#rectoverso #05 | La môme

Ménilmontant, XIe arrondissement, aux lisières du XXe.Dessous la ligne 2 du métro qui brinquebale au-dessus des boulevards,il y aurait eu, dit-on, une gare de marchandises au tournant du siècle —mais moi, je ne l’ai jamais vue.Juste les rumeurs de fer, les vestiges dérobés par le temps et les façades rongées de suie. À la sortie du métro, on prenait à Continuer la lecture#rectoverso #05 | La môme→

#rectoverso #04|Mariane Alphant, maintenant

Le présent s’impose comme une injonction silencieuse. Non pas le présent des horloges, des cadrans ou des mises à jour, mais celui qui colle au corps, cette pellicule d’instant qui ne cesse de se régénérer, de nous happer. Il faudrait être là, tout de suite, parfaitement là. Être présent à soi, au monde, à la conversation, au visage de l’enfant, Continuer la lecture#rectoverso #04|Mariane Alphant, maintenant→

#rectoverso #03 | Camille Laurens il y a des oui 

Recto Il y a des pétales de coquelicot ressemblant à des petites lèvres, fragiles, froissés rouges comme un aveu muet Il y a des baisers qui n’ont jamais trouvé de bouche, ils errent orphelins Il y a des miroirs qui reflètent l’attente Il y a des mains pleines de promesses non tenues Il y a des aiguilles qui tournent dans Continuer la lecture#rectoverso #03 | Camille Laurens il y a des oui →

#rectoverso #02| Maylis de Kerangal nuits et je, pluriels

Recto à ce stade de la nuit — le vent s’engouffre dans les interstices du bâtiment, racle les vitres, secoue les stores métalliques comme une main impatiente, je suis là, collé sur la banquette d’une salle d’attente, néon clignotant, un halètement absorbant l’air — le couloir s’allonge, couve le silence, j’entends au loin le pas d’une infirmière, ou peut-être est-ce Continuer la lecture#rectoverso #02| Maylis de Kerangal nuits et je, pluriels→

#rectoverso #01 | Beez

RECTO En haut du champs de Pré-Chanté à la lisière des arbres, des herbes hautes et des ronces, il a posé les ruches. Des caisses de bois blond, à peine inclinées, alignées comme un silence rural. Rien ne signale leur présence, sinon le bourdonnement bas, continu comme une respiration. Autour, quelques pièges à frelons, suspendus aux branches basses des noisetiers, Continuer la lecture#rectoverso #01 | Beez→

#boost #15 / Cendrars / violence  

INCIPITE : V comme Violence Violence.Pas le coup de poing mais ce qui l’entoure.Pas le cri, mais le nœud dans la gorge qui le précède.Pas l’impact, mais le tremblement.Pas la guerre, mais ce qu’il en reste de silences. Violence quand le langage cale. Quand l’homme n’a plus les mots et que son bras s’élance. C’est la main qui ne sait plus dire, Continuer la lecture#boost #15 / Cendrars / violence  →

   

#boost #15 / Cendrars / violence   INCIPITE : V comme Violence Violence.Pas le coup de poing mais ce qui l’entoure.Pas le cri, mais le nœud dans la gorge qui le précède.Pas l’impact, mais le tremblement.Pas la guerre, mais ce qu’il en reste de silences. Violence quand le langage cale. Quand l’homme n’a plus les mots et que son bras s’élance. C’est la Continuer la lecture   →

#boost #14 / Becket / Acouphènes  

Traduction simultanée. Un corps raconte. Immobile équilibre sur une jambe. La gauche. Oscille. Le pied. L’orteil oui le gros Hallux Valgus. Tordu penche. Le corps penche. Tient-il ? Toujours ? Encore ? Pour finir debout encore sur une jambe le poids du corps sur le pied gauche qui tremble fléchit inflexion du mollet. L’ombre du genou sur le carreau. Face à la fenêtre. Continuer la lecture#boost #14 / Becket / Acouphènes  →

#boost #13 / Becket / me te se… je tu il… parle

Allongé. Encore. Le dos au drap ou le drap au dos peu importe, à quoi bon distinguer. Rien ne bouge sauf ce qui ne peut s’en empêcher. Les paupières parfois haut bas ça passe le temps. Ou l’illusion. Le noir le presque noir puis encore plus noir. Et puis pas. Un soupir sans souffle de dedans pas tout à fait Continuer la lecture#boost #13 / Becket / me te se… je tu il… parle→

#boost #12 / Micolet / Chez Éric ou bien Chez Julia ?

Codicille : exercice difficile je ne sais si je suis entrée quelque part… chez Éric ou chez Julia  Chez Éric ?Non, avant.C’était chez Julia. Oui, c’est ça. Le taureau comme signe.Un taureauà Montfuron, pays des moutonset des pignons —menu provençal promis. À notre palais urbain,à notre palais rustique,à nos palais qui cherchent encore. On descendles marches en pierrefendue, pour ne pas se cognerla tête —voûte basse, cave vieillede plusieurs siècles,restaurée en restaurant. Odeur de thym dans les pierres,mobilier rustique,bois de chêne vert. Ils poussentcomme les petits painsde la multiplication — ou les souvenirs — de table en table,les voixmontent comme la conduction de la chaleur des platsdans les nappes à carreauxet les verres humides. Julia rit,nonc’est quelqu’un d’autre ? Un regard,un taureau sur l’étiquettede la bouteille. AOC.Montfuron rouge.Ne pas trop en boire. La voûte tangue.Tu te souviens ?Moi, non. Justele boiscontre la joue. Une pierrefroide,sous la main. Et cette voix,loinqui dit encore : tu sais,c’était avant.Chez Julia. Chez Julia,c’était haut,oui — vue large,le ciel piquéd’antennes et de martinets. Des collines à perte d’œil,le vent dans les oliviers,des pins noueux comme des veines. Le soirs’étiraitdans les pierres chaudes. On voyait loin,au-delà du champ,le Luberon comme un silence. Parfois des brebis,des cloches —et rien d’autre. Puis —plus tard, peut-être des étés après —c’est devenu chez Éric. Chez Éric,la vue butesur une haie bien taillée. Continuer la lecture#boost #12 / Micolet / Chez Éric ou bien Chez Julia ?→