#été2023 #01bis | Une scène originelle de l’écriture

Y es-tu, y es-tu au bout de cette corde, car tu n’y as pas toujours été, et puis parfois tu l’as forcée, chamaillée, emmêlée, et puis voilà cette fois-ci, pour la première des fois, le moment s’ouvre en deux, tu sens que la corde ne se déroule pas comme là à chaque fois, tu le sens, mais tu n’oses pas le penser de peur de la lâcher, la corde glisse entre tes doigts lestée vers le fond du puits, tu la guides sans la diriger, la ligne se déroule et tu la traces sans te retourner en sentant l’haleine sauvage de la pensée tigre qui te pourchasse et que tu feins d’ignorer, et la corde glisse, et la ligne trace, l’écriture s’ouvre sans objet et tu t’ouvres avec, tu t’ouvres à cette idée que tu ne contrôles rien, que tu ne fais que la guider, comme ces moments racontés par les éclairés qui ne parviennent plus à faire la différence entre eux et le monde habité, ne faire plus qu’un avec l’encre bleue, le cahier ligné pointillé et la douleur au doigt jusqu’au poignet, tu sens que rien n’est pareil, et que rien ne sera pareil, mais y seras-tu, y seras-tu encore, y seras-tu demain encore et l’autre demain encore et celui d’après en corps.

A propos de Guillaume Lamarre

Né en Ménilmontant, mais vit en Rance la vallée. Écrivant, mais pas vraiment écrivain. Quelques livres à mon passif « La voie du créatif », « Festins » entre autres. Des lestes que j’aimerais savoir libérer. Renversé par une rencontre avec François il y a dix années. To each his own is all I know if dogs run free…

6 commentaires à propos de “#été2023 #01bis | Une scène originelle de l’écriture”

  1. Plein d’étrangeté au bout de cette corde. Règne une atmosphère lourde de questions qu’on attend libérée. Envie d’en lire plus.

  2. Il faut vraiment avoir du cran pour aller écrire au fond d’un puits avec seulement une corde comme moyen de remonter à la surface. Cela suppose que quelqu’un.e a déjà creusé le puits comme l’a écrit le poète belge Marc Dugardin. Quelque chose me dit que les travaux de forage ne sont pas encore terminés. Plaisir de vous lire depuis la margelle.
    https://la_cause_des_causeuses.typepad.com/promenoir_poetique_pour_l/2018/07/marc-dugardin-quelquun-a-d%C3%A9j%C3%A0-creus%C3%A9-le-puits.html

    • C’est amusant Marie-Thérèse car moi, je me figurais en haut du puits justement… Merci pour le commentaire en tous cas…

  3. Superbe démonstration de nos quêtes de vertige, lestées dans l’inconnu et la ligne de pêche qu’on s’autorise, le seau disparu dans le gouffre, on ne saura jamais ce qu’il aura glané, laissé échapper, repris, poursuivi, … cette descente fait presque froid… mais non loin du puits, on imagine
    un chemin de hallage