gestes&usages #01 | L’an soixante-neuf

A cause de la couleur des fusains qui faisait écho au soleil et nous faisait oublier qu’elle n’était là que pour nous cacher de l’impasse, de celle des thuyas qu’on n’a même pas vu remplacer le gris brillant des petites clôtures à voir encore le sourire des voisins, à cause de la couleur de la télé des cosmonautes qui faisait Continuer la lecture#gestes&usages #01 | L’an soixante-neuf

#enfances #09 | Chambré

La banquette a l’oreille collée à la porte du couloir où se font parfois de mystérieuses sorties. Elle est à l’opposé de la porte donnant sur la salle à manger, celle qui écoute la télé des années soixante, qui la fait vibrer un peu parfois. Rien à voir avec les vibrations des contre-vents plaqués aux vitre de la grande fenêtre, Continuer la lecture#enfances #09 | Chambré

#enfances #08 | Charnières

Ils parlent de ce barbu vers la fin du repas, juste au moment où on m’envoie me coucher. Mais de la banquette où je dors, dans la maison des grands-parents, je les entends jouer dans la pièce à côté. Le barbu cela ne peut pas être quelqu’un, à certains moments ils crient « C’est elle qui a le barbu ! », « C’est lui Continuer la lecture#enfances #08 | Charnières

Centrifugant / Enfances #07

Marron le phonographe. Boisé ? Boiseux ? Tout en bois, fait par Pépé la résine ! Marron le phonographe parce qu’il ne fait plus de musique depuis bien longtemps, recyclé par Pépé la résine ! Métallisé et pourtant mat à force de poussière, le bras de lecture traîne dans un coin du grenier. Désœuvré, inutilisé. Boudiné, rien à voir avec l’élégance racée des bras Continuer la lectureCentrifugant / Enfances #07

#enfances #06 | Bokematon

La nouvelle m’est arrivée en même temps que la dernière photo, celle du passeport. Tout s’est figé. Reste l’écho quand même, celui des façons de dire qui animaient ce visage. Tel l’air de doute en disant « le bizarre ». Boke s’était forgé l’expression, en-deçà même de notre rencontre. Je ne sais d’où il en tenait l’inspiration. Il l’employait souvent. Dans des Continuer la lecture#enfances #06 | Bokematon

#enfances #05 | Réinventions

Le miroir à bordure métallique renvoie des reflets dans tous les sens et des échos aussi, surtout celui de Rigoletto. Le soleil du matin d’hiver fait penser à l’un des abricots qu’on n’a plus à cette saison mais ça chante la recherche de la grenouille, vive le vert ! Il y a trop de couleurs accrochées au sapin, il y a Continuer la lecture#enfances #05 | Réinventions

#enfances #04 | Pas de chambre

En ce temps-là, pas de chambre dans la maison où me rapatriaient rougeole, oreillons, rubéole ou maladies plus banales. Pour se tenir au chaud, la cuisine et sa cuisinière à charbon. Tout, dans la cuisine ! Le petit fauteuil en rotin juste à ma taille, et aussi possible de s’y mettre debout aussi pour faire l’agent de la circulation. Les livres Continuer la lecture#enfances #04 | Pas de chambre

#enfances #03 | Résister à midi

Midi bientôt. Pour le moment, elle est silence. Mais elle est là, au milieu de la cour d’à côté, elle trône. Comment pouvoir dire « je » à côté de cela ? A l’intérieur, juste cette peur, juste cette conscience que le bruit sera terrible, qu’il ne s’agira plus d’être une personne qui désire et qui pense mais un lapin apeuré qui cherchera Continuer la lecture#enfances #03 | Résister à midi

#enfances #02 | Bois, le brouillard

Toujours du brouillard au bord des cils. Et au bord du brouillard, il y avait toujours des silhouettes d’arbres nus. Voisins comme ils l’étaient, les adultes les appelaient bois. Et moi le bois, je l’attrapais. J’en faisais tourner la table ronde aux attaches en rotin. La seule table ronde à avoir un coin. Je lui faisais griffer mon pouce. C’était Continuer la lecture#enfances #02 | Bois, le brouillard

#enfances #01 | Figure-toi

Rudolf… Mon père aimait prononcer son nom, avec un u à la française, qui faisait comme un ü à l’allemande, qui faisait prononcer le début du prénom comme « rude », pas à l’allemande donc. Et pourtant il était allemand et c’était pas rien de le dire, à peine vingt ans après la guerre. Et en plus il était grand et même Continuer la lecture#enfances #01 | Figure-toi