Mais qu’est-ce que tu fais ? Tu lis vraiment ? Comme ça ? Je ne pense pas, non, tu prends la pose oui mais tu ne lis pas. C’est en te regardant que l’on entre dans une histoire. Les traits du visage gainés dans une moue asymétrique, à l’image du reste du corps d’ailleurs. Les sourcils se partagent la tâche. L’un fait la vigie, en alerte au-dessus du monde. L’autre est plongé dans la direction opposée, comme aimanté par l’esprit du livre. Les deux moitiés du visage font peu ou proue la même chose. Un oeil capte la lumière pendant que l’autre la filtre. Même la bouche parvient à exprimer cette dualité dans une torsion inédite.
Il ne faudrait pas que le vent souffle trop fort sur ce mobile tout en équilibre. Une jambe posée sur l’autre assure le lestage à babord tandis que la tête exagérément décalée à droite cherche à la fois l’équilibre et la dignité. Un imperméable chic donne à cette silhouette l’air d’un gentilhomme. Il ne manque qu’un chapeau avec une plume de faisan. Un gentilhomme qui aurait payé cher pour poser devant un peintre célèbre et faire ainsi immortaliser chez lui une apparence d’érudition.
Ce sont ainsi les personnes qui évoquent le mieux une idée qui n’en font qu’un usage parcimonieux. Quel texte cette sagacité infinie est-elle donc en train de disséquer ? Est-on en train d’estimer la validité d’une théorie scientifique ? Ou peut-être mobilise-t-on toute la sensibilité nécessaire pour ressentir les secrets d’une poésie ? Est-on seulement éveillé ?
Oh mais c’est mon propre reflet que je commente !
Il est vrai que ce manteau est assez chic. La concentration extrême nous fait quant à elle adopter parfois des postures inattendues. Il faut attendre des gens ouverts d’esprits qu’ils comprennent à quel point cet abandon corporel peut refléter la profondeur d’une pensée. L’esprit parcours les cîmes pendant que le corps se contente de rester à flots. Voyons… dans quelle lecture étais-je perdu ?
Mais qu’est-ce qu’il fait ? Il écrit vraiment ? Comme ça ?