1 | DU MONDE
si seulement la gestion forestière
si seulement le profit
si seulement l’écoute
si seulement l’écologie
si seulement
Oui
le monde tournerait autrement
2 | LE REEL, LE REEL, LE REEL, ENCORE LE REEL
Supposons que Th. voyage de Paris en Indonésie pendant une année, ce qui est vrai.
Supposons qu’avant de partir, il ait dit, je ne vais pas poster tous les soirs, sur les réseaux sociaux, le compte-rendu de ma journée, ce qui est vrai.
Supposons que peu de temps après avoir prononcé cette phrase, il découvre l’application de voyage polarstep, ce qui est vrai.
Supposons qu’il ait alors pensé que l’utilisation de polarstep était une bonne façon de garder trace de son voyage à l’aide de texte, photos, cartes et de communiquer avec ses proches, ce qui est vrai.
Supposons que j’aime lire les journaux de voyage, ce qui est vrai.Supposons que jour après jour je lise les de Th textes publiés sur sa page polarstep, ce qui est vrai.
Supposons que j’aime voyager, ce qui est vrai.
Supposons que j’ai eu l’idée d’utiliser son polarstep pour planifier un voyage, ce qui est vrai.
Supposons qu’un jour j’ai pensé que le suivre au jour le jour me suffit pour rêver, pour voyager, ce qui est vrai.
Supposons que soudainement, en le lisant, je décide que plus jamais je ne voyagerai, ce qui est vrai
3 | ECRIRE AVEC CLARICE LISPECTOR
Je sais combien j’ai aimé Londres, j’y suis allée six fois, y ait vécu huit mois, n’y suis pas retournée depuis treize ans.
Je me souviens que c’est en visitant le British museum et la National Gallery que j’ai décidé d’étudier l’histoire de l’art. A l’époque la Tate modern était encore une centrale électrique désaffectée.
Je me souviens du plaisir sandwich cheddar concombre, même insipide, accompagné d’un white-tea mangé dès la traversée en ferry pour me sentir déjà en Angleterre.
Je sais combien l’automne venu j’ai aimé marcher dans les nombreux parcs urbains londonniens. En écrivant, me revient en mémoire le souvenir du bruissement des feuilles mortes sous les semelles.
Je me souviens que la lecture du journal intégral de Virginia Woolf et de Mrs Dalloway, a décidé de mon premier séjour en Angleterre.
Je me souviens avoir choisi un hotel proche de Bloomsbury et avoir arpenté le quartier en imaginant croiser, sortant d’une soirée aux discussions enflammées du 46, Gordon Square, Lytton Strachey, John Maynard Keynes, les peintres Vanessa Bell, Duncan Grant, ou Roger Fry. Aussi Clive Bell et Leonard Woolf. Peut-être Virginia.
Je me souviens avoir remonté Hyde Park Gate, le quartier de naissance de Virginia. Avoir entendu sonner Big Ben et pensé à Clarissa Dalloway. En écrivant ce texte j’attrape le livre dans ma bibliothèque et cherche le passage :
Il était midi juste. Midi sonnait à Big Ben, dont les coups, emportés vers le nord de Londres, se mêlaient à ceux des autres horloges, se fondaient avec les nuages et les lambeaux de fumée en un frêle chemin éthéré et mouraient là-haut parmi les mouettes. Midi sonnait au moment où Clarissa déposait sa robe verte sur son lit et où les Warren Smith descendaient Harley Street. Extrait de Mrs Dalloway – Virginia Woolf
Je me souviens m’être échappé de Londres le temps d’un week-end, pour Saint-Yves en Cornouailles, où le père de Virginia louait tous les étés, Talland House, une maison proche de la mer. J’ai aimé le contraste avec Londres, les petites routes de la campagne bordées de haies aux arbustes fleuris. J’ai aimé m’immerger dans l’univers et l’imaginaire de l’auteure. Par la marche retrouver la lecture. Comme un va-et-vient continuel entre le texte et l’expérience physique du lieu.
4 | DE SOI-MEME ET D’ECRIRE
Supposons que j’ai de nombreuse informations bibliographiques sur Léonie, ce qui n’est pas vrai.
Supposons que ma grand-mère m’ait longuement parlé de sa sœur, Léonie ce qui n’est pas vrai.
Supposons que je décide d’écrire un peu tous les jours pour avancer ce projet, ce qui n’est pas vrai.
Supposons que j’ai visité les lieux de Léonie, ce qui n’est pas vrai, mais pourrait être un bon moyen de donner une impulsion à ce récit.
Alors peut-être, ce texte s’écrira comme un va et vient entre la quête de la narratrice et l’histoire de Léonnie
[à compléter…]
5 | A VOUS, À LA CANTONADE
Ce que l’océan
Ce que respirer l’air océanique signifie pour moi
Ce que l’immensité des plages landaises
Ce que la force de l’océan du sac et du ressac des marées
Ce que contempler l’océan peut apporter à l’écriture
Ce que l’observation de l’océan déclenche en moi, je le comprends en lisant le petit éloge des nuages de Virginie TROUSSIER :
Il existe par le monde des sites où les nuages se donnent en spectacle mieux qu’ailleurs. L’océan en est le meilleur témoin. J’ai commencé à regarder les nuages en observant les vagues. Ils s’étalent au-dessus d’elles, fragmentés ou assemblés en écharpes, tracent des lignes dans l’espace. Ils dessinent des pentes et des contre-pentes, alternant ombres et éclats lumineux, jouant avec la profondeur et l’étendue.
« Ce que contempler l’océan peut apporter à l’écriture » cette phrase me touche beaucoup et je l’applique aussi à d’autres contemplations. Merci Isabelle pour ces textes, notamment pour le cheminement et la brusque conclusion du 2 et la belle balade londonienne où vous nous emmenez.
Merci pour votre belle visite de Londres, sur les traces de Virginia Woolf. Bien aimé votre 2 aussi.