# le livre comme fiction #06 | A.Ernaux, dis, invente-moi une histoire 

 J’ai appris que j’avais été une enfant en inventant des histoires pour ma fille. Avant cela l’enfance était derrière moi un paysage traversé de nuit. Je connaissais les faits. Je pouvais nommer les maisons, les écoles, je connaissais l’odeur de la craie, d’un manteau rouge, d’un jardin, et je croyais que les livres poussaient comme les arbres ou les nuages. Continuer la lecture# le livre comme fiction #06 | A.Ernaux, dis, invente-moi une histoire 

#livre #05 | M. Jullien. Passants

Il n’y avait pas de boîte à livres. Une table, juste une table. En bois gris, devant une maison du village, dans l’interstice, entre cour pavée et rue. Un territoire de personne, pas dedans pas dehors, ni don, ni abandon. Une surface intermédiaire où suspendre les usages. Une table de celles sur lesquelles on écosse des haricots, on pose les Continuer la lecture#livre #05 | M. Jullien. Passants

#livre #04 | M. Jullien, donne-moi quelque chose qui ne meure pas

Longtemps j’ai cru ranger des livres, en vérité je déplaçais des périodes de ma vie, les livres savent cela avant nous : ce qui manque, ce qui revient, ce qui menace de disparaître, ils préparent les territoires. J’ai voulu croire qu’une bibliothèque pouvait être une organisation du monde, les auteurs se répondant d’une étagère à l’autre avec l’autorité rassurante des systèmes. Continuer la lecture#livre #04 | M. Jullien, donne-moi quelque chose qui ne meure pas

#livre #03 | vous avez dit : les coquelicots ? 

Quelques rues en pente sous le soleil blanc, et tout là-haut l’église qui tient le village immobile dans le vent. Là une librairie occupe plusieurs maisons étroites prises entre deux rues qui se croisent en pointe, une fente dans la pierre pour y glisser des livres. On y entre sans bien comprendre où commence la librairie. Une porte ouverte sur une Continuer la lecture#livre #03 | vous avez dit : les coquelicots ? 

#livre #02 | atlas soutenant l’atlas

L’atlas, est-il destiné à des gens qui possèdent déjà le monde et veulent simplement vérifier là où ils l’ont rangé ? D’ailleurs, le lit-on ?  On s’y incline. Couverture toilée, bleu sombre, lettres dorées enfoncées dans le carton comme les noms des morts sur les monuments des disparus. Petite je le portais à deux bras, j’avais la démarche d’Atlas lui-même, un atlas parisien Continuer la lecture#livre #02 | atlas soutenant l’atlas

# le livre comme fiction | #01 bis, le livre comme gestuelle, M. Julien 

Sur la chaise haute au placet en cuir brun tout commence à la table par une prise, souvent à deux mains, parfois une seule. Ici je m’arrime, le dos droit, les pieds amarrés à la barre métallique, je cale le corps pour la liberté du geste. Il est là. Je l’attrape d’une main ou plutôt il me saisit du regard. Puis Continuer la lecture# le livre comme fiction | #01 bis, le livre comme gestuelle, M. Julien 

#ivre #01 | le luth brisé

Il m’est venu ainsi simplement, remis par mon mari au retour de ma visite à Auschwitz-Birkenau, une visite longtemps différée, un lieu qui avait attendu que quelque chose en moi consente enfin à s’en approcher. Mon père ne m’en avait jamais parlé. Seulement ce numéro tatoué sur son bras, visible certains jours, sans commentaire… une écriture sans phrase.  Le livre Continuer la lecture#ivre #01 | le luth brisé

#construire #12 | Beckett – AI et IA

Je, commence, si c’est lui qui commence, si commencer veut dire quelque chose, dans ce matin qui revient sans commencer, avec les chèvres qui sont déjà là avant lui, ou qui le précèdent dans ce geste qu’il dit sien, traire, dire je trais sans savoir si je, tient encore ses mains sur leurs flancs, chaleur, lait qui vient ou est Continuer la lecture#construire #12 | Beckett – AI et IA

#construire #11 | lâcher sans relâche

La panne ne vient jamais seule. Elle s’installe, une sorte de régime de l’air, une pression discrète qui modifie la respiration même de la pensée. Ce n’est pas le vide – peut-être pire : une abondance sans forme, une matière floue qui refuse de se laisser prendre, une insistance sans consentement. Je tourne autour à tâtons cherchant une poignée dans un Continuer la lecture#construire #11 | lâcher sans relâche

#construire #10 | J. Roubaud, intemporel

Frajda                                                                                                                                                  Frajda, elle dit gruyère pour emmental et personne ne la reprend – à quoi bon, elle y croit avec une certitude farfelue. Accent accroché aux mots comme une valise trop pleine. Elle lit le journal en sautant des morceaux, recolle à sa manière – devine, invente, rafistole. Appris le français comme on traverse un pays sans carte : fragments, vitrines, Continuer la lecture#construire #10 | J. Roubaud, intemporel