#rectoverso #15 | Tout cela est bien mystérieux

1— Philippe L. s’étonne que je connaisse la marque des torchons de ma mère. 2— je sais bien que c’est toute une histoire qu’il ne peut pas connaître comme il ne peut pas savoir que j’ai conservé tous les torchons de ma mère et même écrit à leur propos, toutes les serviettes de toilette aussi. Certaines simplement en souvenir à Continuer la lecture#rectoverso #15 | Tout cela est bien mystérieux

#rectoverso #15 | O. Rosenthal, amour mort miettes

0. Commencer, c’est tomber. 2. « Quand on tombe amoureux on se relève attaché. » La phrase contient déjà tout : la douceur, le piège, la contrainte. 5. On croit se relever libre. Mais la corde reste nouée au poignet. 7. L’attachement n’est pas la preuve de l’amour. L’attachement est son ombre. 10. Je répète la phrase à voix basse, comme une Continuer la lecture#rectoverso #15 | O. Rosenthal, amour mort miettes

#rectoverso #11 | Choses qui font écho

RECTO — temps — temps diffracté — la suprématie de l’instant — une trouée dans l’esprit — toile d’araignée en suspension — élargir les cercles de ce qui est — comme un jeu de ricochets avec les mots — accueillir les visions qui font hantise pour soi — creusement de la vision poétique de ce qui est dans l’arrière-pays — Continuer la lecture#rectoverso #11 | Choses qui font écho

#rectoverso #15 | La fin est le début, le début est la fin

1 – Je pense revenir à mon point de départ2 – Si je reviens sur mes pas, je ne rallonge pas forcément les distances3 – Prendre à la source4 – Je pense qu’une fin peut être un début5 – Il ne se voyait pas mourir 15 – Je dois faire confiance aux images qui vont apparaître. Je ne dois pas Continuer la lecture#rectoverso #15 | La fin est le début, le début est la fin

#rectoverso #14 | à tâtons à reculons

Une chronologie, même relative, est difficile à établir, les sources étant ce qu’elles sont, et les flux s’écoulant. La catégorisation des périodes ne peut être que transversale, une même pulsion se manifestant parfois à des années de distance, un autre motif parcourant l’ensemble de l’œuvre. Ce qui s’est passé en coulisses de cette proposition ne sera pas rendu public. On Continuer la lecture#rectoverso #14 | à tâtons à reculons

#rectoverso #09 | Attentes à la fenêtre

Recto Dans les rues vaincues, quelque part un homme, dans une cuisine, assis à une table, face à une fenêtre, mange une soupe seul. Le téléphone a sonné dans la nuit, et la vieille horloge, dans la cuisine, au dessus de la table, face à la fenêtre a manqué un battement. Verso Que s’est-il passé ? Non. Non pas que Continuer la lecture#rectoverso #09 | Attentes à la fenêtre

#rectoverso #15 | composition circulaire

  1. L’atelier a toujours été prétexte
  2. L’atelier précède le texte
  3. L’atelier prétexte à procrastination
  4. Procrastiner, c’est écrire aussi
  5. L’ennui est propice à l’écriture
  6. Vraiment ?
  7. Pourquoi toujours préférer repousser plutôt que se coltiner le boulot ?
  8. Écriture photographique du réel. Couleurs, reflets, jeux de lumière. Odeurs. Matières. Clair-obscur. Appliquer le vocabulaire de la peinture aux matières qui forment le texte. Sfumato. Aplat. Lavis.
  9. Je dois faire attention à ne pas me laisser enfermer dans une sorte de boucle narrative.
  10. Je voudrais avoir fini le premier jet de ce roman fin août.
  11. Est-ce même raisonnable ? Non. Mais il faut se fixer des objectifs, sinon on n’avance pas.
  12. L’atelier permet le surgissement d’une matière inattendue, textes et idées qui ouvrent des pistes nouvelles.
  13. Tout cela, ensuite, il me faudra l’organiser dans l’ensemble général du livre, tracer les lignes directrices, fixer un plan d’ensemble.
  14. Si tu écris depuis toi, tu n’écris pas
  15. On écrit toujours depuis soi
  16. Soi n’intéresse personne, pas même toi
  17. L’universel non plus, n’intéresse personne
  18. Les livres les plus vendus sont plein de platitudes
  19. Qu’est-ce qui, dans ton récit, porte plus loin que toi ? C’est ça que je dois creuser
  20. L’écriture, c’est la mine !
  21. Tu te prends pour qui ? Tu as déjà vu des mineurs ? Fais preuve d’un peu de décence, s’il te plaît !
  22. L’écriture, c’est l’archéologie de l’intime !
  23. Tu n’en as pas marre, des points (d’exclamation, d’interrogation) ?!
  24. Tu n’en as pas marre, des phrases péremptoires ?
  25. Je me fatigue moi-même : écrire, c’est écrire, point.
  26. Commence déjà par écrire
  27. Savoir d’où j’écris
  28. Arrêter de prétendre comprendre quoi que ce soit
  29. J’écris, soit, depuis moi. Seulement en ai-je le droit ? Les souvenirs sont partagés.
  30. Écrire, c’est trahir
  31. Tu aimes bien ça, hein ? Les phrases définitives
  32. Écrivant depuis moi (entendons-nous là-dessus), j’abolis le temps
  33. Je relativise
  34. Je n’invente pas, je mets en perspective
  35. J’invente pour donner sens au réel
  36. Le passé est présent
  37. Le passé n’est qu’une reconstitution a posteriori d’un présent passé trop vite
  38. Même lieu, même figure, à l’envers. Plusieurs pistes narratives qui se dessinent.
  39. Un possible saut temporel vers l’âge adulte, pour voir comment cet innamoramento a façonné l’existence des deux protagonistes.
  40. France s’est imposée dans le livre. Je dis qu’elle n’existait pas avant, c’est faux. Elle n’avait pas ce rôle.
  41. France ne s’est imposée nulle part : c’est moi, le démiurge qui commande à mon livre
  42. Je transpose des faits. Je transmue l’eau en vin. Parfois l’eau a meilleur goût que la piquette que je sers
  43. Y revenir, au texte
  44. Le problème, avec France, c’est qu’elle a le même prénom que la soeur d’un ami très proche.
  45. France a presque le même prénom que ma soeur !
  46. France a existé. Il y a eu une fille appelée France, qui n’est ni ma sœur, ni celle de mon ami
  47. Je ne sais pas ce que France est devenue. Elle va bien, j’imagine
  48. France ne ressemblait pas vraiment à France
  49. France ne ressemble pas vraiment à France
  50. Ne l’appelez plus jamais France !
  51. France, prénom prétexte à l’écriture
  52. Seulement maintenant, elle a pris corps : j’écris France et elle existe dans mon livre. Elle a pris chair.
  53. Elle a pris cher, France !
  54. Les textes qui précèdent l’atelier n’allaient pas dans cette direction
  55. Légère variation de cap ou bien naufrage ?
  56. Merci François. Merci bien ! Je fais quoi, maintenant ?
  57. André Breton parlait de phrase tremplin, une phrase qui amorce un livre, une phrase mystérieuse, étrange, qui libère la conscience, le flux automatique des mots. L’atelier joue ce rôle pour moi : la mise à jour d’amorces de textes.
  58. Une photo, non pas une description, mais montrée à travers les émotions qu’elle suscite. « Aller au bord du gouffre qu’est la langue poétique ».
  59. La possibilité d’une anamnèse, quand Alex et Claire prennent conscience qu’ils ne sont pas fait pour être ensemble. Une autre vie les attendait, à côté de laquelle ils sont passés. MAIS : ils peuvent inventer leur futur.
  60. Écrire, c’est réécrire
  61. Je ne relis pas.
  62. Je ne numérote pas
  63. Si vous voyez des numéros, je les ai ajouté après coup
  64. À la relecture, donc
  65. Je fais mon numéro
  66. Je fais mon maximum
  67. Je suis fatigué
  68. Écrire me fatigue presque autant que le reste
  69. Le reste, je n’en parlerai pas (pitié, pas de pathos !)
  70. Écrire me fatigue mais me maintient debout
  71. Écrire pour écrire plus
  72. Écrire pour écrire plus : ça ne veut rien dire
  73. Peut-être que pour moi, si
  74. Conseil de François : « Spirale ouverte, et non parcours linéaire », ce qui n’est pas sans me rappeler la composition circulaire chère à Mendelsohn et qui m’obsède tant : « technique, fondée sur le lumineux principe méditerranéen qu’il y a bel et bien un lien entre toutes choses », écrit-il dans Trois anneaux.

#rectoverso #14 | Les Rayonnants et autres archives

1. RECTO 1.1. Période : 1820-1831 Figures majeures de la période Major Antoine (1790-1858) : officier polonais, participa à la bataille de Raszyn, exilé après l’insurrection de Novembre. Adam Mickiewicz (1798-1855) : poète romantique polonais, auteur de Grażyna et Les Aïeux. Tomasz Zan (1796-1855) : fondateur de la Société des Rayonnants et plus tard des Philarètes, intellectuel et poète. Tadeusz Continuer la lecture#rectoverso #14 | Les Rayonnants et autres archives

#rectoverso #15 | Elucider

  1. J’en ai marre des listes. J’ai l’impression que ça ne mène nulle part.
  2. Je me souviens de ce jeu inventé, par je ne sais qui (un plasticien célèbre) où il fallait choisir entre deux options, à l’infini.
  3. Êtes-vous plutôt ceci ou cela ? Comme ci ou comme ça ? Préférez-vous ceci ou cela ?
  4. Je n’aime pas choisir. Je n’aime pas avoir à choisir.
  5. Aimez-vous avoir le choix, ou non ?
  6. Non.
  7. Pourtant, j’ai aimé les listes. Sei Shonagon, évidemment. Et puis un certain Mabille, que j’avais rencontré chez Heusbourg, dans sa galerie à Nice.
  8. Il était marrant, ce Mabille. Et son livre, c’était quoi déjà ? Je cherche sur internet : C’est cadeau (2018).
  9. Peut-on faire la liste de ce que l’on offre ? Comment organiser l’inventaire du désordre de nos objets, de nos organes, de nos émotions ? Arranger alphabétiquement le chaos du monde, comme une façon de trier sans rien jeter. Excéder les limites en mettant l’infini de l’accumulation en marche. C’est le paradoxe des listes alphabétiques : elles créent des hasards, rapprochant des choses éloignées dans l’espace et dans l’esprit, simplement parce qu’elles partagent une lettre.
  10. Il y a certaines petites choses,
    certaines
    petites choses,
    certaines
    petites
    choses
    dont j’aimerais vous parler.
  11. Qu’est-ce qu’il devient, Heusbourg ? Cela fait longtemps que je ne l’ai pas vu. La dernière fois que je suis passé avenue Pauliani, la galerie était pleine de cartons, mais il n’y avait pas un chat.
  12. Heusbourg avait deux chats. L’un est mort.
  13. La proposition 15 me va mieux que la 14. La proposition14 m’épuise. Je n’ai pas fini mais je vais y arriver. On finit ce qu’on a commencé.
  14. Mais pour finir, il faut savoir ce qu’on veut en faire. Que vais-je faire de l’archéologie de mes textes de cet été ? C’est du moins ainsi que j’ai compris proposition 14.
  15. J’ai exploré le côté polonais. Le côté socialiste. Le côté chinois. Le côté climatique. Le côté chamanique. Le coté mycètes.
  16. Tout cela est à moi ; plus exactement, tous ces côtés affleurent au travers de mes textes.
  17. Tout cela m’échappe et me dépasse, bien évidemment.
  18. L’autre chose que. L’autre petite chose que j’aimerais dire c’est
  19. Quoi ?
  20. Que je suis fatiguée de ce récit maternel qui n’en finit pas de pousser mais n’advient pas.
  21. J’ai réfléchi à la cause de cette fatigue. Ce récit m’enferme dans un rôle qui m’a fait souffrir.Être la fille de ma mère. Être la mère de ma mère.
  22. J’y reviens malgré tout parce que parvenir à raconter cette histoire me donnerait l’impression que j’en ai fait quelque chose. Que ce n’est pas un poids mort dans mon existence, une tache indélébile, un échec irrattrapable.
  23. Il parait que les femmes ne se lassent jamais de parler des mères qu’elles ont, qu’elles sont, qu’elles auraient aimé avoir, qu’elles seront peut-être, qu’elles ne seront jamais…
  24. Malédiction.
  25. Je voudrais que le récit donne voix à mon expérience, mais je ne sais pas si mon expérience, ni même le récit que j’en ferai, aurait un effet quelconque.
  26. Cet été, j’ai lu un bouquin sur les relations mères-filles. La théorie est assez convaincante, mais les exemples tirés de la littérature qui servent à illustrer les concepts étaient en général médiocres, car trop datés, à part celui de la pianiste de Jelinek.
  27. Bovary et Berthe, Lolita et sa mère. Ce sont des chefs-d’œuvre, mais pas pour la relation mère-fille.
  28. Comment s’appelait la mère de Lolita ?
  29. Charlotte est la mère de Lolita.
  30. Il parait que les femmes aimeraient aussi s’expliquer, ou mieux comprendre la nature des rapports difficiles qu’elles entretiennent avec la fonction maternelle.
  31. Ce récit maternel me fait souffrir quand je l’écris. Autant que m’a fait souffrir la vie avec ma mère. C’est même pire quand je le revis.
  32. Je ne parviens pas à trouver la juste distance.
  33. A saisir mon objet.
  34. C’est peut-être pour cela qu’il n’y a finalement pas beaucoup de romans sur la relation mères-filles.
  35. On ne sort pas du documentaire.
  36. Trente-six ans, c’est l’âge auquel ma mère a commencé à boire.
  37. Pendant longtemps, je me suis dit : si j’atteins trente-six ans sans devenir alcoolique, alors je ne le serai jamais.
  38. J’ai dépassé l’âge fatidique des trente-six ans et je ne suis pas devenue alcoolique.
  39. Je n’ai aucun mérite particulier à n’être pas devenue alcoolique, car je n’avais aucune raison de le devenir.
  40. Ma mère avait ses raisons mais je ne les connais pas. Cette énigme, je cherche à la résoudre.
  41. Je fais le pari que la littérature me donnera des réponses.
  42. C’est idiot de ma part mais j’ai cette foi dans la littérature.
  43. Souvent, j’ai comprend les ressorts cachés des situations que parce que je les écris ou parce que je l’ai lu quelque part.
  44. Ecrire, c’est élucider.