dialogue #03 | piazza Barberini

vers un écrire/film/#05 |rouge 
dialogue #01| ça commence toujours par
dialogue #02| entre eux et moi

il n'y a sinon guère besoin d'illustrations - les images parlent un autre langage - un autre dialogue avec le texte - sans mot - à Rome il fait beau - toujours sur les images - il faudra pouvoir tenir compte que l'otage a demandé à ses geôliers, ses assassins donc, de l'épargner, à un moment et qu'ils (et elles) n'ont pas jugé possible d'accéder à ce souhait - ça se passait ailleurs que dans la vraie vie, mais dans la vraie vie quand même (je veux dire : tout le monde fantasmait, et eux et lui - et les dirigeants de l'État et le pape et d'autres encore...) - il faudra aussi compter sur le fait qu'à quarante cinq ans (pratiquement) de distance (est-ce bien une distance que le temps ?) les lieux ont changé (il se peut qu'il y ait eu des travaux puisqu'il y a le métro - au mieux les images datent de quinze ans)

il se peut aussi qu'il y ait eu des différences dans les esprits même des personnes agissant afin que soit reconnues leurs actions comme "politiques" : à titre d'exemple, à la fin de l'année précédente (13 octobre) avait eu lieu ce détournement d'avion (vol 181 Lufthansa, 85 passagers, 5 membres d'équipage, ralliant Palma de Majorque à Francfort - Boeing 737) par un commando palestinien FPLP (front populaire de libération de la Palestine, d'obédience marxiste léniniste) qui fait escale à Rome Larnaca Damas Koweit Dubaï Aden - le pilote, assassiné, est jeté sur le tarmac , Jürgen Schuman,37 ans - puis Mogadiscio où l'assaut est donné (par la police allemande aidée de commandos britanniques) dans la nuit du 17 au 18 octobre - on tue trois des preneurs d'otages, l'une est blessée - dans les prison allemande, le même jour, les membres de la Fraction Armée Rouge (Rote Armee Fraktion) sont retrouvés morts (l'histoire officielle indique qu'ils se sont suicidés - comme on sait, cette histoire-là est contée par les vainqueurs) - dans le même temps, le corps de Hans-Martin Schleyer (président du patronat allemand enlevé 43 jours pus tôt, ancien nazi quand même) est retrouvé mort dans une voiture (audi 100), rue Charles Péguy à Mulhouse, le 19, tué de trois balles dans la nuque - il ne me semble pas douteux que ces événements aient pesé sur les options prises ici, durant cette discussion de plusieurs heures

est-ce qu'on parvient aujourd'hui à mesurer l'écart qui s'est instauré entre ce que ces gens croyaient juste (notamment, surtout, cette espèce d'adoration et du rouge et de son armée) (et du sang et des armes) et ce que c'est devenu aujourd'hui ? - le bleu et le jaune de l'Ukraine, le nouveau tsar/raïs/bey/ roi/autocrate /dictateur/ (il est de 52) et l'espoir éclatant que la doctrine qui date d'un peu plus d'un siècle avait fait émerger ? je n'ai pas cette impression (il y eut des ordures (dans Une journée particulière (Ettore scola, 1977) le décor (ça se passe à Rome, ils'agit du 6 mai 1936) est la visite de l'immonde à l'obscène) il y eut aussi le pacte germano-soviétique pour déciller un peu - il y en a toujours 

C’est à Rome, au centre – ils sont trois, dans le fond certainement, d’un des bars de cette place – elle en compte trois ou quatre – longtemps je me suis promené dans ces lieux – longtemps j’ai regardé – il y a celui de cet hôtel

évidemment, ils ont l’air de conspirateurs : Mario, il est de 46, ouvrier puis passé à la lutte armée, plutôt le chef pour cette opération; Valerio, il est de 49, c’est le chef de la colonne romaine comme ils et elles disaient; Adriana (elle est de 50) – alors ils ne sont pas au bar de l’hôtel, mais plutôt ici

ou là ( c’est peut-être là, le bar de l’hôtel)

ou encore là

mais ça a fermé,

pas là donc (il n’y avait pas de métro alors – je me souviens du début des années quatre-vingt et des travaux du métro) – ils sont en grande conversation – c’est une des grandes places ornées d’une fontaine

ils parlent et Mario ne cherche pas à les convaincre – difficile d’accès trop d’autos toujours –

je m’y trouve parfois, à manger là pendant les longues heures de marche

elle accueille souvent des touristes

les cafés ont changé, il y avait aussi là des salles de cinéma qui ont disparu

eux sont attablés et parlent, Valerio et Adriana se sont chargé (ou ont été chargés, je ne sais pas) de porter en dehors du groupe les divers communiqués (il y en a eu huit) depuis le début (aux journaux souvent, dans des lieux qu’ils indiquaient ensuite par télépĥone) – ces deux-là tiennent pour épargner la vie de l’otage – je crois que c’était le soir du 3 mai, c’était un mercredi, il n’y avait pas tant de monde

c’était le soir, tout était consommé – ils sont attablés, des heures durant – lorsqu’on le lui demandera, Mario dira qu’il ne sait pas combien de temps ça a pu durer – on ne sait pas (du moins moi) si le fait de rester ainsi dans un café à parler – il fallait sans doute qu’ils ne discutent qu’à voix basse – n’a pas éveillé quelque soupçon – ou si le cafetier n’y prêtait pas attention particulière – l’ambiance pourtant dans le pays devait être tendue et délétère – presque tous les jours on voyait des gens abattus – sans compter les crimes de droit commun – ils étaient attablés et voulaient convaincre Mario – puis Barbara et Bruno les ont rejoints

la situation est qu’après cinquante jours de détention, rien n’a été obtenu. Le pouvoir en place n’a rien cédé. Et a préféré l’intransigeance à la vie du président. Comment pourraient-ils reculer maintenant, c’aurait été reculer – ils n’ont plus que la vie de l’otage – la garderont-ils ? La lui ôteront-ils ? Ils parlent, dans ce café, il est huit ou neuf heures du soir – Barbara et Bruno ne sont pas de l’avis de Valerio et Adriana mais on a interrogé la plupart des membres du groupe (celles et ceux en prison, ceux en fuite, celles et ceux qui restent dans leurs rôles, dans leurs vies normales) et tous se sont exprimés pour que la sentence soit exécutée. Peut-être là ? Le commerce a fermé (il y a encore des cabines téléphoniques publiques – elles ont disparu) –

plus tard, ils s’en sont allés, dans le souterrain de la gare termini, on avait appelé au téléphone la femme du président pour lui dire de faire des efforts pour convaincre, que les choses allaient mal, des efforts ultimes tout allait très mal, la décision était prise : un mot, une reconnaissance même évasive suffirait mais pas ce silence – Mario était caché par ses trois amis – il a dit avoir plus tard, après avoir entendu sa voix, qu’il avait “un ton surexcité et inutilement péremptoire” – ça n’a servi à rien – ils s’étaient retrouvés là puis ils s’étaient séparés – des milliers de mots plus tard – de part et d’autre – pour rien

A propos de Piero Cohen-Hadria

(c'est plus facile avec les liens) la bio ça peut-être là : https://www.tierslivre.net/revue/spip.php?article625#nb10 et le site plutôt là : http://www.pendantleweekend.net/

2 commentaires à propos de “dialogue #03 | piazza Barberini”

Laisser un commentaire