A propos de Perle Vallens

Au cœur d’une Provence d’adoption, Perle Vallens écrit et photographie. Ecrire c’est explorer l’intime et le monde, porter sa voix pour toucher. Publie récits, nouvelles et poésie en revues littéraires et ouvrages collectifs. Lauréate du Prix de la Nouvelle Erotique 2021 (au diable vauvert) et autrice d'un livre de photographie sur l'enfance, Que jeunesse se passe (éd J.Flament), d'un recueil de prose poétique, ceux qui m'aiment (Tarmac), d'un recueil de nouvelles, Faims (Christophe Chomant) et d'un récit poétique et choral, peggy m. aux éditions la place. Touche à tout, pratique encore le caviardage, le cut up (image et/ou son), met en voix (sur soundcloud Perle Vallens ou podcasts poétiques), crée des vidéo-poèmes et montages photo-vidéo (chaîne youtube Perle Vallens)...

#gestes&usages #05 | la cigarette

Il fume mais n’a pas de briquet. Sa cigarette au bout de ses longs doigts effilés, déliés de pianiste. C’est la pause, et il est sorti dans la cour carrée, fermée sur elle-même mais ouverte par chaque porte, chaque fenêtre du centre de danse. Ici c’est rumba, là, flamenco, là-bas contemporain, et à l’autre bout est le répertoire classique, musiques Continuer la lecture#gestes&usages #05 | la cigarette

#gestes&usages #04 | ajuster son chausson

Elle reprend sa respiration et instinctivement se penche, sans même regarder son pied, tire sur l’élastique croisé sur le coup de pied, puis glisse son index entre l’arrière du chausson et le pied. C’est un réflexe. Et vérifie la semelle de cuir, lisse et contrôle si suffisamment collophanée. Ici n’est pas tapis de danse ni parquet mais revêtement glissant, casse-gueule, Continuer la lecture#gestes&usages #04 | ajuster son chausson

#gestes&usages #01 | la couleur de la pluie

A cause de la couleur translucide, opacifiée de la pluie sur le paysage, on a tendance à se perdre. Et peut-être même à vouloir se perdre, s’évaporer, s’évanouir comme la pluie elle-même, qui semble imbiber le ciel et nimber, puis pénétrer toute surface, glisser dans le sol, disparaître. Se perdre veut dire s’enfoncer dans cette couche diluée, ce camaïeu de Continuer la lecture#gestes&usages #01 | la couleur de la pluie

#gestes&usages #03 | existence médiatique

Ce que les médias occultent de dire, nom, prénom, âge, situation de famille, financière, professionnelle, amoureuse, ce qui reste d’une existence, peut-être un mois à vivre, peut-être sans le sou, peut-être fauché comme les blés, qu’un seul brin pour survivre, peut-être rien de tout ça. Peut-être juste rien. Ce que les médias occultent de dire, nom, prénom, âge, situation de Continuer la lecture#gestes&usages #03 | existence médiatique

#gestes&usages #02 | courir c’est se dépasser

Courir c’est dépasser. Et se dépasser. Ce système de poulie qui entraîne, ce système de transaction musculaire. Je troque mon propre effort contre le ralenti ou la moindre vitesse de mes concurrents. La première fois, je dépasse en dilettante. Je cours, c’est tout, et je vois défiler tous les autres derrière moi. Je tourne la tête à chaque fois. Je Continuer la lecture#gestes&usages #02 | courir c’est se dépasser

#enfances #09 I Brique chaude pour chambre froide

Dans la pièce très froide, sans chauffage, une chambre sans fioriture, cuvette et broc d’un côté, leur céramique un peu ébréchée, armoire dans le fond, austère, droite, c’est là que le lit prend toute la place mais calé à gauche contre le mur. Le lit haut, ses montants effilés en bois foncé, et ses épaisseurs d’édredon qui masquent les draps Continuer la lecture#enfances #09 I Brique chaude pour chambre froide

#enfances #08 I Ma mère au sourire si doux

Ma mère est une personne sérieuse. Ma mère ne joue pas aux jeux de société. Tout au plus pendant les vacances d’été, le soir, après une journée de plage et de promenade, après le dîner simple de crudités ou de poissons frits que peut-être mon père a péchés (parce que les vacances, quand même, ce n’est pas fait pour passer Continuer la lecture#enfances #08 I Ma mère au sourire si doux

#enfances #07 | avaleur

Rectangulaire, mais arrondi aux angles pour éviter de blesser, c’est l’objet le plus voyant de la pièce, so seventies. Tellement insolite, limite on dirait un ovni sauf que ce n’est pas une soucoupe, et qu’il n’est pas volant. Il semble taillé brut dans son plastique rouge. Ou est-ce orangé. Facilement transportable grâce à sa poignée, et d’une largeur adaptée, celle Continuer la lecture#enfances #07 | avaleur

#enfances #06 | toutes les voix d’elle

Sa voix à peine. Sa voix me revient par à-coups, disparaît, se tait, revient. Floue. Éphémère, de forme incertaine. Mon oreille peine à en déterminer les contours, la tessiture. Plutôt aiguë au naturel, elle l’était un peu plus dans la joie ; ténue dans l’intime discussion ; basse et grondante, sourde dans la réprimande ou la colère. Elle se faisait alors métallique, Continuer la lecture#enfances #06 | toutes les voix d’elle

#enfances #05 | Ce qui était merveilleux

Le contact de la truffe chaude et humide sur la main, le coup de langue inopiné, et enfouir la main dans le pelage. L’odeur du rouge à lèvre de ma mère quand elle m’embrasse. Marcher sur la pointe des pieds, comme une danseuse. Sentir le vent dans les cheveux en faisant de la balançoire, et se dire c’est comme dans Continuer la lecture#enfances #05 | Ce qui était merveilleux